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Surtaxe des grands groupes en 2027 : l’impôt exceptionnel qui ne sait plus finir

Tous les articles · ChatGPT · · 7 min de lecture

Illustration éditoriale montrant de grands immeubles d’entreprises face à un calendrier budgétaire et une balance fiscale
Illustration éditoriale montrant de grands immeubles d’entreprises face à un calendrier budgétaire et une balance fiscale

Roland Lescure juge difficile de supprimer en 2027 une contribution créée pour un an. Son rendement aide le budget, mais sa reconduction brouille la stabilité fiscale et reporte la question de fond : quelle recette ou quelle économie prendra le relais ?

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Le 24 août 2026, Roland Lescure a jugé difficile de supprimer en 2027 la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises. Créée pour 2025, prolongée en 2026, elle pourrait donc connaître une troisième année. L’impôt temporaire commence à ressembler à une composante ordinaire du budget.

Le sujet ne se résume pas à choisir entre « taxer les entreprises » et « laisser filer la dette ». La question est plus précise : peut-on financer durablement des dépenses récurrentes avec une recette présentée comme exceptionnelle, tout en promettant de la stabilité fiscale ?

Ce qui a été déclaré

Le ministre de l’Économie a expliqué le 24 août sur RMC et BFM-TV que la suppression de la surtaxe serait difficile. Il a laissé ouverte une baisse du prélèvement si les comptes publics le permettent. Le Financial Times, le 24 août 2026, et Le Monde, le même jour, ont rapporté ces propos.

Ce n’est pas encore une disposition votée. Les seuils et les taux devront figurer dans le projet de loi de finances pour 2027, puis être adoptés par le Parlement. Le fait politique est une orientation gouvernementale, pas une règle acquise.

Comment fonctionne la contribution de 2026

La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, a réservé la contribution aux entreprises réalisant plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, contre 1 milliard d’euros en 2025.

La contribution est calculée à partir de la moyenne de l’impôt sur les sociétés dû au titre de 2025 et de 2026. Les taux officiels sont de 20,6 % pour les groupes dont le chiffre d’affaires est compris entre 1,5 et 3 milliards d’euros, et de 41,2 % au-delà de 3 milliards d’euros. Il s’agit d’un supplément appliqué à l’impôt sur les sociétés, pas d’un prélèvement de 41,2 % sur le bénéfice comptable.

Le rendement attendu pour 2026 est donné à 7,3 milliards d’euros par La Tribune, le 24 août 2026, qui indique qu’environ 300 groupes sont concernés. C’est une prévision, pas une recette constatée.

L’argument favorable : demander l’effort là où la capacité existe

La défense de la mesure est solide sur trois points.

D’abord, l’État doit réduire un déficit public proche de 5 % du PIB. Une recette de plusieurs milliards ne résout pas le problème, mais elle évite de demander exactement le même montant à d’autres contribuables ou de supprimer autant de dépenses.

Ensuite, la contribution cible les plus grands groupes. Le relèvement du seuil en 2026 a sorti les entreprises de taille intermédiaire du dispositif. Le gouvernement peut donc soutenir qu’il protège les entreprises moins capables d’absorber un choc fiscal.

Enfin, la contribution frappe les entreprises bénéficiaires. Elle n’est pas comparable à un impôt de production exigible indépendamment du résultat. Dans une période de consolidation budgétaire, cette assiette peut sembler moins nocive qu’un prélèvement sur les salaires ou les équipements.

L’impôt n’est pas pour autant gratuit. Il finit par être supporté par des personnes : actionnaires, salariés, clients ou fournisseurs. La répartition dépend du marché et du pouvoir de négociation de chacun. Elle ne peut pas être déduite du nom de la taxe.

L’exception devient une méthode budgétaire

Une recette exceptionnelle convient à une dépense exceptionnelle. Elle convient moins aux dépenses qui reviennent chaque année.

Si les 7,3 milliards d’euros attendus financent le fonctionnement courant, leur disparition ouvre immédiatement un trou équivalent, sauf baisse de dépense ou nouvelle recette. La tentation de prolonger la contribution est donc intégrée dès le premier budget qui s’y habitue.

