Opinion

Loi agricole : sauver une récolte ne suffit pas à garantir un revenu

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 3 min de lecture

En bref

Le texte agricole adopté en juillet 2026 réunit des mesures sur les pesticides, l’eau et les importations.

Il prévoit des dérogations temporaires pour deux insecticides et certaines cultures.

Une dérogation peut préserver une production sans garantir le revenu de l’exploitant.

Le revenu dépend aussi des prix de vente, des charges et du partage de la valeur.

Le stockage d’eau doit être évalué selon les ressources du bassin et les autres usages.

Les alternatives techniques et leur déploiement comptent pour sortir des dérogations.

Une parcelle agricole divisée entre cultures, réserve d’eau et haies, sous un ciel sobre, sans texte ni logo
Une parcelle agricole divisée entre cultures, réserve d’eau et haies, sous un ciel sobre, sans texte ni logo

Le texte adopté en juillet 2026 intervient sur les insecticides, l’eau et les importations. Ces outils peuvent protéger certaines productions. Ils ne règlent pas à eux seuls les prix payés aux agriculteurs ni l’adaptation au climat.

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Un agriculteur peut sauver sa récolte et continuer à mal gagner sa vie. Il peut aussi obtenir un meilleur prix sans pouvoir vendre grand-chose si la production s’effondre.

C’est toute la difficulté de la loi d’urgence agricole : elle réunit des réponses à plusieurs problèmes qui ne se règlent pas de la même manière.

Le compromis adopté en juillet 2026 a recueilli 296 voix contre 224 à l’Assemblée nationale et 214 contre 111 au Sénat, selon le dossier de Vie publique.

Le texte prévoit notamment des dérogations temporaires pour l’acétamipride dans les noisettes et le flupyradifurone dans les betteraves sucrières, les pommes et les cerises. L’autorisation annuelle pourrait être renouvelée deux fois, pour un maximum de trois ans, avec l’intervention de l’Anses dans l’évaluation.

Il facilite aussi certains stockages d’eau, prévoit une brigade de contrôle des denrées importées et renforce la préférence française ou européenne dans certains achats.

L’argument de concurrence mérite d’être entendu. Si un produit interdit à l’agriculteur français reste autorisé chez un concurrent qui vend sur le même marché, l’interdiction peut déplacer la production sans faire disparaître la consommation.

Mais corriger cet écart demande des contrôles effectifs. Des agents, des laboratoires, des sanctions. Une règle sur les importations n’agit pas simplement parce qu’elle figure dans un texte.

LFI et les écologistes reprochent notamment à la loi de privilégier les rendements au détriment de la santé, de l’eau et du revenu agricole.

Préserver un volume produit ne garantit effectivement pas ce qu’il reste à l’exploitant. Le revenu dépend du prix de vente, des engrais, de l’énergie, des fermages, des intérêts et de la manière dont la valeur est partagée.

Un insecticide peut protéger une récolte. Il ne fixe pas le prix payé par l’acheteur. À l’inverse, un prix plus favorable ne compense pas automatiquement une récolte détruite. Les outils doivent donc être appréciés filière par filière.

L’eau pose encore une autre question.

Stocker peut permettre de conserver une ressource disponible en hiver pour l’utiliser pendant une période sèche. Cela peut sécuriser une production. Mais le prélèvement peut aussi modifier la recharge d’une nappe, le débit d’une rivière ou l’eau disponible pour d’autres usages.

Un stockage utile dans un bassin ne l’est pas nécessairement dans un autre. Les ressources locales et leur évolution climatique comptent davantage qu’une réponse générale pour ou contre tous les ouvrages.

Les sécheresses de 2026 rappellent pourquoi cette question ne se limite pas au financement d’une installation. Il faut aussi savoir quelle eau pourra la remplir.

Les dérogations aux insecticides ont, elles aussi, besoin d’une suite. Trois ans peuvent donner du temps pour tester et déployer des alternatives. Sans moyens de recherche, essais et accompagnement, le même besoin risque de revenir au terme du délai.

L’évaluation scientifique décrit les risques sanitaires et environnementaux. La décision publique arbitre entre ces risques, les solutions disponibles et la continuité de la production.

Une agriculture capable de durer a besoin de rendements, mais aussi de revenus suffisants, de sols fonctionnels et d’eau disponible. On peut protéger une récolte à court terme tout en fragilisant une ressource à plus long terme. On peut aussi imposer une transition trop rapide à une exploitation qui n’a pas les moyens de la financer.

C’est pourquoi le résultat de cette loi ne se lira pas uniquement dans les tonnes produites. Il se lira aussi dans ce que gagnent les agriculteurs, dans l’état des ressources et dans les solutions qui seront réellement disponibles à la fin des dérogations.

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