Dette française : 340 milliards d’euros à émettre en 2027, est-ce le début d’une crise ?La France prévoit 340 milliards d'euros d'émissions obligataires en 2027 et une charge de la dette de l'État à 72,9 milliards. Les marchés exigent une prime de risque croissante, sans que cela signifie une faillite imminente.Agence France TrésorBCE
Suppression de la taxe d’habitation, prime Macron, cars longue distance, repas étudiants à 1 €, chômage en baisse… Depuis 2017, plusieurs réformes ont directement amélioré le quotidien des Français. Mais la dette a explosé, la pauvreté a progressé, l’école recule et les services publics restent sous tension. Au-delà des discours de ses défenseurs et de ses opposants, que disent les faits ?
Des mesures qui ont réellement augmenté le pouvoir d’achat
Commençons par une décision particulièrement visible : la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales. Engagée en 2018, elle est devenue totale en 2023. Selon les données de la DGFiP présentées à la Cour des comptes, les ménages ont économisé collectivement environ 18,9 milliards d’euros en 2023 par rapport à ce qu’ils auraient payé sans la réforme.
Pour un ménage qui versait auparavant 800 € de taxe d’habitation, ce sont 800 € qui restent disponibles chaque année. C’est une économie concrète, pérenne, qui concerne aussi bien les propriétaires occupants que les locataires imposables.
Mais cette suppression a un coût pour les finances publiques. Les communes et intercommunalités ont été compensées par de nouveaux mécanismes fiscaux. Par ailleurs, une partie des ménages les plus modestes était déjà exonérée, ce qui limite le bénéfice supplémentaire pour eux. Source : Direction générale des collectivités locales.
Autre évolution : la suppression des cotisations salariales chômage et maladie en 2018, compensée en partie par une hausse de la CSG. Les salariés ont généralement bénéficié d'une hausse de leur salaire net, mais certains retraités ont perdu du pouvoir d’achat avec la hausse de la CSG. La réforme n’a donc pas eu les mêmes effets selon les générations.
Le gouvernement a aussi rétabli, sous conditions, les exonérations fiscales et sociales sur les heures supplémentaires, supprimé la contribution à l’audiovisuel public en 2022 et fortement revalorisé la prime d’activité après le mouvement des Gilets jaunes.
Ces décisions ont permis des gains pour de nombreux ménages. Elles ont cependant réduit certaines recettes publiques ou déplacé leur financement.
La prime Macron : plusieurs milliards versés aux salariés
Créée fin 2018 après la crise des Gilets jaunes, la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat, surnommée « prime Macron », a ensuite évolué vers la prime de partage de la valeur.
Son principe est simple : permettre aux employeurs de distribuer une prime avec des exonérations de cotisations sociales et, sous certaines conditions, d’impôt sur le revenu.
Selon la Dares, 5,6 millions de salariés, soit 28,7 % des salariés du secteur privé non agricole, ont touché cette prime en 2023. Son montant moyen atteignait 901 € brut, pour un total de 5,1 milliards d’euros versés.
C’est un dispositif significatif de redistribution au sein des entreprises. Mais il dépend largement des décisions des employeurs : près de sept salariés sur dix du champ étudié n’en ont pas bénéficié en 2023.
Et contrairement à une augmentation de salaire, la prime n’est pas nécessairement reconduite. Elle ne garantit donc pas une progression durable de la rémunération.
Les cars Macron : une réforme de 2015 devenue un véritable moyen de transport
Les « cars Macron » remontent à 2015, lorsque Emmanuel Macron était ministre de l’Économie sous François Hollande. La loi pour la croissance et l’activité a ouvert à la concurrence le transport longue distance par autocar.
À l’époque, la mesure avait suscité des critiques, notamment sur les conditions de travail et la concurrence avec le train. Pourtant, le nouveau marché a progressivement trouvé son public.
Selon l’Autorité de régulation des transports, 112 millions de voyageurs ont utilisé ces autocars entre 2015 et 2025, dont près de 17 millions en 2025. Environ 960 liaisons n’ont aucune autre alternative de transport collectif.
Ils offrent un moyen de déplacement souvent économique, notamment pour les étudiants et les personnes disposant de revenus modestes. Leur bilan environnemental est aussi généralement meilleur que celui de la voiture individuelle.
