Épargne salariale : le milliard de Bercy reste une facture sans mode d’emploiRoland Lescure confirme une piste de cotisations sur l’épargne salariale. Le milliard annoncé existe surtout sur le papier : le seuil, le taux et les salariés concernés ne sont pas arbitrés.Roland Lescurebudget 2027
La proposition augmenterait le net de certains salariés et réduirait le coût pour les employeurs. Une partie du gain porterait sur des heures déjà travaillées. Les recettes sociales supprimées devraient être compensées par l’activité nouvelle ou par un autre financement.
Travailler davantage et garder une plus grande part de ce que l’on gagne. La proposition de Bruno Retailleau peut parler aux salariés qui font déjà des heures supplémentaires. Elle peut aussi intéresser leur employeur, puisque ces heures lui coûteraient moins cher.
Mais si les cotisations disparaissent, les soins et les pensions restent à financer.
Lors du débat du Medef du 27 août 2026, Retailleau a proposé un allégement dès la première heure, puis une exonération complète des cotisations salariales et patronales au-delà de la trente-sixième heure.
Le programme des Républicains porte la référence annuelle de 1 607 à 1 623 heures. Cela représente seize heures supplémentaires sur l’année, présentées comme deux journées. La CSG et la CRDS resteraient dues.
Le parti annonce au moins 230 euros nets par an pour le salarié, environ 11 milliards d’euros de gain de compétitivité et jusqu’à 2 % de PIB supplémentaire. Ce sont ses estimations, qui dépendent notamment des heures réellement ajoutées.
Les 35 heures n’interdisent pourtant pas de travailler davantage aujourd’hui. Elles définissent une durée légale et le seuil à partir duquel des heures supplémentaires sont décomptées. Des accords peuvent déjà organiser le travail différemment, dans les limites prévues par le droit. Les forfaits en jours obéissent encore à un autre fonctionnement.
La réforme changerait donc le prix de certaines heures et la référence annuelle.
Pour une entreprise qui a des commandes, cela peut faciliter une hausse de production. Utiliser ses machines et ses locaux plus longtemps peut être plus simple que recruter immédiatement. Le salarié concerné gagnerait davantage en net.
Mais encore faut-il avoir des commandes. Une heure moins chère ne crée pas à elle seule un client.
En 2023, 8,8 millions de salariés ont effectué des heures supplémentaires rémunérées, soit 53 % des salariés à temps complet du privé décomptés en heures, selon la Dares.
Une partie de l’exonération porterait donc sur du travail déjà réalisé. Les Républicains évaluent cet avantage à 4,3 milliards d’euros. Cela améliorerait le net et les marges, sans constituer automatiquement une production nouvelle.
Les recettes sociales diminueraient, elles, bien réellement. La France consacrait déjà 86,8 milliards d’euros aux exonérations de cotisations en 2025, selon les indicateurs de la Sécurité sociale.
Les Républicains attendent de la TVA, de la CSG et des impôts issus de l’activité supplémentaire une compensation de cette perte. Si cette activité ne suffit pas, il faudra davantage d’impôts ailleurs, davantage de déficit ou moins de dépenses sociales.
Il existe aussi un arbitrage pour l’emploi. Si une heure supplémentaire devient beaucoup moins chère qu’une embauche, l’entreprise peut privilégier le salarié déjà en poste. Le gain de celui-ci n’est pas nécessairement un gain pour le demandeur d’emploi.
Le Conseil d’analyse économique explique d’ailleurs une grande partie de l’écart d’heures travaillées par adulte avec l’Allemagne par les taux d’emploi plus faibles des jeunes et des seniors en France.
Faire travailler davantage ceux qui ont déjà un emploi peut être utile. Permettre à ceux qui n’en ont pas d’en trouver un répond à une autre difficulté. Dans les deux cas, le financement des droits sociaux doit suivre.


















