Retraite & santé · moyennes

Cotiser, toucher : ce que disent les moyennes

Combien touche-t-on de pension, et ce qu'on cotise revient-il vraiment « plus » ou « moins » selon sa catégorie socio-professionnelle ? Tout ce qui suit est une moyenne — votre situation personnelle peut s'en écarter énormément.

Trois mots à connaître

Cotiser
Ce qui est prélevé sur le salaire (part salarié + part employeur) pour la retraite.
Toucher
La pension versée chaque mois, une fois à la retraite.
Taux d'intérêt
Le chiffre du COR (officiellement : TRI) — comme le taux d'un livret. Ce n'est pas « vous récupérez 1,6 % de vos cotisations ». Deux TRI du COR (1,6 % et 0,5 %) ne se comparent pas : actualisation et millésime différents.

Les administrations françaises (Insee, DREES, COR) ne découpent pas toujours leurs données selon la même catégorie socio-professionnelle : on précise à chaque fois l'axe réel utilisé, plutôt que de forcer tout dans une seule grille.

Dans les cas-types du COR, le système rend-il autant à tous ?

Le COR publie plusieurs TRI. Celui de la génération 2000 en actualisation SMPT (0,5 %) n'est pas le même indicateur que le TRI cadre / non-cadre actualisé selon les prix (1,6 % et 0,7 %, données 2021).

Dans les cas-types du COR (carrière complète, privé), le système rend plus que ce qui a été versé une fois l'indicateur choisi — c'est un taux de rendement actuariel (TRI) sur une carrière et une retraite complètes, pas un compte individuel. Le COR appelle ça une « fiction » : vos cotisations paient les retraités d'aujourd'hui, elles ne sont pas sur un livret à votre nom.

Deux indicateurs COR distincts : figure 3.7 (SMPT, 2025) et figure 3.A (prix, projections 2021). Ils ne se comparent pas.

Les 1,6 % (non-cadre, actualisation selon les prix, projections de juin 2021, productivité 1,3 %) et les 0,5 % (non-cadre, actualisation selon le SMPT, rapport 2025, productivité 0,7 %) ne mesurent pas la même chose. Ils ne doivent pas être lus comme deux valeurs du même indicateur pour le même cas-type.

Cadre et non-cadre, génération 2000 — actualisation selon les prix

1,6 %
par an
Salarié du privé, pas cadre
TRI réel estimé
0,7 %
par an
Cadre du privé
TRI réel estimé
TRI réel estimé
1,6 % (non-cadre) · 0,7 % (cadre)
Cas-type
cadre et non-cadre du privé
Génération
2000
Carrière
carrière complète, secteur privé
Salaire relatif
deux cas-types de niveau de revenu / qualification
Actualisation
selon les prix
Scénario
projections du COR de juin 2021, scénario de productivité horaire de 1,3 % — distinct du scénario de référence 2025 (0,7 %)
Source
COR, rapport annuel juin 2025, figure 3.A (données 2021)

Ce n'est pas « vous récupérez 1,6 % de vos cotisations ». C'est le taux d'intérêt annuel implicite du système — le COR l'appelle TRI. Les deux blocs ci-dessous n'utilisent pas la même actualisation ni le même millésime de projection.

Série générationnelle — non-cadre, actualisation selon le SMPT

Nés en 1940à la retraite depuis ~2000
3,7 %
Nés en 1960partent à la retraite maintenant
2,0 %
Nés en 1980retraite vers 2045
0,9 %
Nés en 2000retraite vers 2065
0,5 %
TRI réel estimé
0,5 % pour la génération 2000
Cas-type
non-cadre du privé
Génération
série par génération de naissance
Carrière
carrière complète (cas type n° 2 du COR)
Salaire relatif
cas-type non-cadre suivi par le COR
Actualisation
selon le SMPT (salaire moyen par tête), pas selon les prix
Scénario
scénario de référence COR 2025 : productivité horaire 0,7 %, chômage 7 %, hypothèses démographiques centrales Insee
Source
COR, rapport annuel juin 2025, figure 3.7

Dans ces cas-types COR (figure 3.A, actualisation prix), les cadres cotisent davantage, surtout au-delà d'un certain salaire, sans que leur pension augmente autant. Une plus grande part de leur retraite vient d'un régime complémentaire qui « rend » moins. D'où un taux plus bas : ce n'est pas qu'ils touchent moins en euros (leur pension est plus élevée), c'est qu'ils récupèrent moins, à l'euro versé — pour le profil simulé, pas pour tous les cadres réels.

Pour aller plus loin
Comparaison du COR pour la génération 2000, actualisation selon les prix, projections de juin 2021. Deux mécanismes officiels : les cadres cotisent une part « déplafonnée » à la Cnav au-delà du plafond de la Sécurité sociale sans droits à pension supplémentaires proportionnels, et une plus grande partie de leur retraite vient de l'Agirc-Arrco, dont le rendement (rapport entre le prix d'achat d'un point et sa valeur de service) est structurellement plus bas que celui du régime de base. Ce n'est pas le TRI de la figure 3.7 (0,5 % en actualisation SMPT).

Source : COR, rapport annuel, juin 2025

Qui paie les pensions, cette année ?

Sur 100 € de retraite versée en 2025 — une année, pas une vie. Arrondi.