Les limites restent importantes : près d’un quart des cars en circulation en 2025 ont atteint leur terminus avec plus de quinze minutes de retard, et certaines gares routières demeurent mal équipées.
C’est donc une mesure à rattacher au parcours politique de Macron, mais pas aux décisions prises pendant sa présidence.
Étudiants : le repas à 1 € est désormais accessible à tous
Mis en place en 2020 pour soutenir les étudiants les plus précaires, le repas à 1 € a d’abord concerné les boursiers, puis les non-boursiers en difficulté.
Depuis le 4 mai 2026, il est accessible à l’ensemble des étudiants dans les restaurants universitaires Crous.
Selon le réseau des Crous, 5,49 millions de repas à 1 € avaient été servis entre le 4 mai et la fin août 2026. Le coût réel moyen d’un repas est estimé à 8 €, soit environ 7 € pris en charge par l’État. Une enveloppe supplémentaire de 50 millions d’euros a été annoncée en 2026 pour accompagner la généralisation.
La mesure réduit directement les dépenses alimentaires des étudiants qui fréquentent ces restaurants. Il reste, toutefois, le souci des logements abordables et les difficultés des étudiants éloignés d’une structure Crous.
Santé : le 100 % Santé et de nouveaux droits
Déployée entre 2019 et 2021, la réforme du 100 % Santé permet aux assurés disposant d’une complémentaire responsable d’accéder à certains équipements dentaires, optiques et auditifs sans reste à charge.
Les effets sont particulièrement visibles pour les appareils auditifs. D’après la Drees, le nombre de personnes ayant recours à ces équipements a augmenté de 75 % entre 2019 et 2021. Le recours aux prothèses dentaires et aux lunettes a également progressé.
Cette amélioration de l’accès aux soins a néanmoins un financement : les remboursements des complémentaires ont augmenté, avec des répercussions possibles sur les cotisations.
Parmi les autres mesures sociales adoptées pendant les deux mandats figurent l’allongement du congé de paternité à 28 jours en 2021, la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) en 2023, ainsi que l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules en 2021.
Enfin, en mars 2024, la liberté de recourir à l’IVG a été inscrite dans la Constitution, à l’issue d’un vote du Parlement réuni en Congrès. Cette évolution juridique est désormais protégée au niveau constitutionnel.
Crise du Covid et inflation : des protections massives
Pendant le Covid, le gouvernement a financé le chômage partiel, soutenu les indépendants et déployé des prêts garantis par l’État pour éviter une vague de faillites et de licenciements.
Ces dispositifs ont eu un coût considérable, mais ont contribué à préserver des entreprises et leurs salariés pendant l’arrêt brutal de l’activité économique.
Puis, face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement a mis en place le bouclier tarifaire, des chèques énergie et des remises sur les carburants.
L’Insee estime que le bouclier a réduit de moitié l’effet de la hausse des prix énergétiques sur l’inflation entre les deuxièmes trimestres de 2021 et 2022.
Ces protections n’ont pas totalement compensé les pertes de pouvoir d’achat, en particulier chez les plus modestes. Elles ont cependant amorti le choc. La question du coût et du ciblage de ces aides reste centrale, car des dispositifs bénéficiant à presque tous les consommateurs peuvent aussi soutenir des ménages qui n’en ont pas financièrement besoin.
L’emploi progresse, l’apprentissage se développe
Le taux de chômage est passé de 9,4 % en moyenne en 2017 à 7,7 % en 2025, avant de remonter à 8,3 % au deuxième trimestre 2026.
Le taux d’emploi des 15-64 ans est passé de 65,4 % à 69,3 % entre 2017 et 2025, son plus haut niveau depuis le début de la série statistique de l’Insee en 1975.
L’apprentissage a également connu une expansion spectaculaire après la réforme de 2018 et les aides aux employeurs.
Ces résultats doivent être reconnus. Pour autant, la baisse du chômage avait commencé avant 2017 et sa remontée récente montre que la trajectoire n’est pas acquise.
La forte subvention de l’apprentissage a par ailleurs représenté une dépense publique importante et a bénéficié aussi à des formations supérieures dont les employeurs auraient parfois recruté des alternants sans aide.
