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Le « salaire Brun » : augmenter le net en baissant la CSG, mais qui finance l’écart ?

Tous les articles · ChatGPT · · 7 min de lecture

Illustration éditoriale d’une fiche de paie, d’une balance et de flux financiers vers la protection sociale, sans texte lisible
Illustration éditoriale d’une fiche de paie, d’une balance et de flux financiers vers la protection sociale, sans texte lisible

Philippe Brun propose une CSG plus faible sur les salaires inférieurs à 4 000 euros pour augmenter le net sans alourdir directement le coût employeur. Le gain est réel pour le salarié, mais il doit être compensé pour ne pas creuser les comptes sociaux.

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Philippe Brun propose de réduire progressivement la contribution sociale généralisée sur les salaires inférieurs à 4 000 euros par mois afin d’augmenter le net. L’idée est efficace : améliorer la fiche de paie sans augmenter directement le coût pour l’employeur.

Mais une baisse de CSG est aussi une baisse de recette pour la protection sociale. Le cœur du débat n’est donc pas le gain immédiat. C’est son financement.

La proposition présentée en août

Le député socialiste Philippe Brun, candidat à la primaire du PS pour 2027, a présenté le 19 août 2026 un programme de « révolution productive ». D’après TV5Monde et LCP, il veut diminuer la CSG sur les salaires de moins de 4 000 euros par mois pour augmenter le revenu net.

La mesure, surnommée « salaire Brun », a de nouveau été discutée le 24 août sur BFM Business.

Les présentations disponibles ne donnent pas encore un barème législatif complet. Elles ne permettent pas de vérifier précisément le coût annuel, le calendrier ou la compensation branche par branche. Elles ne précisent pas toujours si le seuil de 4 000 euros désigne le brut ou le net. Ces inconnues déterminent pourtant le nombre de bénéficiaires et le coût. Il ne faut pas les combler par des estimations.

Une mesure qui vise le cœur du salariat

En 2024, le salaire net médian dans le secteur privé était de 2 190 euros par mois en équivalent temps plein, selon l’Insee. Le salaire net moyen atteignait 2 733 euros, mais la moyenne est tirée vers le haut par les rémunérations les plus élevées.

Un salarié sur dix percevait moins de 1 492 euros net, tandis qu’un sur dix dépassait 4 334 euros net. Une mesure allant jusqu’à 4 000 euros viserait donc une partie large du salariat si le seuil est exprimé en net. S’il est exprimé en brut, le périmètre est plus réduit. Sans rédaction précise, le nombre de bénéficiaires n’est pas vérifiable.

Le diagnostic social est solide. Le rebond du salaire net moyen en 2024, limité à 0,8 % en euros constants, a tout juste ramené son pouvoir d’achat au niveau de 2019. L’impression de stagnation repose sur des données réelles.

Ce que prélève la CSG

Pour un salaire, la CSG est prélevée au taux de 9,2 % sur 98,25 % du revenu brut jusqu’à quatre plafonds annuels de la Sécurité sociale, selon Service-Public.fr, règles 2026. La CRDS ajoute 0,5 %. Sur la CSG, 6,8 points sont déductibles du revenu imposable et 2,4 points ne le sont pas.

La CSG finance notamment l’assurance maladie, la famille, l’autonomie et le Fonds de solidarité vieillesse. En 2025, un point de CSG affecté au régime général représentait 17,9 milliards d’euros, selon la Commission des comptes de la Sécurité sociale.

Ce chiffre couvre plusieurs assiettes : 67,1 % du rendement venait des revenus d’activité, 21,8 % des revenus de remplacement, 10,7 % du patrimoine et des placements, et 0,5 % des jeux. Il serait donc faux de multiplier mécaniquement 17,9 milliards par une baisse de taux appliquée à certains salariés.

La donnée indique seulement l’ordre de grandeur. Toucher à la CSG déplace rapidement plusieurs milliards. Le barème et la compensation doivent être écrits avant de présenter la mesure comme financée.

L’argument favorable : augmenter le net sans renchérir l’embauche

Une hausse du salaire brut augmente le coût de l’entreprise, sauf baisse parallèle des cotisations patronales. Elle dépend aussi d’une décision de l’employeur ou d’une négociation collective.

