Opinion

Réseaux sociaux avant 15 ans : protéger les enfants oblige à vérifier l’âge de tous

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 3 min de lecture

En bref

Emmanuel Macron a demandé à la Commission européenne d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Le Conseil constitutionnel a censuré la loi française, jugeant l’atteinte aux libertés disproportionnée.

Pour appliquer une interdiction, les plateformes doivent vérifier l’âge de chaque utilisateur, pas seulement celui des mineurs.

L’Anses confirme des risques réels liés aux mécanismes de captation de l’attention, mais une interdiction générale ne règle ni leur conception ni les contournements.

Le vrai arbitrage oppose la protection collective des enfants à la surveillance généralisée des identités numériques.

Un adolescent face à un téléphone, séparé d’une plateforme numérique par une barrière de contrôle d’âge
Un adolescent face à un téléphone, séparé d’une plateforme numérique par une barrière de contrôle d’âge

Emmanuel Macron demande une interdiction européenne des réseaux sociaux avant 15 ans. L’objectif protège les enfants ; le mécanisme impose pourtant de contrôler l’âge de tous les utilisateurs.

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Un adolescent de 14 ans ouvre une application. Pour lui refuser l’accès, la plateforme doit savoir qu’il a 14 ans. Et pour le distinguer d’un adulte, elle doit aussi vérifier l’âge de tous les autres.

Voilà le cœur du problème. L’interdiction paraît viser les enfants ; son outil de contrôle concerne toute la population.

Le 8 septembre 2026, Reuters a révélé la lettre adressée par Emmanuel Macron à Ursula von der Leyen. Le président demande un texte européen interdisant l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans. Cette démarche intervient après la censure de la loi française par le Conseil constitutionnel.

Protéger les enfants n’est pas un prétexte

Le meilleur argument en faveur de l’interdiction est solide. Un parent peut fixer des règles à son enfant, mais il affronte un système conçu pour retenir l’attention et une pression sociale très simple : si toute la classe utilise la même application, rester dehors signifie aussi être exclu d’une partie des échanges.

En janvier 2026, l’Anses a recommandé d’agir à la source sur la conception des plateformes. Son expertise documente notamment des effets sur le sommeil, l’image de soi et la santé mentale, avec des risques qui dépendent des usages, des contenus et de la vulnérabilité des adolescents. Le problème n’est donc pas imaginaire.

Une règle collective peut aussi libérer les familles d’une compétition absurde : aucun parent ne veut que son enfant soit capté quatre heures par jour, mais personne ne veut qu’il devienne le seul absent du groupe. Dans ce cas, l’interdit ne remplace pas l’éducation. Il modifie la norme commune.

Une interdiction exige une infrastructure de contrôle

Le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 14 août 2026, a censuré le dispositif français. Il a reconnu l’objectif de protection de l’enfant, mais jugé l’atteinte à la liberté d’expression et de communication disproportionnée. La vérification de l’âge soulevait également un risque pour la vie privée.

Une plateforme peut demander une pièce d’identité, utiliser une estimation faciale ou passer par un tiers de confiance. Chaque méthode crée une circulation de données ou un risque d’erreur. Protéger un mineur ne devrait pas obliger un adulte à livrer son identité à chaque réseau social.

La France a déjà adopté en 2023 une majorité numérique à 15 ans, mais son application s’est heurtée au droit européen et aux difficultés techniques. Le dossier sur la loi n° 2026-813 concernant les mineurs et les réseaux sociaux montre la même impasse : afficher un âge dans la loi est beaucoup plus facile que construire un contrôle proportionné.

Le niveau européen est donc logique. Les plateformes opèrent dans vingt-sept pays ; une règle commune évite vingt-sept systèmes incompatibles. Mais elle sera plus lente, et Emmanuel Macron ne peut pas garantir qu’elle s’appliquera avant la fin de son mandat.

Interdire l’accès ne suffit pas à rendre les plateformes sûres

Une interdiction générale traite tous les réseaux, tous les usages et tous les adolescents comme un seul bloc. Or discuter avec sa famille, suivre un cours et subir un fil infini de vidéos ne présentent pas les mêmes risques.

Le compromis proposé au Sénat était moins spectaculaire : interdire les plateformes les plus nocives, autoriser les autres sous conditions et confier leur classement à l’Arcom. C’est plus complexe. C’est aussi plus proche du mécanisme réel.

Je suis favorable à une protection collective forte. Mais une interdiction crédible doit minimiser les données exigées, limiter les mécanismes addictifs et prévoir des accès adaptés à l’âge. Sinon, nous aurons remplacé un problème visible par une surveillance beaucoup moins visible.

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