TVA sociale : Mélenchon dit « jamais », mais le transfert fiscal a déjà commencéTaxer davantage la consommation pour alléger le travail : le mécanisme existe déjà en partie. Reste à savoir qui gagnerait, qui paierait et comment protéger les ménages modestes.
Roland Lescure a porté le Livret A à 1,7 % et maintenu le LEP à 2,5 % depuis le 1er août 2026. La décision protège mieux l’épargne liquide, mais rappelle que sa rémunération constitue aussi un coût de financement pour le logement social et l’investissement public.
Depuis le 1er août 2026, le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire rapportent 1,7 % par an. Le Livret d’épargne populaire reste à 2,5 %. Roland Lescure présente cette décision comme une protection du pouvoir d’achat et un soutien au financement du logement social, des PME et de la transition écologique.
Les deux objectifs sont réels. Ils ne sont pas gratuits. Le Livret A est à la fois une épargne disponible pour les ménages et une ressource financière pour l’économie. Augmenter son taux avantage les déposants. Cela renchérit aussi la ressource utilisée pour financer certains prêts de long terme.
La décision de Roland Lescure
Le 15 juillet 2026, le ministre de l’Économie a suivi la proposition du gouverneur de la Banque de France. Le taux du Livret A est passé de 1,5 % à 1,7 %. Celui du LDDS a suivi. Le taux du LEP a été maintenu à 2,5 %, alors que sa formule réglementaire aurait donné un niveau inférieur.
Pour le Livret A, la formule combinait une inflation moyenne hors tabac de 1,52 % et un taux interbancaire de court terme €STR moyen de 1,95 % entre janvier et juin 2026. Elle aboutissait à 1,7 %.
Il ne s’agit donc pas d’un cadeau discrétionnaire sur le Livret A. Le ministre a appliqué le résultat de la formule. La dimension politique se trouve davantage dans le maintien du LEP à 2,5 %, au-dessus du taux résultant de son calcul réglementaire.
Ce que gagne réellement un épargnant
Le plafond du Livret A d’un particulier est de 22 950 €, hors intérêts capitalisés. Avec un solde maintenu au plafond pendant une année entière, un taux de 1,7 % produit environ 390 € d’intérêts, contre environ 344 € à 1,5 %. L’écart annuel est proche de 46 €.
Comme le nouveau taux ne s’applique qu’à partir du 1er août, le gain supplémentaire en 2026 est bien plus faible. Sur cinq mois et pour un livret constamment au plafond, l’ordre de grandeur est inférieur à 20 € par rapport au maintien du taux précédent.
Ce calcul représente un maximum théorique pour un particulier au plafond. Beaucoup de livrets contiennent beaucoup moins. Le taux affiché ne doit donc pas être confondu avec le gain moyen par détenteur.
La Banque de France indique que le Livret A était détenu par 83 % des Français à la fin de 2025. Cette diffusion presque universelle ne signifie pas une répartition uniforme de l’épargne. Un ménage disposant de quelques centaines d’euros de précaution ne reçoit pas le même montant d’intérêts qu’un ménage au plafond.
Un taux supérieur à l’inflation moyenne
La Banque de France souligne que le taux de 1,7 % reste supérieur à l’inflation moyenne hors tabac utilisée dans la formule, soit 1,52 %. L’épargne conserve donc légèrement son pouvoir d’achat selon ce repère.
La formulation exige une précaution. L’inflation moyenne nationale n’est pas l’inflation ressentie par chaque ménage. Un foyer qui consacre une grande part de son budget à l’énergie, à l’alimentation ou au logement peut subir une hausse de prix différente. Le rendement réel dépend aussi du moment des dépenses.
Le Livret A remplit surtout une fonction de liquidité et de sécurité. Le capital est garanti, les fonds restent disponibles et les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Le comparer uniquement à un placement de long terme serait trompeur : il ne finance pas le même besoin du ménage et ne supporte pas le même risque.
