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Glucksmann promet jusqu’à 25 % aux enseignants : ses 6 milliards tiennent-ils ?

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 3 min de lecture

Salle de classe sobre avec bureaux, cahiers et calculatrice budgétaire, sans personne ni texte lisible
Salle de classe sobre avec bureaux, cahiers et calculatrice budgétaire, sans personne ni texte lisible

Raphaël Glucksmann chiffre à 6 milliards d’euros une hausse d’au moins 10 % des salaires enseignants. L’enveloppe est plausible, mais la grille des bénéficiaires et le financement restent à écrire.

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Raphaël Glucksmann a proposé, le 30 août, une hausse de 10 % pour tous les enseignants, pouvant atteindre 25 % au milieu de carrière, pour un coût qu’il évalue à 6 milliards d’euros par an. L’ordre de grandeur n’est pas absurde. Mais ce n’est pas encore un chiffrage : le périmètre, le calendrier et le financement manquent.

Une hausse générale, puis un rattrapage ciblé

Dans l’émission Franc-jeu diffusée par France 2 et France Inter, le candidat de Place publique a distingué deux étages : 10 % pour tous, puis une hausse graduée pouvant atteindre 25 %, notamment pour un professeur des écoles en milieu de carrière. La séquence publiée par France Inter confirme cette architecture ; Le Parisien du 30 août 2026 rapporte son estimation de 6 milliards d’euros.

Le ciblage du milieu de carrière répond à un problème documenté. Selon l’OCDE, données 2024 publiées en septembre 2025, le salaire statutaire après quinze ans d’ancienneté atteint 49 462 dollars en parité de pouvoir d’achat dans le primaire français, contre 59 673 dollars en moyenne dans l’OCDE. L’écart ne porte donc pas seulement sur le premier bulletin de paie : il se creuse quand la carrière avance.

Six milliards : plausible, mais pas certifié

La France comptait 851 600 enseignants dans les établissements publics et privés sous contrat en 2023-2024, selon la DEPP. La DEPP, dans sa note publiée le 20 août 2026, fixe par ailleurs à 3 090 euros nets par mois le salaire moyen des enseignants fonctionnaires ou assimilés en 2024.

À titre d’ordre de grandeur, multiplier ces deux données donne environ 31,6 milliards d’euros nets par an. Une hausse uniforme de 10 % représenterait donc quelque 3,2 milliards nets, avant cotisations employeur et contributions aux pensions. Avec le supplément ciblé jusqu’à 25 %, une enveloppe employeur de 6 milliards paraît possible. Ce calcul est une extrapolation, pas une évaluation officielle : il combine deux périmètres et deux millésimes légèrement différents.

Pour transformer l’annonce en chiffrage, il faut publier la grille : titulaires et contractuels concernés, public et privé sous contrat, primes incluses ou non, nombre de bénéficiaires de chaque taux, montée en charge et coût de pension. Sans cela, 25 % est un maximum de campagne, pas un droit identifiable.

La démographie ne paie pas deux fois

Raphaël Glucksmann veut aussi utiliser la baisse du nombre d’élèves pour réduire les classes. La projection de la DEPP publiée le 7 avril 2026 prévoit 1,68 million d’élèves en moins entre 2025 et 2035 dans le public et le privé sous contrat.

Garder les enseignants malgré cette baisse peut effectivement améliorer l’encadrement. Mais les mêmes postes ne peuvent pas simultanément financer les hausses de salaire : renoncer à les supprimer, c’est renoncer à l’économie correspondante. La démographie offre un arbitrage entre effectifs par classe, masse salariale et redéploiements territoriaux ; elle ne verse pas 6 milliards sur un compte.

Dans un budget 2027 déjà sous forte contrainte, la proposition doit donc nommer sa recette ou sa dépense sacrifiée. Son meilleur argument est solide : le décrochage salarial du milieu de carrière est mesuré, et un rattrapage ciblé peut améliorer l’attractivité. Sa faiblesse est tout aussi nette : 6 milliards d’euros décrit une enveloppe annoncée, pas encore la manière de la financer ni de la distribuer.