Bardella dément tout. Fabrice Arfi détaille les preuves de MediapartDans un entretien avec HugoDécrypte, Fabrice Arfi revient sur les messages antisémites attribués à Jordan Bardella, les vérifications de Mediapart et la riposte du RN. Il relève aussi une particularité de la plainte en diffamation : le calendrier choisi pourrait repousser le procès après la présidentielle de 2027.Jordan BardellaMediapart
Laurent G., ancien cadre du FNJ cité dans l’enquête de Mediapart sur les écrits attribués à Jordan Bardella, accuse désormais le journal d’avoir déformé plusieurs de ses propos. Ses déclarations fragilisent une partie du contexte construit autour de l’enquête, sans invalider à elles seules les conversations Messenger attribuées à Bardella.
Laurent G., ancien cadre du FNJ cité dans l’enquête de Mediapart sur les écrits attribués à Jordan Bardella, accuse désormais le journal d’avoir déformé plusieurs de ses propos. Il conteste notamment l’histoire du « livre de chevet », précise ses déclarations sur Hitler et produit un nouvel élément concernant un livre d’Alain Soral.
Cela fragilise une partie du contexte construit par Mediapart autour des premières années militantes de Bardella. Mais pas les principaux éléments techniques utilisés par le journal pour attribuer les conversations Messenger au président du RN.
« Je n’ai jamais dit ça »
Le point le plus net concerne Les Secrets de la Réserve fédérale, ouvrage d’Eustace Mullins.
Dans son enquête, Mediapart écrit que Laurent G. lui a déclaré que Jordan Bardella avait cet ouvrage comme « livre de chevet ». Cette formulation est bien présente dans le récit publié par le journal : Mediapart, 2 octobre 2026.
Laurent G. le conteste désormais frontalement.
Dans l’entretien accordé à Éric Morillot pour Les Incorrectibles, il affirme n’avoir jamais présenté ce livre comme le livre de chevet de Bardella. Selon sa version actuelle, il aurait simplement raconté une discussion autour de l’ouvrage pour illustrer ce qu’il considérait comme la curiosité intellectuelle du jeune militant : Les Incorrectibles.
À ce stade, il ne s’agit donc pas d’une nuance d’interprétation. Mediapart affirme que Laurent G. lui a donné cette information ; Laurent G. affirme aujourd’hui ne jamais l’avoir donnée.
Sans enregistrement public de leur entretien initial, les deux versions ne peuvent pas être départagées sur ce point.
Même désaccord sur Hitler
Mediapart rapporte également cette déclaration de Laurent G. : Bardella se serait intéressé aux théories circulant à l’époque sur une éventuelle survie d’Adolf Hitler après la Seconde Guerre mondiale. Cette phrase figure dans l’enquête : Mediapart, 2 octobre 2026. Laurent G. ne dit pas aujourd’hui que cette conversation n’a jamais existé.
Il en donne une autre portée : selon lui, il s’agissait d’une discussion ponctuelle autour d’informations circulant sur Internet et présentées comme provenant de documents du FBI. Il affirme surtout n’avoir jamais entendu Jordan Bardella exprimer une admiration pour Hitler : Opinion Internationale, 5 octobre 2026.
Mais attention, s’intéresser ponctuellement à une histoire ou en discuter n’établit pas, à lui seul, une adhésion à la théorie.
Le cas du livre de Soral est plus concret
Le 8 février 2014, Laurent G. envoie à Jordan Bardella et à Maxence B. une version numérique de Dialogues désaccordés, livre d’Alain Soral et Éric Naulleau.
Mediapart reproduit le message dans lequel Laurent G. indique ne plus savoir lequel des deux lui avait demandé le document. Le journal établit donc que Bardella était destinataire de l’e-mail, pas qu’il avait lui-même demandé le livre : Mediapart, 2 octobre 2026.
Laurent G. présente désormais un autre courriel : Maxence B. aurait répondu que c’était lui qui avait demandé l’ouvrage. Le document a été montré par Éric Morillot et rapporté par Opinion Internationale : Opinion Internationale, 5 octobre 2026. Si ce message est authentique, il résout l’ambiguïté : le demandeur était Maxence B.
En revanche, un point reste à établir : Mediapart disposait-il de cette réponse au moment de publier son enquête ? Laurent G. accuse le journal d’avoir occulté le document, mais aucun élément public ne permet à ce stade de l’établir.
Ce que cela fragilise chez Mediapart
Nous avions déjà consacré un article à l’histoire et à la ligne éditoriale de Mediapart. Avoir une orientation éditoriale ne rend évidemment pas une enquête fausse. Mais une enquête doit distinguer les documents établis de l’interprétation construite autour d’eux. Le témoignage de Laurent G. intervient surtout à ce deuxième niveau.
S’il a réellement été mal cité sur le « livre de chevet », c’est sérieux. S’il existe un courriel permettant d’identifier clairement le demandeur du livre de Soral et que Mediapart en avait connaissance, la question serait encore plus gênante.
Cela rejoint une partie du débat que nous évoquions déjà dans « Bardella face à Mediapart : quand le RN attaque la presse » : critiquer le média ne réfute pas automatiquement ses documents, mais la solidité des documents n’autorise pas non plus toutes les extrapolations autour d’eux.
Mais cela ne fait pas tomber le cœur de l’enquête
Le raccourci « le témoin de Mediapart dément tout » est simplement faux.
Mediapart affirme avoir interrogé 18 personnes dans le cadre de son enquête. Surtout, les messages antisémites attribués directement à Jordan Bardella ne viennent pas du témoignage de Laurent G. : Mediapart, 2 octobre 2026.
Le journal indique avoir obtenu deux conversations Messenger auprès de deux sources différentes. Pour l’une d’elles, la source a demandé directement à Meta une extraction de ses données. Mediapart affirme que cette extraction a permis de retrouver l’historique de la conversation de 2013 et qu’un commissaire de justice a ensuite constaté la procédure d’extraction. Le contenu des échanges comporterait également plusieurs informations biographiques correspondant à Bardella.
Ce sont ces éléments qui sont au centre de la défense actuelle de Jordan Bardella, puisqu’il affirme que les messages sont faux. Laurent G. ne démontre pas qu’ils le sont. Mais son intervention change autre chose : elle fragilise une partie du récit utilisé pour replacer ces messages dans l’environnement idéologique du jeune Bardella.
Nous avions déjà montré avec le cas d’Edwy Plenel et de Septembre noir combien il est facile de passer d’un document réel à une conclusion beaucoup plus large sur ce qu’une personne pense, hier comme aujourd’hui.
À ce stade, le point le plus concret à éclaircir est simple : savoir si Mediapart disposait, avant publication, du courriel où Maxence B. se désigne comme demandeur du livre de Soral.


















