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Après Munich, Edwy Plenel défendait Septembre noir : ce qu’il écrivait vraiment

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 5 min de lecture

En bref

En septembre 1972, Edwy Plenel a 20 ans et milite à la Ligue communiste sous le pseudonyme Joseph Krasny.

Après le massacre des Jeux olympiques de Munich, il publie dans Rouge un texte de solidarité politique avec Septembre noir.

Lorsque cet écrit ressurgit en 2018, Plenel ne le nie pas et affirme récuser fermement cette position.

L’épisode revient en 2026 alors que Mediapart attribue à Jordan Bardella des messages antisémites écrits lorsqu’il avait 17 ans.

Bardella conteste leur authenticité, tandis que Mediapart publie des éléments d’authentification.

Le parallèle pose une question plus large : comment juger des écrits politiques de jeunesse et la manière dont leurs auteurs les assument ensuite ?

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En 1972, à 20 ans, Edwy Plenel écrivait dans Rouge qu’« aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre noir ». Il a depuis récusé fermement cette position. Ce texte de jeunesse ressurgit aujourd’hui dans la défense du RN face aux révélations de Mediapart sur Jordan Bardella.

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Le 5 septembre 1972, les Jeux olympiques de Munich basculent dans le massacre. Un commando de Septembre noir prend en otage des membres de la délégation israélienne. L'opération de sauvetage menée par les autorités ouest-allemandes échoue : les onze membres de la délégation israélienne pris pour cible sont tués, ainsi qu'un policier allemand et cinq membres du commando. Les archives de l'INA reviennent sur le déroulement de l'attaque.

Quelques jours plus tard, dans Rouge, l'hebdomadaire de la Ligue communiste, un militant de 20 ans écrit sous le pseudonyme de Joseph Krasny. Ce militant s'appelle Edwy Plenel.

Et une phrase est restée :

« Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre noir. »

Le texte ne se contente pas d'une analyse du conflit israélo-palestinien. Il appelle à défendre les militants de Septembre noir face à la répression et présente la fin tragique de Munich à travers la grille révolutionnaire et anti-impérialiste d'une partie de l'extrême gauche de l'époque. L'existence de ce texte, publié dans Rouge n°171, est documentée depuis des années.

Plenel avait 20 ans. Cela compte, mais cela n'efface pas le texte

Le premier réflexe est tentant : il avait 20 ans.

C'est vrai. Et l'âge compte lorsqu'on juge une trajectoire politique. Les convictions d'un militant de 20 ans ne disent pas automatiquement ce qu'il pensera cinquante ans plus tard.

Mais l'argument a aussi une limite. Plenel n'écrit pas une plaisanterie privée ou une phrase sortie d'une conversation adolescente. Il publie un texte politique dans l'organe d'une organisation révolutionnaire, après un événement dont la violence est déjà connue.

Le contexte explique beaucoup de choses. Une partie de l'extrême gauche européenne de l'époque analyse alors le conflit israélo-palestinien principalement à travers l'anti-impérialisme, la lutte révolutionnaire et le soutien aux mouvements palestiniens.

Mais expliquer le contexte ne fait pas disparaître les mots.

Le texte reste ce qu'il est : une solidarité politique affichée avec Septembre noir quelques jours après Munich.

Ce qu'Edwy Plenel en dit aujourd'hui

L'histoire ne s'arrête pourtant pas en 1972.

Lorsque cette prise de position refait surface publiquement en 2018, Edwy Plenel ne nie ni le pseudonyme ni le texte. Il explique qu'il écrivait bien dans Rouge sous le nom de Joseph Krasny et affirme que cette position « exprime une position que je récuse fermement aujourd'hui ». Sa réponse de 2018 est notamment rapportée par le *Times of Israel*.

C'est une différence importante entre deux questions qui sont souvent mélangées.

On peut discuter de ce qu'il écrivait en 1972. On peut considérer que ses explications ultérieures sont suffisantes ou insuffisantes. Mais présenter aujourd'hui cette phrase comme si elle décrivait encore sa position actuelle supprimerait une partie essentielle de l'histoire : il l'a publiquement désavouée.

Cette trajectoire est d'autant plus intéressante qu'Edwy Plenel deviendra ensuite journaliste, directeur de la rédaction du Monde, puis cofondateur de Mediapart. Nous avons retracé l'histoire de Mediapart, de ses fondateurs, de ses grandes enquêtes et de ses condamnations.

Pourquoi ressort-on cette histoire en 2026 ?

Parce que Mediapart enquête aujourd'hui sur les écrits de jeunesse de Jordan Bardella.

Le 28 septembre 2026, le média publie des messages antisémites et complotistes qu'il attribue au président du Rassemblement national lorsqu'il avait 17 ans. Bardella conteste en être l'auteur et parle de faux. Le 1er octobre, Mediapart publie des conversations Messenger et explique leur méthode d'authentification ; Le Monde rapporte que le média s'appuie notamment sur des données vérifiées auprès de Meta et sur une extraction constatée par huissier. Mediapart détaille ici ses éléments et *Le Monde* en résume la méthode.

Le RN a répondu en attaquant la crédibilité de Mediapart et en rappelant notamment le passé militant de Plenel. C'est précisément ce mécanisme que nous avons analysé dans « Bardella face à Mediapart : quand le RN attaque la presse ».

Le parallèle fonctionne jusqu'à un certain point : dans les deux cas, on parle d'écrits politiques produits très jeune et qui reviennent des années plus tard.

Mais il faut regarder exactement ce que chacun défend aujourd'hui.

Plenel reconnaît son texte de 1972 et affirme l'avoir renié.

Bardella, lui, conteste actuellement être l'auteur des messages publiés par Mediapart. Sa défense ne consiste donc pas à dire qu'il avait 17 ans et qu'il a changé. Elle consiste d'abord à dire que ces écrits ne sont pas les siens. C'est ce que nous détaillons dans « La Défense Bardella ».

Cette distinction change le débat.

Que doit-on faire des écrits de jeunesse ?

C'est finalement la question la plus intéressante.

Si l'on décide qu'une conviction exprimée à 17 ou 20 ans condamne définitivement une personne, alors il faut appliquer ce principe à tout le monde. Si l'on considère au contraire que la jeunesse permet systématiquement d'effacer des propos graves, le principe doit également être appliqué à tout le monde.

Mais aucune de ces deux règles n'est vraiment satisfaisante.

L'âge compte. Le contexte compte. La répétition compte. La gravité des propos compte. Et la manière dont une personne se comporte lorsque son passé ressurgit compte aussi.

Reconnaître ce que l'on a écrit, expliquer pourquoi on le pensait et dire clairement si on le pense encore ne supprime pas le passé.

Cela permet au moins de savoir ce que l'on juge : les convictions d'hier, ou celles d'aujourd'hui.

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