La mission budgétaire « Immigration, asile et intégration »
Le budget général de l'État consacré à cette mission. Ce n'est pas le coût total des politiques migratoires.
PérimètreCrédits de paiement du budget général, mission « Immigration, asile et intégration ». N'inclut pas l'AME (mission Santé) ni l'essentiel de la police aux frontières (mission Sécurités).
Répartition par programme selon le rapporteur du Sénat sur le PLF 2026 (chiffres d'une étape ultérieure du débat budgétaire, très proches du total ci-dessus sans être identiques au centime près).
Source : PLF 2026 adopté, Assemblée nationale — mission « Immigration, asile et intégration » · détail par programme
Dépenses publiques documentées, poste par poste
Ces montants ne s'additionnent pas. Chaque ligne a son périmètre et son année, affichés sous le chiffre.
Accès aux soins des personnes en situation irrégulière · 2023-2026
AME (Aide médicale d'État)
En 2024, la dépense exécutée a atteint 1,387 Md€ — toutes composantes de l'AME (droit commun, soins urgents, humanitaire), nettement plus que ce qui avait été budgété, créant une dette de 185 M€ envers l'Assurance maladie. Ce total 2024 n'est pas le numérateur du coût moyen ci-contre. La dépense moyenne de 2 396 € par bénéficiaire et par an porte sur 2023 (dont 60,8 % de soins hospitaliers), d'après le Sénat : ce n'est pas 1,387 Md€ divisé par les environ 466 000 bénéficiaires recensés fin septembre 2024 (ce ratio naïf, qui mélange une année de dépenses et un stock d'une autre année, donnerait environ 2 976 €). Le budget inscrit en loi de finances pour 2026 reste de 1,21 Md€. Un crédit budgétaire prévu et une dépense exécutée ne mesurent pas la même chose et ne doivent pas être présentés comme des équivalents. Lors de l'examen du PLF, le Sénat a adopté un amendement prévoyant une réduction de 200 M€ et un durcissement des conditions d'accès ; cette minoration n'a pas été retenue dans la loi de finances finalement adoptée (le gouvernement s'y était opposé ; le texte a été adopté via l'article 49.3). Un rapport sénatorial qualifie la budgétisation récente d'« insincère ».
Centres où sont retenues les personnes en instance d'éloignement · 2022-2025
Rétention administrative (CRA)
Le coût direct annuel de la rétention administrative au niveau national atteint environ 265 M€ en 2024 (fonctionnement, investissement, santé/social dans les centres, personnels), hors coûts de préfecture et de justice — un périmètre plus large que les 64,9 M€ de crédits CRA imputés à la mission Immigration la même année (contre 33,4 M€ en 2017) : ne pas additionner ces deux montants. Le coût par journée de rétention s'élève à 602 € en 2022 selon la Cour des comptes. Capacité : 2 363 places en mai 2025 (89,4 % disponibles), pour un objectif gouvernemental de 3 000 places désormais visé pour 2029.
Reconduites à la frontière, forcées ou aidées · 2022-2024
Éloignements (exécution des OQTF)
Selon la Cour des comptes (janvier 2024), le coût moyen d'un éloignement forcé est d'environ 4 414 €, contre 1 120 à 2 500 € pour un retour aidé (volontaire) — soit environ 50 M€ dépensés en 2022 pour 11 410 éloignements forcés selon le ministère de l'Intérieur (la Cour, citant Eurostat, retient 11 409). La même Cour chiffre l'ensemble de la lutte contre l'immigration irrégulière (contrôle aux frontières, gestion administrative, éloignements) à environ 1,8 Md€/an — un périmètre bien plus large que la seule mission « Immigration, asile et intégration » ci-dessus : ne pas additionner ce chiffre au budget de la mission, il inclut des dépenses portées par d'autres missions (police, gendarmerie, préfectures). En 2024, la France a procédé à 12 856 retours forcés et 21 601 éloignements au total (+26,7 % vs 2023). Le taux d'exécution des OQTF le plus souvent cité est de 11,4 % en 2024 (Sénat, d'après le ministère) : il rapporte les OQTF exécutées aux OQTF prononcées la même année. Ce ratio rapproche deux flux qui ne portent pas nécessairement sur les mêmes personnes ni les mêmes périodes (recours en cours, mesures non exécutoires, plusieurs OQTF pour une même personne, départs non observés). Le ministère utilise aussi une méthodologie redressée, de l'ordre de 21 % pour 2024, qui élargit le numérateur aux éloignements aidés et spontanés recensés. Les deux taux ne mesurent pas la même chose.
CADA, HUDA et autres dispositifs du DNA · 2024-2026
Hébergement des demandeurs d'asile
Le PLF 2026 prévoit une capacité nationale de 111 855 places d'hébergement pour demandeurs d'asile et bénéficiaires de la protection internationale (Sénat). Fin 2024, le rapport annuel de performances de la mission en recense 119 787 (dont 12 039 dédiées aux BPI) — en deçà des 122 582 places prévues en LFI 2024, après annulation de crédits. Un objectif de programmation à 132 000 places fin 2024 a circulé, mais il ne correspond pas au stock effectivement ouvert. La baisse 2026 s'accompagne d'une conversion d'une partie des places HUDA en CADA (61 903 places CADA prévues en 2026). Le budget isolé de l'hébergement seul n'apparaît pas séparément dans tous les documents publics : il est souvent fondu avec l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) dans l'action budgétaire « droit d'asile », chiffrée à environ 1,34 à 1,38 Md€ pour 2026 (déjà comptée dans le total de la mission ci-dessus).
