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Pourquoi les banques hésitent-elles à prêter au RN ?

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 3 min de lecture

En bref

Le RN affirme rencontrer des refus bancaires pour financer sa campagne de 2027.

Ses comptes 2024 affichent 18,91 millions d’euros de dettes et 7,91 millions d’actifs.

Sa situation nette reste négative de 11 millions, malgré un désendettement.

Les prêts de particuliers représentent l’essentiel de ses dettes.

L’aide publique reçue en 2025 progresse, ce qui améliore sa capacité de remboursement.

Les comptes expliquent un risque financier sans prouver les motifs de chaque banque.

Façade d’une banque et dossier de crédit illustrant l’endettement du Rassemblement national.
Façade d’une banque et dossier de crédit illustrant l’endettement du Rassemblement national.

Les comptes 2024 du RN montrent 18,91 millions d’euros de dettes pour 7,91 millions d’actifs. Cela donne une raison financière à la prudence des banques, sans révéler les motivations de chaque refus. L’aide publique a depuis augmenté.

RNfinances publiques

Le RN affirme que les banques françaises refusent de financer sa campagne présidentielle de 2027. On peut y voir une décision politique. Mais avant d’en connaître les motivations, on peut regarder ce qu’un prêteur voit dans les comptes du parti.

Fin 2024, le RN déclare 18,91 millions d’euros de dettes et 7,91 millions d’euros d’actifs. Sa situation nette est donc négative d’environ 11 millions d’euros.

Autrement dit, il doit environ 2,4 euros pour chaque euro d’actif inscrit au bilan. Cela ne signifie pas qu’il est incapable de rembourser : ses revenus futurs comptent aussi. Mais cela donne une raison concrète d’examiner le dossier avec prudence.

En 2024, ses produits atteignent 18,70 millions d’euros, ses charges 19,22 millions. L’exercice se termine par une perte de 516 005 euros. Ces montants figurent dans l’avis de la CNCCFP sur les comptes 2024, publié en février 2026.

La situation s’améliore pourtant. Les dettes étaient de 22,26 millions d’euros en 2023 et la situation nette de –16,16 millions. Le déséquilibre diminue, même s’il reste important.

Voici comment il se compare à celui des autres partis présentés dans les mêmes comptes :

PartiActifsDettesSituation nette
Rassemblement national7,91 M€18,91 M€–11,00 M€
Les Républicains8,65 M€12,29 M€–3,64 M€
La France insoumise6,94 M€5,89 M€+1,05 M€
Les Écologistes18,48 M€7,91 M€+10,56 M€
Parti socialiste41,35 M€7,91 M€+33,44 M€
Parti communiste39,80 M€5,30 M€+34,50 M€

Les Républicains affichent eux aussi une situation nette négative. Les autres partis du tableau possèdent davantage d’actifs que de dettes. Ces bilans ne préjugent pas de toutes leurs ressources futures, mais ils ne présentent pas le même niveau de sécurité à un prêteur.

Le RN ne déclarait plus de dette envers un établissement de crédit fin 2024. Ses emprunts auprès de particuliers atteignaient 16,03 millions d’euros, soit environ 84,8 % du total de ses dettes. Il devait aussi 1,34 million à ses fournisseurs, 473 718 euros au titre des dettes fiscales et sociales et environ 1,07 million d’autres dettes.

Les prêts privés lui permettent donc de se financer. Mais une nouvelle banque doit tenir compte de ces remboursements déjà dus avant d’ajouter son propre crédit.

Pour une campagne, elle regarde aussi le remboursement public attendu. Celui-ci dépend du résultat électoral et de la validation du compte, comme l’a rappelé la Fédération bancaire française à LCP. Une forte probabilité de franchir le seuil électoral ne garantit pas à elle seule la validation comptable.

Un élément joue toutefois en faveur du parti : son aide publique est passée de 10,18 millions d’euros comptabilisés en 2024 à 14,80 millions reçus en 2025, selon le décret de répartition.

Ce supplément de 4,62 millions d’euros améliore sa capacité à rembourser. Le trésorier annonce par ailleurs 13,7 millions de dettes et 9 millions d’actifs pour 2025. Ces chiffres restent déclaratifs en attendant les comptes certifiés.

Les banques peuvent aussi prendre en compte leur réputation ou leur politique commerciale. Sans leurs analyses internes, on ne peut pas mesurer ces motifs.

Mais le bilan 2024 suffit à montrer une difficulté financière réelle. Affirmer que tout refus serait nécessairement politique revient à l’effacer. Affirmer que les chiffres de 2024 décrivent définitivement le RN de 2027 serait tout aussi rapide : ses recettes et son désendettement peuvent changer la situation.

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