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Carburant : baisser les taxes aide à faire le plein. Et après ?

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 3 min de lecture

En bref

Le RN annonce environ 15 milliards d’euros de baisses fiscales, notamment sur les carburants.

Une baisse à la pompe soulage les personnes qui ont peu d’alternatives à la voiture.

L’avantage augmente cependant avec les litres consommés, pas avec le besoin ou le revenu.

Une baisse permanente de recettes nécessite un financement permanent.

Le pétrole reste largement importé et les prix peuvent varier malgré l’allégement fiscal.

Les transports adaptés et les véhicules sobres permettent aussi de réduire durablement la dépense.

Baisser les taxes sur le carburant : le RN soigne la facture, pas la dépendance
Baisser les taxes sur le carburant : le RN soigne la facture, pas la dépendance

Le RN propose environ 15 milliards d’euros de baisses fiscales, notamment sur les carburants. Cela peut soulager ceux qui dépendent de leur voiture. Mais une baisse générale profite aux volumes consommés et laisse entière la dépendance au pétrole.

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Quand on a besoin de sa voiture pour aller travailler, une hausse du carburant n’est pas une simple contrariété. Elle revient à chaque plein. Et si aucun bus ne passe à l’heure de la prise de poste, on ne change pas facilement de moyen de transport.

Le RN répond à cette difficulté par des baisses fiscales, notamment sur les carburants, pour un ensemble annoncé autour de 15 milliards d’euros par an. Le discours de Jordan Bardella présente cette orientation.

L’effet recherché est simple : laisser davantage d’argent au conducteur. Mais la manière de le faire mérite d’être regardée.

Une étude de l’Insee montre que les ménages du rural non périurbain dépensent 2,7 fois plus en combustibles fossiles que ceux du grand centre urbain parisien. L’éloignement des emplois et des services, comme les transports disponibles, change l’effort demandé.

On peut donc défendre une aide à ceux qui ne peuvent pas faire autrement. Leur dire de moins conduire ne crée pas une alternative.

Une baisse générale de taxe, en revanche, ne regarde ni le revenu ni la contrainte. Elle s’applique à chaque litre. Celui qui consomme davantage reçoit un avantage plus important, qu’il en ait besoin ou non.

Une aide ciblée peut concentrer les moyens sur les ménages modestes et les déplacements contraints. Elle demande une organisation administrative, mais évite de verser le même soutien à des situations très différentes.

Il faut aussi regarder la transmission aux prix. Une réduction de taxe n’assure pas que l’intégralité de l’avantage restera durablement dans la poche du consommateur. La concurrence entre distributeurs et le suivi des marges comptent.

Et les finances publiques ?

Les 15 milliards représentent un peu moins de 1 % des quelque 1 714 milliards d’euros de dépenses publiques en 2025. Présenté ainsi, le montant peut sembler facile à trouver. Mais ces dépenses financent notamment les retraites, les soins, l’éducation, les collectivités et les intérêts de la dette.

Une baisse durable de recettes nécessite donc une économie durable ou un autre financement. Le RN évoque les agences, les doublons et les gaspillages. Le détail chiffré des suppressions reste nécessaire pour savoir ce qui serait réellement économisé.

La France importe aussi l’essentiel de son pétrole. Le SDES évalue la facture énergétique extérieure à 45,8 milliards d’euros en 2025, principalement pour les combustibles fossiles. Réduire la taxe ne réduit pas directement cette dépendance.

Le RN propose également de supprimer les certificats d’économies d’énergie. Leur coût se retrouve dans les factures et leur fonctionnement a connu des fraudes et des effets d’aubaine. Mais ils financent aussi l’isolation, le chauffage et des équipements qui permettent de consommer moins.

Les supprimer soulagerait un prélèvement à court terme, en retirant une source de financement à la rénovation. On retrouve cette question dans les changements de MaPrimeRénov’.

Il y a donc deux besoins à traiter ensemble. Pouvoir faire le plein aujourd’hui. Et, à terme, avoir besoin de moins de litres.

Des véhicules sobres, du covoiturage, des transports adaptés aux zones peu denses et des services moins éloignés peuvent contribuer au second. Une politique de prix ne remplace pas ces investissements.

Soulager la facture est utile. Mais si le prochain choc pétrolier remet les mêmes ménages en difficulté, l’aide n’aura pas suffi à les rendre moins dépendants.

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