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Le PS promet 24 milliards : on a vérifié si les comptes tiennent

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 5 min de lecture

En bref

Le contre-budget PS annonce 39,5 Md€ de recettes nouvelles, 17,5 Md€ d’économies et de lutte contre la fraude, et 22 Md€ de dépenses nouvelles.

La réduction du déficit annoncée est de 24 Md€ en 2027.

L’écart apparent dans l’addition est en grande partie expliqué par le coût de la baisse progressive de CSG.

Le rendement de 15 Md€ de la taxe Zucman se situe dans les ordres de grandeur débattus au Parlement mais reste incertain.

Les 10 Md€ attendus des très gros héritages ne sont pas encore reproductibles avec les données fiscales disponibles.

Les 10 Md€ attendus du numérique sont le point le plus difficile à retrouver : la taxe actuelle rapporte moins d’un milliard par an.

L’architecture tient, mais plusieurs recettes centrales restent à démontrer.

Contre-budget PS 2027 : les 24 milliards tiennent-ils ?
Contre-budget PS 2027 : les 24 milliards tiennent-ils ?

Les députés socialistes annoncent 24 milliards d’euros de réduction du déficit en 2027. L’addition générale se reconstitue, mais elle repose fortement sur trois recettes : taxe Zucman, gros héritages et géants du numérique.

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Les députés socialistes ont présenté en septembre leur contre-projet pour le budget 2027. Le chiffre à retenir est 24 Md€ de réduction du déficit en 2027, soit environ 0,8 point de PIB selon leur propre chiffrage. Leur stratégie repose beaucoup plus sur les recettes que celle du RN : 39,5 Md€ de recettes nouvelles, 17,5 Md€ d’économies et de lutte contre la fraude, et 22 Md€ de dépenses nouvelles.

La présentation officielle du PS fixe sept priorités : pouvoir d’achat, climat, santé, école, agriculture, lutte contre les violences et soutien aux PME. Le Parti socialiste les présente ici. Pour comparer avec la copie gouvernementale, notre page Budget 2027 reprend le PLF actuellement déposé.

L’addition des 24 milliards tient, mais il faut remettre la CSG dans le calcul

Pris isolément, les chiffres publiés semblent ne pas retomber sur les 24 milliards.

39,5 Md€ de recettes nouvelles + 17,5 Md€ d’économies et de lutte contre la fraude - 22 Md€ de dépenses nouvelles donnent 35 Md€, pas 24.

L’écart vient principalement de la réforme de la CSG. Les socialistes veulent fortement baisser son taux pour environ 21 millions de travailleurs gagnant jusqu’à 2 700 euros nets par mois. Au niveau du Smic, le taux passerait de 9,2 % à environ 0,55 %. Les synthèses du contre-budget évaluent cette baisse de prélèvement autour de 10 Md€.

Une fois ce coût réintégré, l’écart tombe autour d’un milliard. L’ordre de grandeur global des 24 Md€ devient donc cohérent. LCP détaille les principales masses du plan.

Le vrai sujet n’est pas l’addition. C’est le rendement des recettes annoncées.

Taxe Zucman : 15 milliards, un chiffre possible mais très incertain

Le PS inscrit 15 Md€ au titre d’une taxe minimale de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros.

Ce montant se situe dans la fourchette avancée par les défenseurs de la mesure. Devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, Gabriel Zucman a évoqué environ 20 Md€ de recettes supplémentaires. D’autres économistes auditionnés ont reconnu qu’un rendement proche de 10 Md€ était également possible selon les réactions des contribuables et le dispositif retenu. Les auditions sont publiques.

Le chiffre de 15 milliards n’est donc pas sorti de nulle part. Mais ce n’est pas une recette acquise : valorisation des actifs professionnels, mobilité fiscale, mécanismes anti-évitement et éventuelles contraintes constitutionnelles modifieront le rendement réel.

Taxe sur les géants du numérique : les 10 milliards sont beaucoup plus difficiles à retrouver

C’est la ligne qui pose le plus de questions.

Le PS attend 10 Md€ d’une taxation renforcée des grandes entreprises du numérique.

Or la taxe française sur les services numériques à 3 % a rapporté 785 M€ en 2024 et devait atteindre 891 M€ en 2025, selon un rapport de l’Assemblée nationale. Le rapport détaille l’assiette et le rendement de la taxe actuelle.

Pour atteindre 10 milliards, il faudrait donc obtenir un rendement plus de dix fois supérieur à celui de la taxe actuelle.

Cela peut théoriquement passer par une assiette beaucoup plus large, un taux très supérieur ou une autre architecture fiscale. Mais les éléments publics du contre-budget ne permettent pas aujourd’hui de reconstruire ces 10 Md€.

C’est à ce stade le poste de recettes le moins démontré du plan.

Héritages : 10 milliards supplémentaires sur un impôt qui rapporte déjà beaucoup

Le PS prévoit également 10 Md€ avec une nouvelle CSG sur les héritages les plus élevés, en raisonnant sur ce qu’une personne reçoit au cours de sa vie plutôt que succession par succession.

Pour donner l’échelle, les droits de succession ont rapporté 16,1 Md€ en 2025 à l’État. Les donations ajoutent encore plusieurs milliards. Le Sénat donne le montant exécuté pour 2025.

Ajouter 10 milliards représente donc une hausse considérable du produit actuel de la fiscalité des transmissions.

Ce n’est pas mathématiquement impossible, compte tenu de la concentration des patrimoines et des volumes transmis. Mais l’administration elle-même reconnaissait encore en mars 2026 ne pas disposer d’une base statistique récente et exhaustive sur les successions et donations. La réponse du ministère est disponible à l’Assemblée nationale.

Nous ne pouvons donc pas valider indépendamment le rendement de 10 Md€ à ce stade.

Fraude et économies : attention au rendement supplémentaire

Le PS inscrit aussi plusieurs milliards d’économies sur les niches fiscales, le fonctionnement de l’État et la santé, ainsi que des recettes supplémentaires contre la fraude.

La France récupère déjà des montants importants : 17,1 Md€ de droits et pénalités ont été notifiés en 2025 après contrôle fiscal. Bercy publie le bilan annuel.

Notre page Fraude fiscale et sociale distingue justement les montants estimés, détectés et réellement encaissés.

Une économie budgétaire nouvelle doit donc correspondre à ce qui sera récupéré en plus de ce que l’administration obtient déjà.

Où en sont réellement les 24 milliards ?

L’architecture comptable du contre-budget socialiste est compréhensible : l’essentiel de l’effort vient des recettes, avec des dépenses nouvelles et une baisse de CSG en contrepartie.

Mais la solidité des 24 Md€ dépend fortement de trois grosses recettes : 15 Md€ de taxe Zucman, 10 Md€ sur les très gros héritages et 10 Md€ sur le numérique.

La première correspond à un ordre de grandeur déjà défendu devant le Parlement, avec une forte incertitude. La deuxième reste difficile à reproduire faute de données patrimoniales assez détaillées. Pour la troisième, nous ne retrouvons pas aujourd’hui une assiette permettant de passer d’une taxe numérique qui rapporte moins d’un milliard à 10 milliards d’euros.

L’addition générale tient. Plusieurs de ses plus grosses lignes restent à démontrer.

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