Emploi, métiers, entreprises, médecins
Pas un solde fiscal « immigrés vs natifs » — les études qui le calculent s'arrêtent aux données 2007-2011, trop anciennes pour cette page. Les blocs ci-dessous ne sont pas des « recettes de l'immigration » : ils décrivent l'emploi, les métiers, les créations d'entreprises et les médecins, d'après la statistique officielle récente. Un immigré (Insee) est né étranger à l'étranger, même s'il est devenu français. Un étranger a aujourd'hui une autre nationalité. Une personne née à l'étranger peut n'être ni l'un ni l'autre au sens statistique. Un PADHUE a un diplôme de médecine hors Union européenne — ce n'est pas la même chose.
Immigrés de 15 à 64 ans · 2024
Emploi et chômage
En 2024, 3,74 millions d'immigrés de 15-64 ans sont actifs (en emploi ou au chômage), soit 12,2 % de la population active. Leur taux d'activité est de 71 %, contre 75 % pour les non-immigrés. Le taux d'emploi (62,4 %) reste nettement sous celui des personnes sans ascendance migratoire (71,4 %) ; le taux de chômage (11,6 %) est presque le double (6,3 %). Parmi les personnes en emploi, les immigrés sont un peu plus souvent en CDD ou intérim (15 % contre 9 %) et un peu moins souvent en CDI ou fonction publique (69 % contre 74 %). Le chômage des immigrés a toutefois baissé de 6 points entre 2014 et 2024, contre 3 points pour les natifs.
Stock 2025 · flux d'arrivée 2023
Métiers, cadres, ouvriers
Parmi les immigrés déjà en emploi (2025), 20,9 % sont cadres (24,4 % sans ascendance migratoire), 28,6 % employés, 25,7 % ouvriers (16,9 % sans ascendance) et 8,0 % agriculteurs, artisans, commerçants ou chefs d'entreprise. Les nouveaux arrivants de 2023, lorsqu'ils ont un emploi début 2024, sont polarisés : 35 % cadres (1,4 fois plus que l'ensemble des personnes en emploi) et 42 % employés ou ouvriers. Ce n'est pas 35 % de tous les immigrés arrivés en 2023 : l'Insee restreint le dénominateur aux personnes immigrées de 15 à 74 ans entrées en 2023 et se déclarant en emploi au début de 2024 (34 % des arrivants de 15 ans ou plus étaient alors en emploi). Chez les hommes arrivés en 2023, le premier métier est ingénieur ou cadre technique de l'informatique (9 %), devant les ouvriers peu qualifiés du bâtiment (5 %) et l'hôtellerie-restauration (5 %) ; 4 % sont ingénieurs ou cadres techniques de l'industrie. Chez les femmes : hôtellerie-restauration (6 %), informatique (5 %), enseignement supérieur et recherche (4 %). L'Insee ne publie pas un effectif national d'ingénieurs immigrés « en stock ».
Nationalité du créateur · 2023
Création d'entreprises
En 2023, des personnes de nationalité étrangère (pas forcément « immigrées » au sens Insee : un immigré devenu français n'apparaît pas ici) sont à l'origine de 16 % des créations d'entreprises individuelles, contre 13 % en 2018. Ils créent plus souvent une micro-entreprise (17 %) qu'une entreprise individuelle classique (9 %). Âge moyen 36 ans, 70 % d'hommes. La part est la plus élevée dans les transports et l'entreposage (44 %), surtout la livraison à domicile (51 %) et les taxis (30 %), puis la construction (27 %). Ce n'est pas un chiffre de « richesse créée » : l'Insee compte des créations, pas le chiffre d'affaires ni la valeur ajoutée.
PADHUE inscrits à l'Ordre · 1er janvier 2025
Médecins à diplôme hors Union européenne
Au 1er janvier 2025, 19 154 anciens PADHUE sont inscrits au Tableau de l'Ordre, dont 15 972 en activité régulière — 8 % des médecins en activité régulière. Les effectifs inscrits ont plus que doublé depuis 2010 (+141 %). 61,3 % sont diplômés d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc (Algérie 38,8 %, Tunisie 15,1 %, Maroc 7,4 %). Un gériatre sur trois en France est un ancien PADHUE ; ils pèsent 11,9 % de la cardiologie. Ce n'est pas « les médecins immigrés » : un Français diplômé hors UE est PADHUE, un médecin italien en France est immigré mais pas PADHUE. Les médecins encore en procédure d'autorisation (hôpitaux) ne sont pas dans ce décompte.
Ce qu'on n'a pas trouvé (et qu'on n'invente pas)
- Aucun organisme officiel ne publie un total de « richesse créée » ou de PIB imputable aux immigrés. Les études de contribution fiscale nette (OCDE 2013, CEPII 2018) s'arrêtent aux données 2007-2011 : trop anciennes, nous les avons retirées. Un solde « immigrés vs natifs » exigerait aussi impôts, cotisations, TVA, consommation, prestations, retraites, santé, éducation, logement, chômage et effets d'activité — hors des données présentées ici.
- L'Insee ne publie pas l'effectif national des ingénieurs immigrés en stock — seulement la part de ce métier parmi les nouveaux arrivants de 2023 qui ont un emploi.
- La création d'entreprises est mesurée par la nationalité du créateur, pas par le statut d'immigré, et ne dit rien du chiffre d'affaires ni des emplois créés ensuite.
- Aucun total agrégé officiel des impôts et cotisations payés par les personnes nées à l'étranger n'a été trouvé.