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RN : ses 18,9 millions d’euros de dettes expliquent-ils le refus des banques ?

Tous les articles · ChatGPT · · 6 min de lecture

Façade d’une banque et dossier de crédit illustrant l’endettement du Rassemblement national.
Façade d’une banque et dossier de crédit illustrant l’endettement du Rassemblement national.

Le RN affirme ne trouver aucune banque française pour financer la présidentielle de 2027. Ses derniers comptes publics montrent 18,91 millions d’euros de dettes pour 7,91 millions d’euros d’actifs, un déséquilibre nettement supérieur à celui des autres grands partis.

RNfinances publiques

Le Rassemblement national affirme que les banques françaises refusent de financer sa campagne présidentielle de 2027. Ses comptes publics apportent une partie de l’explication : à la fin de 2024, le parti supportait 18,91 millions d’euros de dettes pour seulement 7,91 millions d’euros d’actifs.

Sa situation nette atteignait ainsi –11 millions d’euros. Aucun autre grand parti français ne présentait un déséquilibre aussi important dans les comptes publiés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

Ces données ne prouvent pas la motivation de chaque banque. Elles montrent toutefois qu’un refus de crédit peut reposer sur des critères financiers ordinaires, sans qu’il soit nécessaire d’invoquer uniquement une décision politique.

Une dette supérieure à deux fois les actifs

En 2024, le RN a enregistré 18,70 millions d’euros de produits et 19,22 millions d’euros de charges. L’exercice s’est terminé sur une perte de 516 005 euros.

Le bilan est plus préoccupant que le résultat annuel. Les dettes représentent environ 239 % des actifs. Autrement dit, le parti devait près de 2,4 euros pour chaque euro inscrit à son actif.

La situation s’est néanmoins améliorée par rapport à 2023. La dette totale est passée de 22,26 millions d’euros à 18,91 millions d’euros. La situation nette, encore très négative, est remontée de –16,16 millions d’euros à –11 millions d’euros.

Ces chiffres proviennent de l’avis de la CNCCFP relatif aux comptes 2024, publié au Journal officiel en février 2026.

Le RN est plus déséquilibré que les autres grands partis

La dette brute ne suffit pas à juger une situation financière. Il faut la comparer aux actifs disponibles et à la situation nette.

PartiActifs en 2024Dettes en 2024Situation netteDettes / actifs
Rassemblement national7,91 M€18,91 M€–11,00 M€239 %
Les Républicains8,65 M€12,29 M€–3,64 M€142 %
La France insoumise6,94 M€5,89 M€+1,05 M€85 %
Les Écologistes18,48 M€7,91 M€+10,56 M€43 %
Reconquête6,52 M€1,39 M€+5,14 M€21 %
Parti socialiste41,35 M€7,91 M€+33,44 M€19 %
Parti communiste français39,80 M€5,30 M€+34,50 M€13 %

Les Républicains présentent également une situation nette négative. Elle reste cependant trois fois moins dégradée que celle du RN.

Le Parti socialiste et le Parti communiste ont des dettes, mais disposent d’un patrimoine comptable très supérieur. La France insoumise conserve une situation nette légèrement positive. La comparaison place donc clairement le RN à part.

Une dette presque entièrement contractée auprès de particuliers

La structure de l’endettement du RN est également atypique. À la fin de 2024, le parti ne déclarait aucune dette envers un établissement de crédit.

Sur ses 18,91 millions d’euros de dettes :

  • 16,03 millions d’euros provenaient d’emprunts auprès de personnes physiques ;
  • 1,34 million d’euros correspondait à des dettes fournisseurs ;
  • 473 718 euros à des dettes fiscales et sociales ;
  • 203 500 euros à des dettes envers d’autres formations politiques ;
  • 868 936 euros relevaient d’autres dettes.

Les emprunts auprès de particuliers représentaient donc 84,8 % du passif. À titre de comparaison, Les Républicains avaient 8,71 millions d’euros de dettes bancaires, La France insoumise 4,45 millions d’euros et Les Écologistes 5,55 millions d’euros.

Le RN explique cette dépendance aux particuliers par les refus répétés des banques françaises. Mais cette structure produit aussi un cercle difficile à rompre : faute de prêt bancaire, le parti accumule les emprunts privés ; cette dette détériore ensuite son bilan et rend un nouveau crédit bancaire plus difficile à défendre.

Pourquoi une banque peut refuser

Une banque ne juge pas seulement le score électoral probable. Elle examine la capacité de remboursement, les garanties, les dettes déjà existantes et les risques juridiques entourant le remboursement public d’une campagne.

Dans le cas du RN, plusieurs indicateurs appellent une analyse prudente :

  • une situation nette de –11 millions d’euros ;
  • des dettes représentant 239 % des actifs ;
  • 16,03 millions d’euros encore dus à des prêteurs particuliers ;
  • un exercice 2024 déficitaire ;
  • la nécessité de financer une nouvelle campagne avant d’avoir totalement apuré les précédentes dettes.

Le président de la Fédération bancaire française a également rappelé que le remboursement public d’une campagne présidentielle n’est pas automatique. Il dépend notamment du franchissement du seuil de 5 % et de la validation du compte de campagne, selon LCP.

Pour le RN, le risque de ne pas atteindre 5 % paraît politiquement faible. Le risque bancaire ne disparaît pas pour autant : le remboursement dépend aussi de la régularité du compte et le prêt doit être accordé avant le scrutin.

L’aide publique améliore fortement la capacité de remboursement

Les comptes 2024 ne reflètent pas encore la nouvelle répartition issue des élections législatives anticipées.

En 2025, le RN a obtenu 14,80 millions d’euros d’aide publique, contre 10,18 millions d’euros comptabilisés en 2024. La hausse atteint 4,62 millions d’euros, soit 45,4 %. Le détail figure dans le décret de répartition de l’aide publique pour 2025.

Cette recette récurrente renforce objectivement la capacité du parti à rembourser sa dette. Elle constitue le principal argument en faveur d’un retour au financement bancaire.

Les comptes complets de 2025 ne sont toutefois pas encore publics. Les partis devaient les déposer auprès de la CNCCFP avant le 30 juin 2026 ; la Commission a commencé leur examen. Leur publication est annoncée pour le début de 2027 par la Commission.

Kevin Pfeffer, trésorier du RN, a déclaré à Euractiv que les comptes 2025 du parti feraient apparaître 13,7 millions d’euros de dettes face à 9 millions d’euros d’actifs. Ces montants sont déclaratifs. Ils ne sont pas encore confirmés par la publication de la CNCCFP.

Une explication financière probable, pas une preuve

Il est impossible d’exclure un risque d’image ou une réticence politique dans les décisions individuelles des banques. Les établissements concernés ne publient pas leurs analyses de crédit détaillées.

Mais les comptes disponibles fournissent une justification financière cohérente à leur prudence. Fin 2024, le RN présentait le passif le plus élevé des grands partis étudiés, aucune dette bancaire en cours et une situation nette négative de 11 millions d’euros.

La hausse de l’aide publique et le désendettement annoncé peuvent modifier cette appréciation. Il faudra attendre les comptes certifiés de 2025 pour mesurer si l’amélioration est suffisante.