Cotisations sur les salaires66 €277,0 Md€
Autres ressources du système de retraite33 €140,0 Md€
Dette nouvelle du système1 €5,1 Md€

Le « 1 € » = 5,1 Md€. C'est petit cette année. Le COR prévoit que ce trou grandisse si les règles ne changent pas (jusqu'à 2,4 points de PIB en 2070). Un taux d'intérêt positif sur une vie et un trou de 5 Md€ cette année peuvent coexister : les nés en 1940 ont surtout été payés par les cotisations des générations suivantes, pas par l'emprunt.

Dette publique, CADES, subventions d'État
Les ~140 Md€ d'autres ressources (impôts affectés, contributions d'équilibre de l'État, transferts entre caisses) ne sont pas de la dette retraites. Ils incluent notamment les contributions d'équilibre de l'État (~57 Md€, soit 1,9 % du PIB) : surtout les pensions des fonctionnaires d'État, que la loi équilibre automatiquement. Ce n'est pas un « déficit caché ». Comme le budget de l'État est lui-même en déficit (128 Md€ en 2025), une fraction est in fine de la dette de l'État — on ne peut pas dire laquelle, un budget n'étiquette pas les euros.

La dette publique s'élève à 3 461 Md€ fin 2025. Les administrations de sécurité sociale en portent 8,5 % (293 Md€) : maladie, vieillesse, chômage, CADES. La CADES doit encore ~122 Md€, surtout d'anciens déficits maladie, pas seulement retraites.

COR, synthèse juin 2026 (ressources, solde, 1,9 % du PIB) · Insee, comptes des APU 2025 (dette 3 461 Md€, ASSO 293 Md€) · CADES, résultats 2025 (122 Md€ restant à amortir)

Combien touche-t-on, en moyenne ?

Pension brute mensuelle moyenne 2023 — par caisse de retraite (privé, fonction publique, agriculteurs…), pas exactement par métier.

RégimePension brute / mois
Professions libérales3 120 €
Fonction publique d'État (civils)2 610 €
Autre régime de salarié2 370 €
MSA salariés (agricole)1 980 €
Régime général (salariés du privé)1 920 €
CNRACL (fonction publique territoriale/hospitalière)1 900 €
MSA non-salariés (agriculteurs)980 €
Ensemble tous régimes2 000 €

La DREES ne publie pas la pension moyenne par catégorie socio-professionnelle classique (cadre / employé / ouvrier) — seulement par caisse de retraite (privé, fonction publique, agriculteurs…). Les deux se recoupent en partie (plus de cadres parmi les professions libérales et la fonction publique) mais ne sont pas identiques : un indicateur proche, pas un chiffre par métier. Écart femmes-hommes : 38 % de moins pour les femmes (droit direct), réduit à 25 % avec la réversion.

Source : DREES, « Les retraités et les retraites », édition 2025 (2023)

Ce que la santé coûte, selon le revenu

Données 2019 — publiées par la DREES en 2025. Part du revenu consacrée au financement de la santé (« taux d'effort »).

Actifs en emploi, niveau de vie très modeste
15 %
Actifs en emploi, niveau de vie très aisé
18 %
Retraités, niveau de vie très modeste
14 %
Retraités, niveau de vie très aisé
11 %

Données 2019, publiées par la DREES en 2025. Le « taux d'effort » mesure la part du revenu consacrée au financement de la santé (cotisations, CSG, taxes, complémentaire, reste à charge) — pas une mesure par CSP mais par décile de revenu et statut d'activité. Constat notable : le système est progressif chez les actifs (les plus aisés paient une part plus grande) mais régressif chez les retraités (les retraités aisés paient une part plus faible que les retraités modestes).

Source : DREES, Études et Résultats n°1345, août 2025 (données 2019)

Repère : salaire net moyen 2023 — secteur privé

Par catégorie socio-professionnelle. Année 2023, distincte des données COR 2025-2026 ci-dessus.

Cadre
4 570 €
Profession intermédiaire
2 680 €
Ouvrier
2 030 €
Employé
1 960 €

Salaire net mensuel, équivalent temps plein, secteur privé. Sert de repère pour situer les écarts de pension et de taux d'intérêt ci-dessus — ce n'est pas un montant cotisé.

Source : Insee Première, « Les salaires dans le secteur privé en 2023 » (2023)

Ce qu'on n'a pas trouvé (et qu'on n'invente pas)

  • Aucun organisme officiel (DREES, COR, CNAV) ne publie la pension moyenne par catégorie socio-professionnelle classique (cadre/profession intermédiaire/employé/ouvrier) — seulement par régime d'affiliation, un indicateur proche mais différent.
  • Aucun total officiel de « cotisations retraite versées sur toute une carrière » par CSP n'existe. Le combiner soi-même (salaire Insee × taux de cotisation COR × durée de carrière) donnerait un nombre qui semblerait précis sans l'être : les taux réels varient selon le franchissement du plafond de la Sécurité sociale, les carrières incomplètes, le chômage — nous ne publions donc pas ce calcul.
  • On ne peut pas dire « telle part des pensions est de la dette de l'État » au-delà du trou annuel du système (5,1 Md€ en 2025) : les subventions d'équilibre sortent d'un budget déjà déficitaire, sans étiquette euro par euro.
  • La DREES ne publie pas de dépense de santé reçue par CSP : uniquement par décile de revenu et statut d'activité (actif/retraité), un axe différent.