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Dix ans de colère sociale : qu’ont vraiment obtenu les Français ?

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 5 min de lecture

En bref

Depuis 2016, la France a connu plusieurs mobilisations sociales majeures : loi Travail, Gilets jaunes, retraites, crise hospitalière, colère agricole et, aujourd’hui, mouvement lycéen. Elles ne défendent ni les mêmes intérêts ni les mêmes droits, mais plusieurs thèmes reviennent : sentiment de ne pas être entendu, pouvoir d’achat et travail, défiance envers les institutions et concentration du pouvoir politique. Certaines mobilisations ont obtenu des concessions rapides ; d’autres n’ont pas empêché l’adoption des réformes contestées. Le mouvement lycéen de 2026, parti de Créteil avant de s’étendre au pays, ajoute désormais la question des moyens de l’école et de Parcoursup. Les Fonds du Sujet reviendra séparément sur chacun de ces mouvements pour mesurer leur origine, leur déroulement et leur résultat concret.

Dix ans de mouvements sociaux : ce que la France a traversé
Dix ans de mouvements sociaux : ce que la France a traversé

Loi Travail, Gilets jaunes, retraites, hôpital, agriculteurs, lycéens : depuis dix ans, les mobilisations se succèdent en France sans défendre les mêmes intérêts ni employer les mêmes méthodes. Cet article ouvre une série qui reviendra, mouvement par mouvement, sur leurs origines, leurs revendications et ce qu’ils ont réellement obtenu.

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Depuis dix ans, la France a connu une succession de mouvements sociaux majeurs. Certains sont partis des syndicats, d’autres des réseaux sociaux ou directement des établissements scolaires. Certains ont fait reculer le gouvernement. D’autres ont réuni des foules considérables sans empêcher la réforme contestée.

Loi Travail, Gilets jaunes, retraites, hôpital, agriculteurs, lycéens : derrière ces mobilisations très différentes revient une même question. Pourquoi une partie de la société française estime-t-elle ne plus être entendue autrement que par la rue ?

Je ne prétends pas pouvoir répondre à cette question. Cette série va plutôt reprendre les principaux mouvements sociaux de ces dix dernières années, un par un : leurs origines, leurs revendications, ceux qui y participaient, la réponse du pouvoir et surtout ce qu’ils ont réellement obtenu.

2016 : la loi Travail et Nuit debout

En 2016, le projet porté par Myriam El Khomri déclenche plusieurs mois de manifestations et de grèves. La réforme donne notamment davantage de place à la négociation collective dans l’entreprise. La loi du 8 août 2016 sera finalement promulguée après plusieurs recours au 49.3.

Dans le même temps apparaît Nuit debout, notamment place de la République à Paris. La contestation dépasse alors le seul droit du travail pour toucher au fonctionnement des institutions, aux inégalités et à la représentation politique.

2018-2019 : les Gilets jaunes

À l’automne 2018, la hausse prévue de la fiscalité sur les carburants met le feu aux poudres. La mobilisation naît largement en dehors des organisations syndicales traditionnelles et s’organise sur les réseaux sociaux et les ronds-points.

Très vite, le carburant n’est plus le seul sujet : pouvoir d’achat, fiscalité, services publics, démocratie directe, sentiment d’abandon des territoires périphériques.

Face à la crise, Édouard Philippe annonce le moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants. D’autres mesures de pouvoir d’achat suivent, puis le Grand débat national.

Le mouvement obtient donc des concessions concrètes. Mais il laisse surtout une fracture politique durable : celle d’une partie de la population qui ne se reconnaît plus dans les formes traditionnelles de représentation.

2019-2020 : première bataille des retraites

À la fin de 2019, le gouvernement veut remplacer les régimes existants par un système universel de retraite par points. Le principe est alors assumé publiquement par Édouard Philippe dans sa présentation de la réforme.

Les transports sont fortement perturbés pendant plusieurs semaines et de nombreuses professions rejoignent la contestation.

Puis arrive le Covid-19. Le projet est suspendu et ne sera jamais adopté sous cette forme.

Le sujet, lui, reviendra.

2020-2022 : l’hôpital

La crise sanitaire met brutalement en lumière des tensions déjà anciennes : manque de personnel, conditions de travail, difficultés des urgences et attractivité de l’hôpital public.

Le Ségur de la santé aboutit notamment à 8,2 milliards d’euros par an de revalorisations selon le ministère de la Santé, ainsi qu’à des engagements d’investissement et de recrutement.

Ici, pas un mouvement unique avec un début et une fin très nets. Plutôt une crise sociale continue, faite de grèves, d’alertes et de mobilisations successives.

2023 : la retraite à 64 ans

En 2023, la contestation contre le recul de l’âge légal de départ à la retraite réunit l’ensemble des grandes organisations syndicales.

Les manifestations sont massives. Elles n’empêchent pourtant pas l’adoption de la réforme après l’utilisation du 49.3. La loi du 14 avril 2023 prévoit la montée progressive de l’âge d’ouverture des droits de 62 à 64 ans.

Sur LFDS, on peut aussi retrouver notre page sur ce que l’on cotise et ce que l’on touche selon les régimes et notre article sur la contribution des retraités les plus aisés.

Cette séquence pose une question essentielle : que signifie une mobilisation massive lorsqu’elle ne suffit plus à modifier la décision politique ?

2024 : la colère agricole

Début 2024, les tracteurs bloquent routes et autoroutes. Les revendications mélangent revenus, normes, concurrence internationale, fiscalité et prix agricoles.

Le gouvernement multiplie les annonces. Le ministère de l’Agriculture recensait ensuite 70 engagements pris à la suite de la mobilisation.

C’est un cas intéressant : une mobilisation numériquement plus réduite que celle des retraites dispose d’un pouvoir de blocage très important et obtient rapidement des réponses politiques.

Nous avons également consacré un article à la question du revenu agricole derrière les mesures d’urgence.

2026 : le mouvement lycéen

Et maintenant, les lycéens.

La mobilisation actuelle prend forme à Créteil à la mi-septembre autour du manque de personnels et de moyens avant de s’étendre à de nombreux établissements. Au 5 octobre, Le Monde décrit un mouvement devenu l’un des plus importants mouvements lycéens depuis plusieurs décennies, autour notamment des postes vacants, des classes surchargées, de l’état des bâtiments et de Parcoursup.

Le gouvernement a engagé le dialogue tout en renforçant le dispositif de maintien de l’ordre. Le ministère de l’Éducation nationale organise désormais aussi des échanges avec les directions et représentants lycéens.

La France insoumise soutient fortement la mobilisation ; le gouvernement l’accuse de l’instrumentaliser. Mais soutien politique et origine du mouvement sont deux questions différentes. Nous reviendrons précisément sur cette chronologie dans un article dédié.

Des intérêts différents, des points communs

Ces mouvements défendent différents intérêts, revendiquent différents droits. Un cheminot, un infirmier, un Gilet jaune, un agriculteur ou un lycéen ne se mobilisent pas pour la même chose.

Pourtant, plusieurs thèmes réapparaissent :

  • Le sentiment de ne pas être entendu ;
  • La question du pouvoir d’achat et du travail ;
  • La méfiance envers les institutions ;
  • La concentration du pouvoir politique.

Dans les prochains articles, Les Fonds du Sujet reviendra en détail sur chacun de ces mouvements : comment il est né, qui s’est mobilisé, ce qui a été demandé, comment le pouvoir a répondu et ce qui a réellement changé.

Parce qu’une mobilisation spectaculaire peut ne rien obtenir.

Et qu’une mobilisation beaucoup plus réduite peut parfois faire reculer un gouvernement.

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