Besoins de fond
I4CE estime ce qu'il faudrait investir, public et privé, pour tenir la trajectoire de la SNBC — la feuille de route climatique de la France, qui fixe des plafonds d'émissions. Le budget de l'État, lui, est plus étroit : une mission, une année.
Feuille de route climatique
Qu'est-ce que la SNBC-3 ?
Le « 3 » désigne la troisième version. La première date de 2015, la deuxième de 2020. La SNBC-3 a été fixée par le décret n° 2026-636 du 16 juillet 2026 (publié le 18 juillet). Elle vise notamment à diviser par deux les émissions territoriales d'ici 2030 par rapport à 1990, et la neutralité carbone en 2050.
Les +87 Md€ d'I4CE traduisent le projet de SNBC-3 (décembre 2025) en besoin d'investissement, public et privé. La stratégie, elle, parle de tonnes de CO2.
Les sigles
- SNBC
- Stratégie nationale bas-carbone : la feuille de route climatique de la France. Elle fixe des plafonds d’émissions (« budgets carbone ») par périodes de cinq ans.
- SNBC-3
- Troisième version, décret n° 2026-636 du 16 juillet 2026. Objectifs : diviser par deux les émissions territoriales d’ici 2030 (vs 1990) et la neutralité carbone en 2050. SNBC-1 : 2015 ; SNBC-2 : 2020.
- I4CE
- Institut de l’économie pour le climat. Il traduit la trajectoire d’émissions en besoin d’investissement (public + privé). La SNBC parle de tonnes, I4CE d’euros.
Investissements climat déjà réalisés · public + privé
Ce qui a été investi en 2024
Après une hausse de 2021 à 2023, les investissements climat constatés s'établissent à 102 Md€ en 2024 (−5 %). I4CE estime, à titre provisoire, une stagnation autour de 103 Md€ en 2025. Public et privé, ménages, entreprises et pouvoirs publics.
Trajectoire SNBC-3 · horizon 2030
Ce qu'il faudrait en plus
Pour coller au projet de SNBC-3 (décembre 2025 — la stratégie a été adoptée en juillet 2026), I4CE estime qu'il faut 87 Md€ d'investissements climat de plus par an en 2030 qu'en 2024 — public et privé. La part publique additionnelle irait de 18 à 52 Md€ selon que l'on mise sur les normes et le recentrage des aides, ou sur un maintien des politiques actuelles. Le Haut Conseil pour le climat, qui suit l'action publique au regard de la SNBC, rappelle que le rythme d'investissement reste insuffisant : il ne publie pas, lui, un total unique « besoin annuel » comparable à celui d'I4CE. L'inventaire des émissions (CITEPA) mesure le résultat carbone, pas l'euro investi.
Fonds actuellement alloués
Ci-dessous : ce qui est budgété (crédits votés) ou annoncé par un opérateur. L'investissement climat I4CE (102 Md€) inclut le privé. MaPrimeRénov' relève de l'Anah, hors mission Écologie.
PérimètreCrédits de paiement du budget général, mission « Écologie, développement et mobilité durables ». Inclut le service public de l'énergie (compensations aux producteurs), les transports, le Fonds vert, la prévention des risques, l'ADEME (via le programme 181), la sûreté nucléaire. N'inclut pas MaPrimeRénov' (Anah, mission Cohésion des territoires), ni les investissements privés, ni les collectivités hors Fonds vert.
Source : LFI 2026 (loi n° 2026-103), budget général — même source que l'explorateur État
Collectivités · programme 380
Fonds vert
Le Fonds d'accélération de la transition écologique dans les territoires (Fonds vert) porte 1,07 Md€ de crédits de paiement en LFI 2026, pour 837 M€ d'autorisations d'engagement. Les CP servent surtout à payer des projets déjà lancés ; les AE disent ce qu'on peut engager cette année.
