Bardella dément tout. Fabrice Arfi détaille les preuves de MediapartDans un entretien avec HugoDécrypte, Fabrice Arfi revient sur les messages antisémites attribués à Jordan Bardella, les vérifications de Mediapart et la riposte du RN. Il relève aussi une particularité de la plainte en diffamation : le calendrier choisi pourrait repousser le procès après la présidentielle de 2027.Jordan BardellaMediapart
Interpellé par Mediapart lors de la conférence de presse du RN du 6 octobre, Jordan Bardella conteste les messages antisémites qui lui sont attribués. Marine Le Pen intervient à son tour, mais une de ses affirmations judiciaires est démentie par La Croix.
Le 6 octobre 2026, le Rassemblement national présente son contre-budget pour 2027. Mais à la fin de la conférence de presse, les journalistes reviennent sur les conversations privées antisémites que Mediapart attribue à Jordan Bardella. Le président du RN refuse toute attribution. Marine Le Pen intervient ensuite pour défendre Jean-François Jalkh, ancien cadre du parti, en avançant une affirmation judiciaire contestée par La Croix.
« Vous affirmez que tout est faux ? Quoi exactement ? »
Le journaliste de Mediapart demande à Bardella de préciser ce qu'il conteste : le contenu des messages, leur provenance ou leur attribution. TF1 Info restitue la question et la séquence filmée.
La réponse de Bardella ne laisse aucune place à une reconnaissance partielle. Selon le compte rendu du *Monde*, il déclare : « Je conteste d’abord formellement vos accusations. Je conteste vos preuves et je conteste vos sources. Nous aurons l’occasion d’en discuter devant les tribunaux ».
Pourquoi ce point est-il central ? Mediapart affirme disposer de conversations Messenger issues de deux sources et de données récupérées auprès de Meta, avec un constat réalisé par un commissaire de justice. Le journal a publié les éléments et expliqué sa méthode d'authentification. Bardella conteste leur authenticité et a engagé une plainte en diffamation, en annonçant également une plainte pour faux et usage de faux. À ce stade, son démenti ne s'accompagne pas d'une contre-expertise publique de ces archives.
Une réponse qui se déplace vers les journalistes
Bardella reproche ensuite à Mediapart de contacter ses anciens amis de collège et de lycée pour obtenir leurs échanges privés. Il met en cause les méthodes d'investigation, puis lance au journaliste : « J’imagine que vous auriez adoré me voir poser le genou à terre, mais c’est très mal me connaître ». La formule, rapportée par *Le Monde*, transforme une demande de précisions techniques en confrontation politique.
Il invoque aussi un ancien témoin qui aurait affirmé avoir été manipulé par le journal. Cette contestation existe : nous avons détaillé les déclarations de Laurent G. et les passages qu'il remet en cause. Elles touchent plusieurs éléments de contexte de l'enquête, notamment un livre attribué aux lectures du jeune Bardella. Elles n'apportent pas, en elles-mêmes, la preuve que les archives Messenger sont falsifiées.
Une question de Franceinfo est plus concrète : pourquoi Bardella ne réclame-t-il pas ses propres données Facebook pour opposer une vérification à celle du journal ? Il répond qu'il n'utilise plus Facebook depuis longtemps et que la page actuelle est gérée par la communication du RN. Cette réponse, rapportée par *Le Monde*, ne permet pas de conclure qu'une extraction de ses anciennes données serait techniquement impossible.
Marine Le Pen intervient, une affirmation judiciaire contestée
La conférence prend également un tour historique. Bardella évoque le passé d'Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, et les activités passées de journalistes associés au média. Nous avons déjà retracé ce que Plenel écrivait après Munich en 1972, ainsi que l'histoire de Mediapart et son bilan judiciaire.
Carine Fouteau, présidente de Mediapart, répond le 6 octobre aux accusations formulées durant la conférence. Elle précise notamment qu'aucun journaliste du média n'a été condamné pour financement du terrorisme, contrairement à ce que pouvait laisser entendre l'intervention.
Marine Le Pen prend pour sa part la défense de Jean-François Jalkh, ancien responsable du Front national mis en cause pour d'anciens propos sur le négationnisme. Elle affirme que des médias, dont La Croix, auraient été condamnés dans cette affaire. Le journal *La Croix* a publié un démenti explicite : il indique n'avoir jamais été poursuivi dans ce dossier. Son journaliste Laurent de Boissieu avait été poursuivi à titre personnel pour un tweet, avant d'être définitivement relaxé par la Cour de cassation le 14 mai 2024.
Le désaccord décisif demeure l'attribution des messages
Les critiques du RN contre l'orientation politique de Mediapart peuvent faire l'objet d'un débat, tout comme les imprécisions que d'anciens témoins reprochent au journal. Mais le dossier central est matériel : d'où proviennent les messages, comment l'extraction a-t-elle été réalisée et quelles vérifications permettent d'identifier leur auteur ?
Nous avions examiné la défense choisie par Jordan Bardella : son âge à l'époque des faits peut compter pour apprécier la portée politique de propos anciens, mais il ne répond pas à la question de leur authenticité. Inversement, l'existence d'archives présentées comme authentifiées ne dispense pas de discuter précisément leur provenance et leur attribution.
En pleine présentation du contre-budget du RN — dont nous avons analysé les économies annoncées — cette confrontation a remis au premier plan une demande restée sans démonstration contradictoire publique : si les messages sont faux, sur quel élément vérifiable repose leur falsification ?

