Une baisse de CSG agit directement sur le net, par décision publique. À coût employeur inchangé, elle peut soutenir le pouvoir d’achat et la consommation. Elle est attractive dans les secteurs à faibles marges où une hausse du coût du travail pourrait réduire les embauches.

La progressivité est également défendable. Le taux de CSG sur les revenus d’activité est aujourd’hui proportionnel. Réduire le taux en bas et au milieu de l’échelle peut rendre le prélèvement plus progressif.

Enfin, la mesure est visible sur la fiche de paie. Le bénéficiaire voit immédiatement le gain. Cette lisibilité compte davantage qu’une aide dont personne ne comprend le calcul.

La limite : le net supplémentaire doit être payé

Une baisse de CSG n’est pas une hausse de productivité. Elle ne produit pas davantage de biens, de services ou d’énergie. Elle change la répartition d’une production existante entre salaire disponible et financement collectif.

Si la perte est compensée par un impôt sur le patrimoine, les successions ou les hauts revenus, le transfert est assumé. Philippe Brun défend par ailleurs le retour de l’ISF et une contribution accrue sur les grandes transmissions. L’argument de justice peut être cohérent, mais il faut publier les assiettes, les taux et les rendements attendus.

Si la perte n’est pas compensée, elle augmente le déficit social ou impose de réduire une prestation. En 2025, le déficit des régimes de base et du Fonds de solidarité vieillesse atteignait déjà 21,6 milliards d’euros, selon la Sécurité sociale.

La colonne supprimée sur la fiche de paie réapparaît donc dans le budget public.

Les effets secondaires à traiter

Un barème progressif crée des seuils. Si le taux remonte brutalement à 4 000 euros, une petite augmentation de salaire peut produire un gain net très faible. Le dispositif doit être lissé.

Il faut aussi coordonner la mesure avec l’impôt sur le revenu, la prime d’activité et les prestations sous conditions de ressources. Une hausse du net peut réduire certaines aides. Le gain sur la fiche de paie ne sera pas toujours le gain final du ménage.

La CSG est individuelle, tandis que l’impôt sur le revenu dépend du foyer fiscal. Deux ménages ayant le même revenu total mais une répartition différente entre conjoints peuvent donc être traités différemment.

Enfin, si les employeurs anticipent que le net est soutenu par la fiscalité, une partie du gain peut être absorbée par des négociations salariales moins dynamiques. Ce n’est pas automatique, mais c’est possible.

Salaire ou transfert ?

Appeler la mesure « salaire » est habile, mais imprécis. Le salaire est payé en contrepartie du travail. La baisse de CSG est un allègement de prélèvement. Le résultat se ressemble sur le compte bancaire ; le financeur diffère.

La proposition peut être une politique de redistribution. Elle ne devient une politique productive que si elle s’accompagne d’investissements, de formation, d’innovation et d’une organisation du travail qui augmente la valeur produite par heure.

Sans gains de productivité, une société peut redistribuer autrement. Elle ne peut pas distribuer durablement plus de revenu réel si la quantité de biens et de services disponibles ne suit pas.

Les informations qui manquent

Le programme complet doit préciser :

  • le seuil en brut ou en net ;
  • les taux de CSG par tranche ;
  • le coût annuel ;
  • les recettes de compensation ;
  • l’effet par type de ménage ;
  • le traitement des prestations et de l’impôt ;
  • la garantie de ressources pour chaque branche sociale.

Sans ces éléments, le « salaire Brun » reste une direction politique, pas un dispositif budgétaire vérifiable.

Le jugement

L’idée répond à un vrai problème : le pouvoir d’achat du salaire net a peu progressé sur cinq ans, et la CSG pèse proportionnellement sur les revenus d’activité. La rendre plus progressive peut augmenter rapidement le net des bas et moyens salaires sans alourdir directement le coût du travail.

Mais le gain n’est pas produit par magie. Il est transféré. La proposition sera crédible lorsqu’elle dira clairement qui remplace les recettes perdues et comment la Sécurité sociale conserve ses moyens.

La bonne question n’est pas « faut-il augmenter le net ? ». La bonne question est : qui paie la différence, pendant combien de temps, et avec quel effet sur l’emploi, les prestations et les finances sociales ?

Sources