Sortir des 35 heures : la proposition Retailleau déplace surtout la facture socialeExonérer de cotisations les heures au-delà de la trente-sixième peut augmenter le net et réduire le coût marginal du travail. Mais les 35 heures ne sont déjà pas un plafond et la Sécurité sociale doit être financée.
Le chômage au sens du BIT a atteint 8,3 % au deuxième trimestre 2026, contre 7,6 % un an plus tôt. L’objectif présidentiel de plein-emploi ne peut plus être évalué par le seul nombre d’inscrits à France Travail : il faut distinguer conjoncture, effets statistiques et création réelle d’emplois.
Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail a atteint 8,3 % au deuxième trimestre 2026. Il était de 7,6 % un an plus tôt. L’Insee compte 2,677 millions de chômeurs, soit 261 000 de plus sur un an.
Emmanuel Macron avait fixé le plein-emploi comme objectif du quinquennat, généralement associé à un chômage proche de 5 %. À moins d’un an de l’élection présidentielle, l’écart n’est plus marginal. Passer de 8,3 % à 5 % ne relève pas d’un réglage statistique ou d’une seule réforme administrative.
Il faut toutefois éviter le verdict trop simple. Une partie de la hausse récente vient de l’intégration de nouveaux publics dans les statistiques à la suite de la loi pour le plein emploi. Le reste reflète une dégradation économique réelle.
Ce que mesure l’Insee
Le chômage au sens du BIT ne correspond pas au nombre d’inscrits à France Travail. Est chômeur une personne sans emploi, disponible rapidement et recherchant activement un travail, ou en ayant trouvé un qui commence prochainement.
Au deuxième trimestre 2026, le taux augmente de 0,2 point sur trois mois et de 0,7 point sur un an. Il atteint son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020, période affectée par la crise sanitaire, et auparavant depuis le troisième trimestre 2019.
L’Insee précise que l’estimation trimestrielle comporte une incertitude de plus ou moins 0,3 point. Une variation de 0,2 point doit donc être interprétée avec prudence. La hausse annuelle de 0,7 point est plus difficile à attribuer au seul bruit statistique.
Le taux d’emploi des 15-64 ans recule de 0,3 point sur le trimestre, à 69,0 %. Cette baisse indique que la dégradation ne provient pas seulement d’un plus grand nombre de personnes se déclarant actives.
Les jeunes concentrent une partie du problème
Le chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %, après une hausse de 2,5 points sur un an. Celui des 25-49 ans s’établit à 7,5 % et celui des 50 ans ou plus à 5,5 %.
Un taux de chômage des jeunes ne signifie pas qu’un jeune sur cinq de cette tranche d’âge est sans emploi. Le dénominateur est la population active jeune, qui exclut notamment de nombreux étudiants ne recherchant pas de travail. Il reste néanmoins un indicateur de difficulté d’entrée sur le marché du travail.
Le taux d’emploi des 15-24 ans tombe à 33,8 %, en recul de 1 point sur un an. La baisse de l’alternance contribue au mouvement. La politique d’apprentissage avait soutenu fortement l’emploi des jeunes au début du quinquennat. Lorsque les aides sont réduites ou que les entreprises ralentissent, une partie de cette dynamique peut s’inverser.
Un emploi subventionné reste un emploi réel pour la personne. Mais son coût budgétaire et sa pérennité doivent être mesurés. Le plein-emploi financé par une aide temporaire n’est solide que si le poste survit ou débouche sur une insertion durable.
L’effet de la loi pour le plein emploi
Depuis 2025, l’inscription à France Travail a été élargie notamment aux bénéficiaires du RSA et à certains jeunes suivis par les missions locales. Cette réforme rend visibles des personnes auparavant hors des catégories usuelles d’inscrits.
L’Insee estime que, sur six trimestres, les bénéficiaires du RSA et les jeunes inscrits à France Travail expliquent près de la moitié de la hausse cumulée du taux de chômage. Les bénéficiaires du RSA contribuent à eux seuls pour environ 0,3 point à une hausse totale de 1 point depuis la fin de 2024.
Cette précision ne permet pas de déclarer la hausse artificielle. Une personne sans emploi ne disparaît pas économiquement parce qu’elle n’était pas comptée comme chômeuse. Son inscription améliore la mesure et peut faciliter son accompagnement.
Mais elle complique la comparaison politique. Un gouvernement peut faire monter le chômage mesuré en intégrant des personnes auparavant invisibles, sans qu’un emploi ait été détruit. Il peut aussi faire baisser un nombre d’inscrits par une modification administrative, sans créer de travail.
