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350 procédures contre Mediapart : combien de condamnations au final ?

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 5 min de lecture

En bref

Mediapart est né en 2008 autour d’Edwy Plenel, Marie-Hélène Smiejan, Laurent Mauduit et François Bonnet. Sa ligne éditoriale est nettement ancrée à gauche, mais l’étiquette « extrême gauche » reste une classification politique contestable, pas un statut officiel. Bettencourt, Cahuzac ou le financement libyen présumé de la campagne Sarkozy ont construit sa réputation d’investigation. Fin septembre 2026, le journal dit avoir fait face à environ 350 procédures depuis sa création. Il recense cinq condamnations pénales définitives, toutes anciennes, dont une liée à une retranscription erronée de propos d’Eva Joly. Son contentieux fiscal sur la TVA relève d’un dossier distinct. L’enjeu est donc de séparer orientation éditoriale, solidité des enquêtes et bilan judiciaire.

Mediapart : 18 ans d’enquêtes, environ 350 procédures… et 5 condamnations définitives
Mediapart : 18 ans d’enquêtes, environ 350 procédures… et 5 condamnations définitives

Mediapart est-il un journal d’extrême gauche, un média militant ou d’abord un journal d’investigation ? Retour sur ses fondateurs, sa ligne éditoriale, les grandes affaires qu’il a révélées et son véritable bilan judiciaire.

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Mediapart aime rappeler qu’il est un journal d’enquête. Ses adversaires préfèrent souvent parler d’un média militant, parfois « d’extrême gauche ». Les deux sujets ne sont pas les mêmes. On peut avoir une ligne éditoriale très marquée et publier des enquêtes solides. On peut aussi se tromper, être poursuivi et parfois condamné. Alors regardons les faits.

Né en 2008 autour d’anciens de la presse traditionnelle

Mediapart est lancé en mars 2008. Le journal présente aujourd’hui quatre cofondateurs : Edwy Plenel, Marie-Hélène Smiejan, Laurent Mauduit et François Bonnet. Gérard Desportes et Godefroy Beauvallet ont également participé au lancement. Plenel venait du Monde, dont il avait dirigé la rédaction ; Bonnet et Mauduit y avaient eux aussi travaillé.

Le modèle est alors assez radical : pas d’édition papier et un financement centré sur les abonnements. En 2019, les fondateurs organisent la protection du capital autour du Fonds pour une presse libre afin de rendre une prise de contrôle extérieure beaucoup plus difficile. Depuis mars 2024, Carine Fouteau est présidente et directrice de la publication ; Lénaïg Bredoux et Valentine Oberti assurent la codirection éditoriale.

La présentation officielle de Mediapart retrace cette histoire et sa gouvernance.

De gauche, oui. « D’extrême gauche », c’est déjà une interprétation

La ligne éditoriale de Mediapart est clairement située à gauche et progressiste. Sa charte revendique notamment des valeurs humanistes, démocratiques et sociales, l’égalité des droits et la lutte contre les discriminations. Son rapport d’activité 2025 assume également une opposition politique très nette à l’extrême droite.

Cela ne suffit pas à transformer « extrême gauche » en qualification objective. Il n’existe pas de classification officielle des médias français selon une échelle idéologique unique. La formulation la plus solide reste donc : un média d’investigation indépendant, avec une ligne éditoriale nettement ancrée à gauche.

Cette question du positionnement des médias dépasse d’ailleurs Mediapart. Nous l’avions déjà abordée dans notre article sur le pluralisme médiatique et la place de l’extrême droite dans l’espace public.

Bettencourt, Cahuzac, Sarkozy : les enquêtes qui ont construit sa réputation

Mediapart se fait connaître du grand public avec plusieurs dossiers politico-financiers.

En 2010, le journal publie des éléments issus des enregistrements Bettencourt et travaille sur les ramifications fiscales et politiques de l’affaire. En 2012, il révèle l’existence du compte non déclaré de Jérôme Cahuzac, alors ministre du Budget. Après plusieurs mois de dénégations, Cahuzac reconnaît les faits et sera ensuite condamné.

Autre dossier majeur : le financement libyen présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, sur lequel Mediapart enquête depuis 2011. Nicolas Sarkozy a été condamné en première instance le 25 septembre 2025 à cinq ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs. Il a fait appel ; l’arrêt de la cour d’appel est annoncé pour le 30 novembre 2026. Cette condamnation n’est donc pas définitive à ce jour. Le Monde résume le calendrier et les enjeux du procès en appel.

Pour replacer ces dossiers dans leur contexte politique et judiciaire, LFDS tient aussi un dossier consacré aux affaires judiciaires des partis politiques.

Environ 350 procédures, cinq condamnations pénales définitives

C’est ici que les chiffres deviennent intéressants.

Le 30 septembre 2026, Carine Fouteau indique que Mediapart a fait face à environ 350 procédures depuis sa création. Le journal recense cinq condamnations pénales définitives en dix-huit ans. Selon son rapport d’activité, elles concernent : une erreur corrigée après publication, un délai insuffisant laissé au contradictoire, des propos litigieux dans une interview, un droit de réponse publié hors délai et une base factuelle jugée insuffisante.

L’une de ces condamnations est documentée par la Cour de cassation dans l’affaire Florence Woerth / Eva Joly. Une retranscription publiée par Mediapart attribuait à Eva Joly une formulation plus accusatrice que ses propos réels. La condamnation du directeur de publication et du journaliste a été confirmée en 2015. La décision est disponible sur Légifrance.

Mediapart affirme que ces cinq condamnations sont toutes antérieures à 2013 et qu’aucune ne concerne ses grandes révélations. C’est le décompte du journal lui-même, pas celui d’un organisme extérieur, mais il est suffisamment précis pour éviter une formule souvent répétée : non, Mediapart n’a pas été condamné des dizaines de fois pour de fausses enquêtes.

Nous avions récemment abordé ce sujet sous un autre angle avec Bardella face à Mediapart : quand le RN attaque la presse.

Et le contentieux fiscal ?

Il faut aussi parler de la TVA. Pendant plusieurs années, Mediapart a appliqué à la presse numérique le taux réduit réservé alors à la presse imprimée, en assumant cette pratique comme un combat pour l’égalité fiscale entre les deux supports. Le fisc a redressé l’entreprise.

Le contentieux ne doit pas être mélangé avec les cinq condamnations pénales précédentes. Le Conseil d’État rappelait en 2017 qu’à l’époque le droit européen interdisait l’application du taux réduit aux publications électroniques.

Au fond, Mediapart est un bon cas d’école : une orientation politique identifiable n’annule pas la valeur d’une enquête ; une enquête réussie n’annule pas non plus les erreurs ou les condamnations du média qui la publie. Le bon réflexe reste le même, quel que soit le journal : regarder les faits produits, les sources, le contradictoire et ce qu’en dit ensuite la justice.

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