C’est le mécanisme d’un ménage qui paierait ses factures mensuelles avec une prime annuelle. Tant que la prime arrive, le compte tient. Dès qu’elle disparaît, le problème réapparaît.

Le gouvernement affirme ne pas vouloir créer de nouvel impôt. Il peut soutenir techniquement qu’une reconduction n’est pas une création. Économiquement, la différence est faible pour l’entreprise qui paie une année supplémentaire.

Cette ambiguïté dégrade la lisibilité fiscale. Une entreprise peut intégrer un taux durable dans ses calculs. Elle peut aussi intégrer un prélèvement ponctuel précisément daté. Ce qu’elle gère mal, c’est un impôt temporaire renouvelé à chaque automne.

Stabilité fiscale et justice ne sont pas opposées

Les organisations patronales ont un argument recevable : changer plusieurs fois la durée d’un impôt augmente l’incertitude. Un investissement industriel se décide sur dix ou vingt ans. Quand une variable annoncée comme provisoire devient récurrente, la confiance dans les annonces suivantes diminue.

Mais l’argument inverse existe. Une stabilité fiscale absolue, dans un pays dont les recettes ne couvrent pas les dépenses, signifie que tout l’ajustement doit porter sur la dépense ou sur d’autres contribuables. Ce n’est pas une neutralité. C’est un choix de répartition.

Le débat sérieux doit donc comparer les options :

  • prolonger la surtaxe et assumer sa durée ;
  • réduire son taux avec une économie précise en contrepartie ;
  • la remplacer par une assiette plus stable ;
  • accepter un déficit plus élevé et davantage d’intérêts ;
  • réduire une dépense en disant laquelle et pour qui.

Chaque option a un coût. Le mot « effort » ne dit pas qui le supporte.

Une recette concentrée est aussi fragile

Cibler environ 300 groupes simplifie le recouvrement. Mais cela concentre le risque budgétaire.

Les bénéfices peuvent varier avec les prix de l’énergie, les taux de change, les cycles financiers ou une récession. Une prévision de rendement n’est donc pas aussi prévisible qu’une taxe assise sur une base plus stable.

Le Haut Conseil des finances publiques avait souligné, dans son avis du 9 octobre 2025, le caractère aléatoire du rendement prévu de la surtaxe dans le projet de budget 2026. Cette prudence reste pertinente pour 2027.

Il faut aussi surveiller les restructurations de groupes et le calendrier de constatation des bénéfices. Plus un prélèvement est concentré et temporaire, plus l’incitation à déplacer la base taxable dans le temps peut être forte.

Ce qu’un budget crédible devrait préciser

Le projet de loi de finances pour 2027 devrait répondre à quatre questions :

  1. Quel rendement est attendu, avec quelle marge d’incertitude ?
  2. La contribution finance-t-elle une dépense identifiée ou le solde général ?
  3. À quelle condition mesurable prendra-t-elle fin ?
  4. Quelle solution remplace la recette lorsqu’elle disparaît ?

Une clause de sortie liée à un indicateur public serait plus crédible qu’une nouvelle promesse d’un an. Le gouvernement pourrait assumer un barème dégressif et une trajectoire explicite. Il pourrait aussi reconnaître que la contribution est devenue durable et la concevoir comme telle.

Le jugement

Faire contribuer davantage les grands groupes pendant une crise budgétaire n’a rien d’absurde. Le ciblage de 2026 évite d’englober les ETI et l’assiette liée à l’impôt sur les sociétés limite le prélèvement aux entreprises bénéficiaires.

La faiblesse est ailleurs. Un État ne restaure pas sa crédibilité en rebaptisant chaque année une recette permanente « exceptionnelle ». Il la restaure en annonçant la durée, le rendement, la contrepartie et la sortie.

La surtaxe peut acheter du temps budgétaire. Elle ne remplace ni une trajectoire de dépenses, ni une politique de croissance, ni une fiscalité stable. Si elle revient en 2027, le gouvernement devra choisir : l’assumer comme un impôt durable ou expliquer concrètement comment il s’en passera.

Sources