Budget de l’Éducation : le ministre annonce +31 %, mais où est passé l’argent ?Édouard Geffray défend une hausse de 31 % du budget de l’Éducation depuis 2017. Après inflation, elle tombe à 5,6 %. Voici le détail des dépenses que les comptes permettent d’identifier.AESHHugoDécrypte
La France reste proche de la moyenne de l’OCDE, mais 33 % des élèves de 15 ans n’atteignent pas le niveau de base en lecture. Le classement nourrit les discours politiques ; la répartition des difficultés dit davantage sur l’école.
Un élève de 15 ans lit un texte de longueur moyenne. Il doit en identifier l’idée principale, retrouver une information répondant à plusieurs critères et réfléchir à sa forme lorsqu’on le lui demande. En France, environ un élève sur trois n’atteint pas ce niveau.
Ce chiffre est plus utile qu’une place dans un classement. Il décrit ce que l’école ne garantit plus à une part considérable d’une génération.
La note nationale de l’OCDE sur PISA 2025, publiée le 8 septembre 2026, indique que 67 % des élèves français atteignent au moins le niveau 2 en lecture. Ils sont 64 % en mathématiques et 74 % en sciences. Autrement dit, les parts sous le niveau de base atteignent respectivement 33 %, 36 % et 26 %.
La moyenne rassure, la trajectoire beaucoup moins
La France reste proche de la moyenne de l’OCDE dans les trois matières. C’est le meilleur contre-argument au récit du naufrage national : nous ne sommes pas seuls à reculer, et PISA ne mesure ni toute l’intelligence d’un élève ni toute la qualité d’une école.
Mais se situer dans la moyenne d’un ensemble qui baisse ne constitue pas une réussite. L’OCDE précise que les résultats français de 2025 figurent parmi les plus faibles jamais mesurés dans le pays et sont significativement inférieurs à ceux de 2015. Sur dix ans, la part d’élèves sous le niveau 2 a augmenté de 12 points en mathématiques, de 11 points en lecture et de 4 points en sciences.
Le sommet de la distribution s’amincit aussi. Seuls 5 % des élèves atteignent les niveaux les plus élevés en mathématiques, contre 8 % en moyenne dans l’OCDE. En lecture, ils sont 5 %, contre 6 %.
L’échantillon français comprend 6 501 élèves scolarisés dans 289 établissements. Il représente environ 768 200 jeunes de 15 ans, soit 88 % de cette population. C’est une enquête robuste, mais ce n’est pas une machine à désigner un coupable.
Une génération, pas le bilan d’un ministre
Les élèves testés en 2025 sont entrés à l’école primaire en 2015 et au collège en 2020. Ils ont connu plusieurs ministres, plusieurs réformes et la crise sanitaire. Attribuer leurs résultats à la dernière décision annoncée rue de Grenelle relève davantage de la campagne électorale que de l’évaluation.
Les réactions politiques du 8 septembre illustrent ce réflexe. Public Sénat rapporte qu’Olivier Faure y voit un signal d’alarme, Bruno Retailleau la faillite d’orientations pédagogiques anciennes, Jordan Bardella un déclin intellectuel et Gabriel Attal l’urgence de refaire de l’école un lieu d’émancipation. Le même thermomètre sert quatre diagnostics.
La rémunération et le recrutement des enseignants comptent, comme le montre le débat sur les **6 milliards d’euros** proposés par Raphaël Glucksmann. Mais un budget supplémentaire ne produit pas automatiquement de meilleurs apprentissages. Il faut savoir où vont les enseignants, combien restent dans le métier et dans quelles classes l’effort change réellement les conditions d’apprentissage.
L’égalité ne consiste pas à faire baisser tout le monde ensemble
L’écart entre les 25 % d’élèves les plus favorisés et les 25 % les plus défavorisés atteint 100 points en sciences. Dans le même temps, la baisse récente touche aussi les élèves favorisés. La réduction de certains écarts peut donc cacher une mauvaise nouvelle : le haut descend sans que le bas progresse suffisamment.
C’est ici que le classement devient une question de société. L’école républicaine promet moins de transmettre le même programme à tous que de donner à chacun des capacités réelles pour comprendre un texte, vérifier un raisonnement et choisir sa vie.
Les territoires n’affrontent pas les mêmes contraintes ; la proposition sur le service public de l’éducation dans les zones rurales rappelle que la distance, les fermetures de classes et l’accès aux services pèsent aussi sur les parcours.
PISA relève enfin une association préoccupante : 26 % des élèves français déclarent que les appareils numériques distraient souvent leurs camarades en cours de sciences, et ces élèves obtiennent en moyenne 24 points de moins après prise en compte du profil social. Cela ne prouve pas que l’écran cause seul l’écart. Notre article sur l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans montre pourquoi une réponse uniquement juridique serait trop simple.
Le sujet n’est pas de trouver le ministre qui portera le bonnet d’âne. Il est de décider combien d’élèves nous acceptons de laisser sortir de la scolarité obligatoire sans les outils nécessaires pour ne pas dépendre de ceux qui parlent le plus fort.

















