Opinion

Un effondrement en 2040 ? Ce que le modèle dit vraiment

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 3 min de lecture

En bref

World3 relie population, industrie, agriculture, ressources et pollution.

Ses scénarios explorent différentes trajectoires, pas un calendrier certain.

Plusieurs simulations montrent un dépassement suivi d’un déclin.

Les comparaisons récentes avec les observations maintiennent l’intérêt de cet avertissement, avec des limites.

La technologie peut réduire certaines contraintes sans supprimer tous les besoins matériels.

La question utile porte sur les risques à réduire et le temps nécessaire pour agir.

Illustration de la fragilité d’une civilisation industrielle confrontée aux limites physiques
Illustration de la fragilité d’une civilisation industrielle confrontée aux limites physiques

Le modèle World3 explore les conséquences d’une croissance matérielle dans un monde limité. Certaines trajectoires conduisent à un déclin, mais elles ne fixent pas une date certaine d’effondrement. L’intérêt du modèle est dans les mécanismes et les choix possibles.

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La civilisation va-t-elle s’effondrer en 2040 ? Présentée ainsi, la question donne envie de chercher une réponse nette. Oui ou non. Une date à croire ou à réfuter.

Mais ce n’est pas ce que permet le modèle à l’origine de cette discussion.

En 1972, les chercheurs du MIT qui publient The Limits to Growth étudient ce qui se passe lorsque la population, la production et l’usage des ressources augmentent dans un monde limité.

Leur modèle, World3, relie cinq ensembles : population, industrie, agriculture, ressources non renouvelables et pollution. En faisant varier les hypothèses, ils obtiennent plusieurs trajectoires. Certaines se stabilisent. D’autres dépassent les capacités du système, puis connaissent un déclin.

La date dépend du scénario. Elle n’est pas une prédiction certaine de ce qui arrivera à chacun de nos pays.

Une comparaison publiée en 2021 confronte les trajectoires aux données observées jusqu’en 2019. Les scénarios les plus proches montrent un plafonnement de la production, de l’alimentation et du bien-être ; un seul conduit à un effondrement généralisé dans le modèle.

Une recalibration de 2024, suivie d’un correctif en 2025, retrouve une dynamique de dépassement puis de déclin. Cela alimente la discussion scientifique. Cela ne transforme pas la simulation en calendrier garanti.

Le mécanisme, lui, mérite d’être compris.

Nous parlons de croissance en euros, mais l’économie produit avec de l’énergie, des matériaux, des sols et des infrastructures. Construire un logement demande autre chose qu’un crédit. Il faut des travailleurs, des équipements et de la matière.

Augmenter un budget permet d’acheter davantage si les biens et les services peuvent suivre. Lorsque ce n’est pas le cas, la contrainte peut se traduire par des prix plus élevés, des délais ou des importations.

L’argent organise l’accès aux ressources. Il ne les crée pas à lui seul.

La technologie peut changer cette situation. Elle améliore l’efficacité, permet des substitutions et réduit certaines pollutions. Mais une solution en laboratoire doit encore être produite et déployée, avec les matériaux, les compétences et l’énergie nécessaires.

Les usages comptent aussi. Une voiture qui consomme moins apporte un gain. Si le parc devient plus lourd ou roule davantage, une partie de ce gain peut être absorbée. L’amélioration technique et le résultat global ne sont pas toujours identiques.

Le déclin étudié par World3 ne ressemble pas nécessairement à une disparition soudaine de toute organisation. Il peut prendre la forme d’une baisse durable des productions et des services.

Dans nos vies, cela pourrait signifier une énergie plus chère, des récoltes instables, des assurances moins accessibles ou des infrastructures dont l’entretien est repoussé. Les sécheresses agricoles et les incendies montrent déjà comment des contraintes physiques se transmettent aux revenus et aux budgets.

Cela ne prouve pas que le scénario global se réalisera. Le modèle simplifie l’innovation, les décisions politiques et les différences entre pays. Il ne permet pas de calculer une probabilité précise d’effondrement en 2040.

Mais attendre une date certaine n’est pas nécessaire pour agir sur un risque. Nous pouvons réduire des consommations, préserver les sols, adapter les infrastructures et développer des solutions dont les effets sont mesurables.

Le sujet n’est donc pas de savoir si une année sera exactement la bonne. Il est de comprendre quelles contraintes s’accumulent, combien de temps leur réduction demande et ce que nous pouvons encore modifier avant qu’elles ne nous l’imposent.

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