Éducation : de petites classes, mais des résultats inquiétants
La politique de dédoublement des classes en éducation prioritaire constitue une mesure importante du premier quinquennat.
Elle a permis de réduire les effectifs en CP, CE1 et grande section dans les réseaux prioritaires. Les évaluations nationales ont montré des progrès dans certaines compétences.
Mais une étude de la DEPP publiée en février 2026 montre que, pour la première cohorte étudiée, les avantages observés à court terme ne sont plus perceptibles à l’entrée en sixième. La période Covid complique toutefois l’interprétation.
Plus largement, les résultats PISA 2025 de l’OCDE montrent un nouveau recul en lecture et en mathématiques, tandis que les sciences restent relativement stables. Les performances demeurent parmi les plus faibles jamais enregistrées en France.
L’augmentation du budget ne suffit pas à expliquer ni à corriger ces difficultés, comme nous l’avons détaillé dans notre article consacré aux dépenses d’éducation.
Hôpital : des revalorisations salariales, une crise persistante
Le Ségur de la santé, lancé après la première vague de Covid, a permis des revalorisations salariales importantes pour les soignants, notamment dans les établissements publics.
Cela n’a cependant pas suffi à résoudre les problèmes de recrutement, d’organisation et d’accès aux soins.
Selon la Drees, les établissements de santé disposaient de 367 100 lits d’hospitalisation complète fin 2024, soit 2 300 de moins qu’en 2023.
Une partie de cette diminution correspond au développement de l’ambulatoire, tendance engagée bien avant 2017. Mais les tensions aux urgences et sur les effectifs illustrent les difficultés persistantes du système.
Nous avons consacré un article au Ségur et à la mobilisation des soignants.
Dette et déficit : des finances publiques profondément dégradées
C’est l’un des grands changements économiques de la période. La dette publique s’élevait à environ 2 260 milliards d’euros fin 2017. Au deuxième trimestre 2026, elle atteint 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, selon l’Insee.
Le déficit public atteint 152,5 milliards d’euros en 2025, équivalant à 5,1 % du PIB.
La pandémie et la crise énergétique expliquent une partie importante de cette dégradation. Les dépenses d’urgence ont aussi permis de limiter des conséquences économiques et sociales qui auraient pu être plus coûteuses encore.
Néanmoins, le déficit est demeuré élevé après ces crises, alors même que plusieurs réductions d’impôts ont diminué les recettes.
Cela pose la question des arbitrages futurs : quelles dépenses financer, quels impôts prélever et quelle part du budget consacrer à la dette ? Ces enjeux sont déjà visibles dans notre analyse du projet de budget 2027.
Fiscalité du capital : des baisses d’impôts aux effets discutés
La transformation de l’ISF en impôt sur la fortune immobilière (IFI), la création du prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital et la baisse de l’impôt sur les sociétés à 25 % ont constitué des choix économiques structurants.
Leur objectif était notamment d’inciter à investir en France et de favoriser le financement des entreprises.
Mais le comité d’évaluation de France Stratégie n’a pas établi de résultat général suffisamment robuste pour attribuer à ces réformes une hausse globale de l’investissement ou de l’emploi.
Dans le même temps, ces décisions ont particulièrement profité à certains détenteurs de patrimoine et de revenus financiers. L’efficacité de cette redistribution fiscale devrait être examinée à partir de ses effets économiques réels.
Pauvreté, logement et inégalités
La progression de l’emploi n’a pas empêché une hausse de la pauvreté.
Selon l’Insee, le taux de pauvreté monétaire atteint 15,4 % en 2024, contre 13,8 % en 2017. Cela représente environ 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans les logements ordinaires de France métropolitaine.
En parallèle, la crise du logement s’est accentuée : difficultés d’accès au logement social, construction insuffisante dans plusieurs territoires et hausse des coûts pour les locataires.
La baisse initiale des APL de 5 € par mois en 2017, puis les modifications de leur calcul, ont également alimenté les critiques sur les choix sociaux des gouvernements successifs.
L’augmentation moyenne du pouvoir d’achat ne traduit pas forcément l’évolution vécue par tous les Français. En 2025, le pouvoir d’achat par unité de consommation baisse de 0,7 %.
