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Opinion Non, Madame Le Pen, l’immigration ne coûte pas une fortune à notre système social

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 3 min de lecture

Non, Madame Le Pen, l’immigration ne coûte pas une fortune à notre système social
Non, Madame Le Pen, l’immigration ne coûte pas une fortune à notre système social

Marine Le Pen promettait 16 milliards d’euros d’économies annuelles sur l’immigration. Cela représente 1,72 % des prestations sociales françaises — et ce chiffre de campagne ne mesure même pas le coût net de l’immigration.

Débat du Medef du 27 août 2026ImmigrationMarine Le Penprotection socialeprésidentielle 2027

Au débat du Medef du 27 août 2026, vous avez annoncé 125 Md€ d’économies, Madame Le Pen. Le détail viendra plus tard. Prenons donc un tiroir que nous connaissons déjà : l’immigration.

En 2022, votre profession de foi officielle promettait 16 Md€ d’économies par an en « arrêtant l’immigration massive ».

Seize milliards. Dit rapidement, le chiffre peut effrayer un tableur.

Prenons une calculatrice

En 2024, la France a versé 932,5 Md€ de prestations sociales, selon la Drees.

Vos 16 Md€ représentent donc 1,72 % de cette somme.

Et attention : ces 16 Md€ ne correspondent pas à un coût mesuré. Ils représentent les économies que votre programme espérait obtenir en supprimant certaines prestations, en réduisant l’asile et en transformant l’AME. C’est une promesse d’économie présentée comme une facture.

C’est un peu comme annoncer que supprimer le dessert fera économiser 500 euros par mois à une famille. Avant d’applaudir, il peut être utile de regarder le prix du yaourt.

L’AME, cet épouvantail à 0,15 %

Prenons justement l’AME. Son coût réel en 2024 était de 1,387 Md€, selon le Sénat.

Cela représente 0,15 % des prestations sociales françaises.

Autrement dit, pour 1 000 € de prestations sociales, l’AME représente environ 1,50 €.

Le programme consacré à l’intégration et à l’accès à la nationalité a dépensé 387 M€ en 2024, soit l’équivalent de 0,04 % des prestations sociales. Environ 40 centimes pour 1 000 €.

Ces budgets ne doivent pas être additionnés : l’AME, le budget de l’État et les comptes sociaux n’ont pas le même périmètre. Notre page sur l’AME, l’asile et l’intégration des immigrés détaille précisément ces chiffres.

Vous oubliez simplement les recettes

Les immigrés reçoivent des prestations. C’est exact. En 2018, elles représentaient 11,9 % de leur niveau de vie, contre 5,9 % pour les non-immigrés, selon l’Insee.

Ils ont aussi cette curieuse habitude de travailler, d’acheter des produits taxés, de payer la TVA, des impôts et des cotisations.

Compter les prestations sans compter ces recettes ne donne pas un solde. Cela donne la moitié d’une addition. La moitié qui arrange le discours.

Le Conseil d’analyse économique situe généralement l’effet net de l’immigration sur les finances publiques entre –0,5 % et +0,5 % du PIB. Le résultat dépend de la méthode, du taux d’emploi et des qualifications. Il peut être légèrement négatif ou légèrement positif. Il ne ressemble jamais au gouffre présenté sur les plateaux de télévision.

Le problème réel s’appelle l’emploi

En 2024, le taux d’emploi des immigrés atteignait 62,4 %, contre 71,4 % pour les personnes sans ascendance migratoire.

Voilà le vrai sujet budgétaire. Moins d’emploi signifie moins de cotisations et davantage de prestations.

La solution rationnelle consiste à améliorer l’apprentissage du français, la reconnaissance des diplômes et l’accès au travail. Réduire le minuscule budget de l’intégration, puis dénoncer la mauvaise intégration, revient à couper le chauffage pour économiser et à organiser ensuite une conférence sur le froid.

Madame Le Pen, vous pouvez défendre une réduction de l’immigration. C’est un choix politique. Mais prétendre qu’elle réparera presque à elle seule notre système social relève moins de l’économie que du spectacle de magie.