L’indicateur central doit rester l’emploi, complété par le chômage BIT, le sous-emploi et le halo autour du chômage.
Les inscrits à France Travail racontent une autre histoire
Au deuxième trimestre 2026, la Dares et France Travail comptaient 5,8015 millions de personnes tenues de rechercher un emploi en catégories A, B et C. Parmi elles, 3,323 millions étaient sans emploi et 2,4786 millions exerçaient une activité réduite.
Ces effectifs ne doivent pas être additionnés aux 2,677 millions de chômeurs BIT. Les périmètres se recouvrent sans être identiques. Certaines personnes inscrites ne répondent pas aux critères du BIT ; certaines personnes au chômage ne sont pas inscrites.
Les catégories A, B et C augmentent de 1,3 % sur le trimestre et de 3,2 % sur un an. La Dares avertit toutefois que les évolutions sont affectées par les changements de règles, d’inscription et de sanctions.
Comparer un objectif politique à un seul compteur permet de choisir le chiffre le plus favorable. Une évaluation honnête doit conserver plusieurs instruments sans les confondre.
Une conjoncture moins favorable
L’emploi salarié privé baisse de 0,1 % au deuxième trimestre 2026, soit 19 300 emplois en moins sur trois mois. Il se situe 0,4 % sous son niveau de juin 2025, soit 79 700 emplois de moins sur un an.
La baisse reste limitée par rapport à l’ensemble du marché du travail. Elle dure cependant depuis plusieurs trimestres. L’intérim, souvent sensible aux retournements, recule de 1,4 % sur le trimestre et de 1,9 % sur un an.
Une politique de retour à l’emploi agit surtout sur la capacité d’une personne à occuper un poste : formation, mobilité, santé, garde d’enfants et accompagnement. Elle ne crée pas automatiquement la demande des entreprises.
Quand l’investissement et les commandes ralentissent, renforcer les obligations des demandeurs d’emploi ne suffit pas. C’est comme accélérer la circulation vers une porte dont la largeur ne change pas.
Que signifierait réellement 5 % ?
Un taux proche de 5 % ne signifie pas l’absence de chômage. Des personnes changent de poste, entrent sur le marché du travail ou vivent un décalage entre leurs compétences et les emplois disponibles.
Atteindre ce niveau depuis 8,3 % suppose une combinaison de créations d’emplois, de formation, de mobilité et de croissance de l’activité. La démographie de la population active joue également. On ne peut pas convertir mécaniquement l’écart de 3,3 points en un nombre d’emplois sans modéliser les comportements d’activité et les effets de la réforme.
La qualité compte autant que le volume. Un emploi très court peut sortir temporairement une personne du chômage sans stabiliser son revenu. Le taux de chômage doit être lu avec la durée d’emploi, les salaires, le sous-emploi et les contrats signés.
Au premier trimestre 2026, la Dares recensait 6,578 millions d’embauches dans le secteur privé hors agriculture, intérim et particuliers employeurs. Mais 5,614 millions étaient des CDD et 964 300 des CDI. Un grand nombre de contrats peut donc coexister avec un marché du travail fragile.
La promesse doit devenir une politique documentée
Le plein-emploi reste un objectif défendable. Il réduit les dépenses d’indemnisation, augmente les recettes sociales et améliore le rapport de force des salariés lorsque les entreprises recrutent réellement.
La trajectoire actuelle impose toutefois de préciser les instruments. Quelle part doit venir de la croissance, de l’industrie, des services publics, de l’apprentissage ou de la réforme de l’assurance-chômage ? Quel coût budgétaire par emploi durable ? Quels secteurs disposent d’une demande solvable et de ressources physiques suffisantes ?
La promesse de 2027 ne peut plus être évaluée par une formule générale. Les données montrent un éloignement de la cible, une partie liée à une meilleure inscription de publics éloignés de l’emploi et une autre à un ralentissement tangible de l’emploi privé.
Le test final n’est pas le nombre de dossiers suivis par France Travail. C’est le nombre de personnes qui accèdent à un emploi durable sans que leur insertion repose indéfiniment sur une subvention ou un changement de catégorie statistique.
Sources
- Insee, chômage au sens du BIT au deuxième trimestre 2026, 7 août 2026
- Dares et France Travail, inscrits à France Travail au deuxième trimestre 2026, 28 juillet 2026
- Dares, emploi salarié au deuxième trimestre 2026, 30 juillet 2026
- Dares, embauches au premier trimestre 2026, 9 juillet 2026
- Élysée, dossier « Objectif plein emploi »