Retraites et assurance chômage : des protections réorganisées
Les réformes de l’assurance chômage ont durci certaines conditions d'indemnisation, notamment pour les personnes alternant des contrats courts et des périodes d’inactivité. Le gouvernement entendait favoriser un retour plus rapide à l’emploi et améliorer l’équilibre financier du régime.
Mais les effets sur la qualité de l’emploi retrouvé, les revenus des personnes concernées et les économies réellement produites devraient être analysés.
La réforme des retraites de 2023 prévoyait de relever progressivement l’âge légal à 64 ans et d’accélérer l’allongement de la durée de cotisation. Contestée dans la rue et adoptée au terme d’une procédure utilisant le 49.3, elle a durablement marqué le second mandat.
Depuis, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a suspendu jusqu’en 2028 le relèvement de l’âge légal et de la durée d’assurance, avec des modalités dépendant des générations. Source : Service Public.
Cette séquence politique a rendu particulièrement visible la difficulté de conduire une réforme sociale majeure sans accord suffisamment large sur ses objectifs et sa répartition des efforts.
Industrie, énergie et écologie : des changements sans transformation achevée
Les gouvernements Macron ont engagé une politique de soutien à l’industrie avec France 2030, des subventions à l’investissement, des projets d’usines et des mesures de compétitivité.
Parallèlement, la France a engagé une relance de sa politique nucléaire, après une première période marquée notamment par la fermeture de Fessenheim en 2020.
Les émissions françaises de gaz à effet de serre ont diminué. Pour 2025, le Citepa estime provisoirement leur baisse à environ 1,6 % par rapport à 2024.
La réduction est réelle, mais son rythme reste insuffisant pour atteindre les objectifs climatiques de 2030. La diminution des émissions dépend aussi de facteurs conjoncturels et de politiques européennes.
Quant à la réindustrialisation, plusieurs implantations ont été annoncées ou réalisées, sans que l’ensemble du tissu manufacturier français ait retrouvé le poids qu’il occupait plusieurs décennies auparavant.
Institutions et contestation : la difficulté du compromis
La présidence Macron a été marquée par plusieurs mouvements sociaux de grande ampleur, depuis les Gilets jaunes jusqu’à la mobilisation contre la réforme des retraites.
Le mouvement des Gilets jaunes a notamment conduit à l’abandon de la hausse prévue des taxes sur les carburants et à plusieurs mesures destinées à soutenir le pouvoir d’achat. Nous sommes revenus sur ces résultats dans notre article sur les Gilets jaunes.
La dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 a ensuite entraîné une fragmentation parlementaire durable, compliquant l’adoption des budgets et la formation de majorités.
Les différents recours au 49.3 ont accentué les critiques sur la place du Parlement, bien que cette procédure soit prévue par la Constitution et qu’elle ait été utilisée par des gouvernements de sensibilités différentes.
La question centrale reste celle du fonctionnement institutionnel : comment un pouvoir élu peut-il conduire des transformations importantes lorsque la société est profondément divisée et que le Parlement ne dégage pas de majorité stable ?
Que raconte finalement ce bilan ?
Depuis 2017, les Français ont bénéficié de mesures concrètes : suppression de la taxe d’habitation, primes défiscalisées sous conditions, baisse de cotisations salariales, restauration universitaire à 1 €, accès facilité à certains soins, nouveaux droits familiaux et protections pendant les crises.
La France connaît aussi un niveau d’emploi supérieur à celui de 2017, un apprentissage considérablement développé et une diminution de ses émissions de gaz à effet de serre.
Mais plusieurs indicateurs de long terme se sont dégradés : dette publique, pauvreté, résultats scolaires et difficultés d’accès à certains services publics. D’autres politiques, comme les réformes de l’assurance chômage, de la fiscalité du capital et des retraites, produisent des effets économiques et sociaux différents selon les catégories de population.
Ce bilan pose finalement plusieurs questions très concrètes : combien de Français ont bénéficié de chaque réforme, quel en a été le coût collectif, qui a supporté les contraintes supplémentaires et pour quels résultats ?
À l’approche de 2027, ce sont ces éléments qui permettront de comprendre ce que les deux mandats d’Emmanuel Macron auront réellement laissé au pays.


















