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Budget de l’Éducation : le ministre annonce +31 %, mais où est passé l’argent ?

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 5 min de lecture

En bref

Édouard Geffray cite une hausse de 31 % du budget de l’Éducation depuis 2017, contestée par Hugo Travers sur l’inflation.

Hors pensions, les crédits passent de 48,8 Md€ en 2017 à 64 Md€ prévus en 2027.

Après correction de l’inflation, la hausse réelle est estimée à 5,6 %, soit 3,4 Md€ en euros de 2027.

L’école inclusive contribue à environ 2,17 Md€ de cette progression réelle.

Le solde net des autres dépenses atteint environ 1,22 Md€ et ne peut pas être intégralement attribué aux salaires.

La revalorisation des enseignants est documentée, mais son chiffrage ne peut pas être additionné à cette décomposition.

Le projet 2027 reste une prévision soumise au vote du Parlement.

Dessin de presse au fusain : les dépenses d'une école entre accompagnement des élèves, enseignants et inflation.
Dessin de presse au fusain : les dépenses d'une école entre accompagnement des élèves, enseignants et inflation.

Édouard Geffray défend une hausse de 31 % du budget de l’Éducation depuis 2017. Après inflation, elle tombe à 5,6 %. Voici le détail des dépenses que les comptes permettent d’identifier.

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Dans son entretien du 8 octobre avec HugoDécrypte, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, affirme que le budget de l'École a augmenté de 31 % depuis 2017. Hugo Travers l'interrompt sur un point précis : ce chiffre ne tient pas compte de l'inflation. Le ministre répond que la hausse demeure supérieure à celle des prix. Les chiffres lui donnent raison sur ce dernier point, mais l'augmentation réelle est bien plus modeste.

Des milliards supplémentaires, dont l'essentiel compense la hausse des prix

Le dossier officiel du projet de budget 2027 annonce 48,8 Md€ en 2017, contre 64 Md€ prévus en 2027, hors contributions aux pensions de l'État. Soit +15,2 Md€, ou +31,1 % en euros courants.

D'après l'indice des prix à la consommation de l'Insee, l'inflation cumulée atteint environ 19,5 % de 2017 à 2025. En intégrant les hypothèses du gouvernement pour 2026 et 2027, respectivement 2,1 % et 1,8 %, examinées par le Haut Conseil des finances publiques, elle atteindrait environ 24,2 % sur dix ans.

Le budget de 2017, simplement actualisé aux prix estimés de 2027, représenterait déjà 60,6 Md€. Avec les 64 Md€ inscrits au projet, le supplément réel est donc d'environ 3,4 Md€, soit +5,6 %. Ces calculs reposent sur les périmètres de comparaison présentés par le ministère et sur des prévisions pour 2026 et 2027.

Où sont passés ces 5,6 % ?

Le premier poste pour lequel on dispose de montants comparables est l'école inclusive*, consacrée notamment à l'accompagnement des élèves en situation de handicap. Son enveloppe est passée de 2,2 Md€ en 2017 à 4,9 Md€ prévus en 2027. Une fois le montant de 2017 réévalué aux prix de 2027, cela représente environ 2,17 Md€ de hausse réelle.

On peut décomposer comptablement les 3,4 Md€ de progression totale : 2,17 Md€ concernent l'école inclusive et les 1,22 Md€ restants représentent le solde net de toutes les autres dépenses du ministère.

D'où viennent les 5,6 points de hausse réelle ?
D'où viennent les 5,6 points de hausse réelle ?
PosteContribution
École inclusive — +2,17 Md€ réels3,6 points de %
Toutes les autres dépenses, solde net — +1,22 Md€2 points de %

Source : Ministère de l'Éducation nationale, PLF 2027 ; Insee, IPC ; HCFP

Lecture : il s'agit de contributions à la variation nette du budget, exprimées en points de pourcentage et arrondies. Ce n'est pas un relevé exhaustif des décisions de financement. Les autres postes comprennent des hausses et des baisses qui se compensent ; on ne peut pas en déduire la part exacte des salaires des enseignants.

Les enseignants ont bien été augmentés

La revalorisation des personnels est l'une des grandes décisions de la période. Les documents budgétaires de 2024 détaillent la hausse des primes et indemnités et le « socle » accordé sans missions supplémentaires. Cette revalorisation atteint 1,9 Md€ par an en régime de croisière, selon le dossier budgétaire 2025. Le Pacte enseignant rémunère, séparément, des missions complémentaires volontaires.

On mesure aussi des effets concrets sur les rémunérations : selon la DEPP, dans une étude publiée en août 2026, le salaire net moyen des enseignants fonctionnaires ou assimilés a progressé de 6,4 % entre 2023 et 2024, soit 4,3 % après inflation. Parmi les personnels présents les deux années, 79 % ont vu leur rémunération réelle augmenter, 8 % stagner et 13 % diminuer.

Mais les 1,9 Md€ annuels ne peuvent pas être ajoutés aux 2,17 Md€ de progression réelle de l'école inclusive* : ce sont des mesures définies sur une autre période, une autre base de prix et, pour certains personnels, des postes qui se recoupent. Nous avons également chiffré dans un précédent article les propositions d'augmentation des enseignants.

Plus d'AESH, des classes moins chargées… et moins d'élèves

Le ministère prévoit près de 92 900 AESH en 2027, contre environ 53 400 en 2017, tandis que les élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire seraient passés d'environ 321 500 à 526 600. Cette montée en charge explique une part de l'effort financier, sans permettre de conclure que chaque élève bénéficie d'un accompagnement suffisant.

Dans le premier degré public, la taille moyenne des classes est passée de 23,2 élèves en 2017 à 20,6 prévus en 2027. Le dédoublement de classes en éducation prioritaire y contribue, tout comme le recul démographique : près de 650 000 élèves de moins entre les rentrées 2017 et 2026.

Pour 2027, le ministère prévoit une suppression nette de 1 588 emplois enseignants, parallèlement à des recrutements d'AESH et à des emplois de futurs enseignants en formation. Les 3 257 créations nettes d'emplois affichées pour l'ensemble du ministère ne désignent donc pas 3 257 enseignants supplémentaires devant les élèves. Toutes ces données figurent dans le dossier officiel, pages 4 à 9.

Une hausse budgétaire, oui mais...

La progression de 5,6 % en euros constants existe. Elle accompagne des revalorisations, le développement de l'école inclusive* et un meilleur taux d'encadrement dans le primaire. Mais la hausse des besoins, les évolutions démographiques et les redéploiements budgétaires rendent impossible un bilan à partir du seul montant global.

Pour mesurer les effets sur les élèves, il faut aussi regarder les remplacements, la situation des établissements et les résultats scolaires, déjà abordés dans notre analyse des difficultés de lecture. Quant au projet de budget 2027, il reste soumis au vote du Parlement.

L'échange entre Hugo Travers et Édouard Geffray révèle donc deux mesures très différentes d'une même hausse : 31,1 % en euros courants et environ 5,6 % après inflation. Sur ce gain réel, l'école inclusive est le principal poste de progression que les documents disponibles permettent d'isoler de façon comparable. Le reste mérite une ventilation budgétaire plus détaillée que les chiffres avancés dans l'interview.

(*)L’école inclusive est un principe éducatif qui consiste à permettre à tous les enfants d'être scolarisés, autant que possible, dans les établissements ordinaires, qu'ils soient en situation de handicap, qu'ils aient des difficultés d'apprentissage ou des besoins éducatifs particuliers.

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