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Contre-budget écologiste : ils promettent des milliards, mais l’addition manque toujours

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 5 min de lecture

En bref

Le groupe Écologiste et Social propose 10 Md€ supplémentaires pour le climat dès 2027.

Il veut notamment financer cette enveloppe par une contribution sur les héritages supérieurs à 4 M€.

Le rendement annoncé de 10 Md€ sur les successions n’est pas encore reproductible avec les données fiscales disponibles.

Une contribution sur les superprofits pétro-gaziers apporterait des recettes supplémentaires, mais son rendement dépend fortement des bénéfices futurs.

Le chiffre de 60 Md€ de dépenses de santé évitables relève d’un potentiel de prévention à long terme, pas d’une économie budgétaire immédiate.

Les mesures peuvent être auditées séparément.

Il manque encore un tableau consolidé permettant de mesurer leur effet total sur le déficit 2027.

Contre-budget écologiste 2027 : il manque encore l’addition globale
Contre-budget écologiste 2027 : il manque encore l’addition globale

Les Écologistes proposent 10 milliards d’euros supplémentaires pour le climat, financés notamment par les très gros héritages et les superprofits pétro-gaziers. Plusieurs mesures sont chiffrées, mais la trajectoire budgétaire globale n’est pas encore publiée.

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Le groupe Écologiste et Social a présenté le 30 septembre ses propositions pour le budget 2027. Le cœur du projet est simple : 10 Md€ supplémentaires pour le climat dès 2027, financés notamment par une contribution exceptionnelle sur les très gros héritages, auxquels s’ajoutent une taxe sur les superprofits pétro-gaziers et un plan de santé environnementale.

Le groupe présente ses quatre mesures principales ici. Notre page Budget 2027 permet de comparer ces propositions avec le PLF gouvernemental.

Mais il faut être précis : contrairement au contre-budget du RN ou à celui des députés socialistes, la présentation écologiste ne donne pas encore une trajectoire consolidée du déficit, des recettes et des dépenses publiques en 2027. On a un ensemble de mesures chiffrées, pas encore une addition budgétaire complète.

10 milliards pour le climat : le coût est clair

Les Écologistes proposent 10 Md€ supplémentaires dès 2027 pour le rail, la rénovation thermique, la sécurité civile et la biodiversité.

Pour mesurer l’ordre de grandeur, la mission « Écologie, développement et mobilité durables » du PLF 2027 représente environ 23,4 Md€ sur notre page Budget de l’écologie 2027.

Les deux périmètres ne sont pas identiques : la rénovation des logements, le rail ou la sécurité civile peuvent relever de plusieurs missions. Mais 10 milliards constituent malgré tout un effort supplémentaire très important.

Sur ce poste, le problème n’est pas de comprendre la dépense. Elle est annoncée clairement. La question est son financement.

Héritages : 10 milliards attendus, mais pas encore reproductibles

Le groupe veut faire financer la « grande transition » par la « grande transmission ». La mesure vise les héritages supérieurs à 4 M€ et doit rapporter 10 Md€ dès 2027 selon leur chiffrage.

Pour donner une échelle, les droits de succession ont rapporté 16,1 Md€ en 2025 à l’État. Les donations représentent encore plusieurs milliards. Le Sénat publie les recettes exécutées.

Obtenir 10 milliards supplémentaires signifierait donc augmenter très fortement le produit de la fiscalité sur les transmissions les plus élevées.

Cela ne rend pas le chiffre impossible. La concentration du patrimoine est forte et les volumes transmis doivent augmenter avec le vieillissement de la population. Mais nous ne pouvons pas refaire le calcul des 10 Md€ à partir des données fiscales disponibles.

L’administration reconnaissait encore en mars 2026 que les données nationales détaillées sur les successions et donations restaient incomplètes et en cours de numérisation. La réponse du ministère est publique.

Le financement principal des 10 milliards de plan climat repose donc sur une recette dont l’ordre de grandeur n’a pas encore été validé indépendamment.

Superprofits pétro-gaziers : le principe existe déjà, le rendement est beaucoup moins prévisible

Les Écologistes veulent également rétablir une contribution sur les superprofits des entreprises pétro-gazières. Leur dossier 2027 retient une contribution renforcée ; les comptes rendus de présentation évoquent un rendement de l’ordre de 2,8 Md€.

Le mécanisme n’est pas théorique. Eva Sas et plusieurs députés écologistes ont déjà déposé des textes prévoyant une contribution assise sur les bénéfices dépassant un niveau de référence. Une proposition de loi déposée en avril 2026 détaille cette architecture.

Mais l’expérience passée appelle à la prudence sur le rendement.

Lors de la crise énergétique, la France avait déjà instauré des contributions exceptionnelles sur les énergéticiens. Les recettes réelles ont parfois été très inférieures aux prévisions, notamment parce que les prix de l’énergie et les bénéfices taxables avaient changé rapidement. Le Sénat a documenté cet écart de rendement.

Une taxe mieux conçue peut rapporter davantage. Mais 2,8 Md€ dépendent directement des profits effectivement réalisés en 2027 et de l’assiette finale. Ce n’est pas une recette stable comparable à la TVA ou à l’impôt sur le revenu.

Santé environnementale : 60 milliards n’est pas une économie budgétaire pour 2027

Le groupe affirme que pollution, tabac, alcool et sédentarité représentent près de 60 Md€ de dépenses d’Assurance maladie susceptibles d’être réduites grâce à une politique de prévention.

C’est le chiffre qu’il faut le plus soigneusement interpréter.

L’Assurance maladie prévoit elle-même qu’un virage massif vers la prévention pourrait réduire fortement la croissance future des dépenses. Dans son rapport pour 2027, elle compare un scénario tendanciel où les dépenses atteindraient 270 Md€ en 2030 à un scénario de prévention renforcée autour de 245 Md€. L’Assurance maladie présente ces scénarios ici.

Cela représente un écart potentiel de 25 milliards à l’horizon 2030, pas 60 milliards d’économies immédiatement disponibles.

Et surtout, prévention ne signifie pas suppression instantanée des dépenses : il faut financer les politiques de santé publique avant d’obtenir progressivement moins de cancers, de maladies cardiovasculaires ou de diabète.

Les 60 Md€ ne peuvent donc pas être inscrits comme une économie 2027.

Il manque encore l’addition globale

Le contre-budget écologiste a une logique identifiable : augmenter fortement les investissements climatiques et financer une partie de cet effort par les très gros patrimoines, les superprofits fossiles et la fiscalité comportementale.

Le plan climat de 10 Md€ est clairement annoncé. En revanche, son principal financement — 10 Md€ sur les très gros héritages — reste difficile à reproduire avec les données disponibles. Le rendement de la taxe pétro-gazière dépend fortement des profits futurs. Et les 60 Md€ de dépenses de santé évitables correspondent à un potentiel de prévention de long terme, pas à une recette budgétaire immédiate.

Le point qui manque surtout est un tableau consolidé : total des recettes nouvelles, total des dépenses nouvelles, économies, effet sur le déficit et calendrier.

Sans cette addition, on peut auditer chaque mesure. On ne peut pas encore auditer un véritable solde de contre-budget écologiste pour 2027.

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