Les grands mouvements sociaux des dix dernières années — épisode 6 : Agriculteurs 2024, dix jours de blocages et le gouvernement lâche du lestEn janvier 2024, les agriculteurs bloquent les autoroutes, encerclent Paris et obtiennent plusieurs concessions du gouvernement en moins de deux semaines. Un contraste saisissant avec la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023. Mais deux ans plus tard, qu'est-ce qui a réellement changé dans les exploitations ?2024Ecophyto
Le 5 décembre 2019, plus de 800 000 personnes manifestent contre la réforme des retraites. La SNCF et la RATP entrent dans une grève qui durera 46 jours. Le gouvernement concède l’âge pivot, utilise le 49.3, puis le Covid suspend brutalement la réforme.
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Après les Gilets jaunes, troisième épisode de notre série. Cette fois, le gouvernement d’Emmanuel Macron s’attaque à l’un des sujets les plus inflammables de la politique française : les retraites.
Un système universel à points
L’idée ne consiste pas simplement à repousser l’âge de départ. Le projet présenté par Jean-Paul Delevoye en juillet 2019 veut remplacer les 42 régimes de retraite par un système universel fonctionnant par points. L’objectif affiché est que les mêmes règles s’appliquent progressivement à tous les actifs, quel que soit leur statut professionnel. Le rapport Delevoye est disponible sur Vie publique.
Pour le gouvernement, c’est une question de lisibilité et d’équité. Pour les opposants, la réforme menace surtout les professions bénéficiant de régimes spéciaux ou de règles de calcul différentes. À la SNCF, à la RATP et dans la fonction publique, l’inquiétude est forte sur la disparition progressive des régimes existants et sur le calcul des pensions.
L’âge d’équilibre à 64 ans cristallise le conflit
L’âge légal doit rester fixé à 62 ans, mais le projet prévoit aussi un âge d’équilibre à 64 ans, associé à un mécanisme de bonus-malus : partir avant réduit la pension, partir après l’augmente.
Pour le gouvernement, ce mécanisme doit aider à équilibrer financièrement le système sans relever directement l’âge légal. Pour les opposants, la distinction est surtout juridique : pouvoir partir à 62 ans avec une pension réduite revient, pour de nombreux salariés, à devoir travailler plus longtemps.
Le conflit syndical est lui-même divisé. La CFDT est favorable au principe d’un système universel à points mais rejette l’âge pivot. La CGT, FO et Solidaires demandent, elles, le retrait complet de la réforme.
Le 5 décembre, le pays se bloque
Le 5 décembre 2019, le ministère de l’Intérieur dénombre 806 000 manifestants en France ; la CGT en annonce 1,5 million. La mobilisation réunit cheminots, agents de la RATP, enseignants, personnels hospitaliers, fonctionnaires, salariés du privé et retraités. Le Monde retrace cette première grande journée.
Dans les transports, la grève est reconduite. Elle traverse Noël et le Nouvel An et ne s’achève réellement qu’autour du 20 janvier 2020, après 46 jours. Le conflit devient l’un des plus longs qu’ait connus le secteur des transports.
Cette durée pèse aussi sur les grévistes eux-mêmes, qui perdent plusieurs semaines de salaire. Le rapport de force devient progressivement plus difficile à maintenir.
Une première concession sur l’âge pivot
Le 11 janvier 2020, Édouard Philippe propose un compromis : le gouvernement retire du projet la montée progressive vers un âge pivot de 64 ans en 2027 et renvoie la recherche d’un équilibre financier à une conférence réunissant syndicats et patronat.
La CFDT, qui avait fait de cette mesure sa ligne rouge, salue la décision. Mais la CGT, FO et Solidaires continuent de réclamer le retrait complet du projet. La concession est donc réelle, sans mettre fin au conflit.
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Le gouvernement continue et utilise le 49.3
Le 24 janvier 2020, le projet est officiellement présenté en Conseil des ministres. Le Conseil d’État souligne plusieurs faiblesses, notamment sur l’étude d’impact et le recours prévu aux ordonnances. Son avis est public.
À l’Assemblée nationale, le débat s’enlise. Des dizaines de milliers d’amendements sont déposés. Le 29 février, Édouard Philippe annonce finalement le recours à l’article 49.3 de la Constitution.
Après le rejet des motions de censure, le projet est considéré comme adopté en première lecture le 3 mars 2020. L’Assemblée nationale conserve le dossier législatif complet.
À ce moment-là, la mobilisation n’a donc pas fait retirer la réforme. Le gouvernement continue d’avancer.
Puis le Covid arrête tout
Treize jours plus tard, le contexte change entièrement. Le 16 mars 2020, Emmanuel Macron annonce le confinement du pays face à l’épidémie de Covid-19 et suspend toutes les réformes en cours, « à commencer par la réforme des retraites ». L’allocution est disponible sur le site de l’Élysée.
Le projet ne reprendra jamais son parcours normal. Le système universel à points ne sera pas instauré.
Lorsque la question des retraites reviendra au premier plan en 2023, le gouvernement choisira une réforme très différente : il ne sera plus question de remplacer les régimes par un système universel, mais principalement de repousser l’âge légal de départ de 62 à 64 ans.
Victoire sociale ou réforme interrompue ?
La mobilisation a obtenu une concession importante : le retrait de l’âge pivot à 64 ans prévu à court terme. Mais elle n’avait pas réussi à faire retirer la réforme dans son ensemble. Au début de mars 2020, le gouvernement venait même d’utiliser le 49.3 pour la faire adopter en première lecture.
La disparition du projet ne peut donc pas être attribuée directement au mouvement social. C’est la crise sanitaire qui suspend officiellement la réforme, avant qu’elle ne soit abandonnée sous cette forme.
Le résultat reste singulier : après 46 jours de grève et plusieurs manifestations massives, les opposants n’ont pas réussi à imposer le retrait du texte, mais le système qu’ils combattaient n’a finalement jamais existé.
Prochain épisode : 2020-2022, l’hôpital face au Covid et la crise des soignants.


















