Dette française : 340 milliards d’euros à émettre en 2027, est-ce le début d’une crise ?La France prévoit 340 milliards d'euros d'émissions obligataires en 2027 et une charge de la dette de l'État à 72,9 milliards. Les marchés exigent une prime de risque croissante, sans que cela signifie une faillite imminente.Agence France TrésorBCE
Créée pour 2025 et prolongée en 2026, la contribution des grandes entreprises pourrait continuer en 2027. Elle apporte plusieurs milliards au budget. Mais une recette présentée comme temporaire devient difficile à retirer lorsqu’elle finance des dépenses récurrentes.
Une taxe est créée pour une année. L’année suivante, on en a encore besoin. Puis vient le budget d’après, avec le même problème.
C’est ce qui se dessine pour la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises. Créée en 2025, prolongée en 2026, elle pourrait être maintenue en 2027. Roland Lescure a jugé sa suppression difficile.
On comprend pourquoi : son rendement prévisionnel atteint 7,3 milliards d’euros en 2026. Si cette recette disparaît, les dépenses qu’elle contribue à financer ne disparaissent pas avec elle.
La loi de finances pour 2026 vise les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 1,5 milliard d’euros, contre un milliard en 2025. Environ 300 groupes seraient concernés, d’après les prévisions rapportées par La Tribune.
Les taux annoncés sont de 20,6 % entre 1,5 et 3 milliards de chiffre d’affaires, puis 41,2 % au-delà. Ces pourcentages s’appliquent à l’impôt sur les sociétés dû. Ce ne sont pas des taux directement prélevés sur le bénéfice comptable.
La reconduction en 2027 devra encore passer par le projet de loi de finances et le Parlement. Elle n’est donc pas une recette déjà acquise.
On peut défendre cette contribution. Elle porte sur les plus grands groupes et sur les bénéfices, ce qui la distingue d’un impôt de production dû même lorsque l’entreprise perd de l’argent. Elle apporte aussi plusieurs milliards dans une période où le déficit public reste proche de 5 % du PIB.
Mais une entreprise ne supporte pas un impôt en dehors de la société. La charge finit par affecter des actionnaires, des salariés, des clients ou des fournisseurs, dans des proportions qui dépendent de leurs rapports de force. Le nom du contribuable ne suffit pas à dire qui supporte tout le coût.
La difficulté vient aussi du calendrier.
Un groupe peut intégrer une fiscalité stable à ses projets. Il peut tenir compte d’un prélèvement ponctuel dont la fin est connue. Une taxe reconduite chaque automne rend les décisions plus difficiles à anticiper.
Cela ne signifie pas que toute hausse d’impôt devrait être abandonnée au nom de la stabilité. Avec un budget déficitaire, ne pas demander cet effort aux grandes entreprises revient à le reporter ailleurs : dépenses, autres recettes ou dette.
Il faut simplement assumer ce choix. Si le besoin est durable, le présenter comme une exception annuelle n’aide ni les entreprises ni le débat public.
Le rendement reste également incertain. Quelques centaines de groupes concentrent la recette. Leurs bénéfices varient avec la conjoncture, les taux de change et leurs opérations. Le Haut Conseil des finances publiques avait souligné en octobre 2025 l’incertitude du rendement prévu pour 2026.
Une recette attendue ne constitue pas encore une recette encaissée.
Dans le budget 2027, supprimer la contribution demanderait donc une autre décision de financement. La conserver permet de différer cette décision, mais ne la rend pas temporaire par nature.
Le gouvernement peut choisir une taxe durable, un barème qui diminue ou une date de sortie avec un financement de remplacement. Ce qui manque, c’est cette trajectoire. Sans elle, chaque automne risque de nous ramener au même débat : l’impôt devait finir, mais le budget en a encore besoin.

