Le LEP cible mieux les ménages modestes
Le choix le plus redistributif concerne le LEP. Son taux reste à 2,5 %, soit 0,8 point au-dessus du Livret A. Il est réservé sous conditions de revenu.
La Banque de France recensait plus de 12 millions de détenteurs de LEP en 2026, contre 7 millions en 2020. Cette progression indique une meilleure diffusion, mais elle ne prouve pas que toutes les personnes éligibles en possèdent un ni qu’elles disposent d’une épargne suffisante pour profiter pleinement du taux.
Un taux bonifié aide les ménages qui peuvent épargner. Il ne remplace pas une politique de revenu pour ceux qui terminent le mois sans marge. C’est la limite structurelle d’une mesure sur l’épargne : plus le capital déposé est élevé, plus le gain en euros est important.
Le LEP corrige partiellement cette limite en ciblant les revenus modestes et en offrant un taux supérieur. Il ne peut pas la supprimer.
L’autre côté du bilan : le financement
Le Livret A et le LDDS ne sont pas seulement des comptes bancaires. Une partie des fonds est centralisée et sert notamment au financement du logement social et de la politique de la ville. D’autres ressources participent au financement des PME, de l’économie sociale et solidaire et de la transition écologique.
Le taux versé aux épargnants entre donc dans le coût de cette ressource. Une hausse protège le déposant, mais elle peut peser sur les conditions des prêts accordés aux organismes de logement social. À l’inverse, un taux trop faible peut détourner l’épargne vers d’autres placements et réduire la collecte.
Le mécanisme ressemble à une canalisation. D’un côté, des millions de ménages déposent une épargne liquide. De l’autre, des investissements sont financés sur plusieurs décennies. Le taux doit maintenir assez d’eau dans la canalisation sans rendre son utilisation trop coûteuse.
Ce compromis explique pourquoi la décision ne peut pas être jugée uniquement du point de vue du titulaire du livret.
Le logement social exige des horizons longs
Un ménage peut retirer son argent rapidement. Un logement social, lui, se construit et se rembourse sur une période longue. Le système transforme donc une ressource liquide en financement long, grâce à la mutualisation et à la stabilité statistique de la collecte.
La hausse de 0,2 point paraît faible. Appliquée à de très grands encours, elle produit cependant des effets agrégés importants. Il faut éviter de calculer un coût global sans connaître précisément les encours rémunérés, leur centralisation, les règles de prêt et les dates d’application. Aucun montant consolidé ne peut être déduit du seul communiqué ministériel.
La bonne information publique devrait présenter simultanément trois résultats : les intérêts supplémentaires reçus par les ménages, l’évolution du coût des prêts adossés à l’épargne réglementée et l’effet sur les volumes de construction ou de rénovation financés.
Une protection limitée mais cohérente
La décision de Roland Lescure est cohérente avec la formule du Livret A et plus volontariste pour le LEP. Elle protège légèrement l’épargne de précaution dans un contexte d’inflation contenue.
Elle ne constitue pas une mesure massive de pouvoir d’achat. Le gain individuel reste proportionnel au solde détenu. Elle ne résout pas non plus la crise du logement social. Elle déplace un paramètre au sein d’un système qui doit rémunérer l’épargnant tout en finançant des actifs de long terme.
Le débat utile ne porte donc pas seulement sur le taux. Il porte sur la destination réelle des fonds, le coût des prêts, le nombre de logements financés et l’accès effectif des ménages modestes au LEP.
Sources
- Ministère de l’Économie, communiqué sur les taux du Livret A et du LEP, 15 juillet 2026
- Banque de France, calcul de la formule du Livret A, 15 juillet 2026
- Banque de France, nouveaux taux de l’épargne réglementée, 31 juillet 2026, mise à jour le 6 août
- Banque de France, rapport sur l’épargne réglementée 2025, juillet 2026
- Ministère de l’Économie, fonctionnement et plafond du Livret A, 29 juillet 2026