Rénovation des logements · Anah
MaPrimeRénov'
L'Anah indique pour 2026 un budget MaPrimeRénov' de 3,6 Md€, pour au moins 120 000 rénovations d'ampleur et 150 000 rénovations par geste. Une part croissante est financée par les CEE (débudgétisation partielle). Le Sénat a signalé des tensions de trésorerie et des suspensions de guichet en 2025. Ce montant s'ajoute à la mission Écologie, il ne s'y trouve pas.
Soutien aux renouvelables et péréquation · programme 345
Service public de l'énergie
Le programme 345 pèse à lui seul 9,6 Md€, soit plus de 40 % de la mission. Le Sénat note que le coût des charges de service public de l'énergie continue d'augmenter (de l'ordre de 13 Md€ selon le rapporteur, périmètre un peu plus large que les seuls CP du programme). Une grosse ligne « écologie » peut donc être surtout une compensation tarifaire, pas un euro de rénovation ou de rail.
Besoins et budget, deux comptes
Les 102 Md€ d'investissements climat 2024 mélangent public et privé. Les 22,8 Md€ de la mission Écologie sont un budget voté de l'État, dont 9,6 Md€ de service public de l'énergie. L'écart que documente I4CE est ailleurs : +87 Md€ d'investissements climat par an d'ici 2030 (tous financeurs), dont 18 à 52 Md€ de dépenses publiques supplémentaires selon le mix d'instruments. MaPrimeRénov' (3,6 Md€) et le Fonds vert (1,1 Md€ de CP) font partie de l'effort public actuel.
Coût des catastrophes
Surtout de l'indemnisation (régime Cat Nat, assureurs) et, à la marge, de la prévention (Fonds Barnier / FPRNM, Fonds vert). Les sinistres déjà payés, les crédits votés et les projections 2050 se lisent séparément.
Régime Cat Nat · CCR
Sinistres catastrophes naturelles (hors auto)
Sur 1982–2024, la CCR chiffre 61,2 Md€ de sinistres Cat Nat hors automobile (valeur 2024), soit 1,42 Md€ par an en moyenne. Sur 2016–2024, la moyenne grimpe à 2,52 Md€. 2022 reste un pic : 3,9 Md€, dont 3,6 Md€ de sécheresse. Le ratio sinistres/primes 2016–2024 atteint 119 % : le régime a été déficitaire 8 années sur 9. La surprime Cat Nat est passée de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025.
Marché de l'assurance · hors et dans le Cat Nat
Tempêtes, grêle, sécheresse
Les orages de grêle de 2022 ont représenté près de 6 Md€ de dommages assurés — un record, hors régime Cat Nat. France Assureurs estime à 43 Md€ le coût de la sécheresse géotechnique entre 2020 et 2050, contre 13,8 Md€ les trente années d'avant. Ce sont des projections de sinistralité, pas un budget public d'adaptation.
Horizon 2050 · CCR, Météo-France, Cour des comptes
Combien ça pourrait coûter plus tard
La CCR, avec Météo-France, évalue une hausse de 47 % à 85 % des sinistres du régime Cat Nat d'ici 2050 selon le scénario climatique. Une étude CCR 2023 parlait plutôt de +40 % (+60 % en intégrant la valeur des biens exposés) : autre millésime, autre méthode. France Assureurs anticipe un doublement du cumul de sinistres entre 2020 et 2050 par rapport à 1989–2019. Des ordres de grandeur de sinistralité future ; I4CE précise que l'adaptation reste hors de son panorama.
À garder en tête
- Un total unique « budget climat de la France » mélangerait mission Écologie, MaPrimeRénov', CEE, collectivités, privé et Europe — avec des doubles comptes.
- Le besoin d'adaptation (digues, retrait du trait de côte, îlots de chaleur) reste hors du Panorama I4CE 2025.
- Les calamités agricoles (régime des calamités / assurance récolte) sont hors des totaux Cat Nat CCR ci-dessus.
- Les chiffres 2026 de l'explorateur État sont des crédits votés (LFI) : l'exécution viendra plus tard.