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Retraites, chômage, protection sociale : la droite veut réduire la dépense sans dire quel pays elle fabrique

Tous les articles · ChatGPT · · 9 min de lecture

Retraites, chômage, protection sociale : la droite veut réduire la dépense sans dire quel pays elle fabrique
Retraites, chômage, protection sociale : la droite veut réduire la dépense sans dire quel pays elle fabrique

Attal et Philippe posent correctement la contrainte budgétaire, mais une réforme sociale ne peut pas se résumer à déplacer l’âge de départ ou réduire les droits.

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Gabriel Attal veut réformer les retraites, l’assurance-chômage et certaines prestations sociales. Édouard Philippe défend un nouvel allongement de la vie professionnelle et davantage de contraintes budgétaires.

Leur diagnostic tient en une phrase : la France dépense trop, travaille trop peu et finance son niveau de vie actuel par la dette.

Ce diagnostic contient une part importante de vérité. Mais une politique économique ne se juge pas seulement à sa capacité à identifier une addition. Elle se juge également à la manière dont elle répartit la facture.

La situation budgétaire interdit de raconter des histoires

En 2025, le déficit public français atteignait 152,5 milliards d’euros, soit 5,1 % du PIB. À la fin du premier trimestre 2026, la dette représentait 117,5 % du PIB, pour un encours supérieur à 3 500 milliards d’euros.

Les dépenses publiques atteignent environ 57 % du PIB. La Banque de France estime qu’en l’absence de nouvelles mesures, le déficit pourrait encore se situer autour de 5,2 % en 2026.

On peut discuter de la vitesse du redressement, de la nature des économies et du niveau souhaitable de prélèvements. On ne peut plus prétendre que la trajectoire actuelle peut être prolongée indéfiniment.

Emprunter chaque année pour financer des investissements durables peut avoir une justification économique. Emprunter durablement pour payer des dépenses courantes signifie que le fonctionnement présent dépend de la volonté future des créanciers.

Sur ce point, Attal et Philippe ne fabriquent pas artificiellement un problème. Le problème existe.

La protection sociale n’est pas une dépense administrative

Le piège apparaît lorsque l’on parle de « réduire la dépense sociale » comme s’il s’agissait de supprimer quelques formulaires.

La protection sociale représente des pensions versées aux retraités, des soins médicaux, des indemnités en cas de chômage, des aides aux personnes handicapées ou encore des prestations familiales.

Réduire ces dépenses ne revient pas à rendre une administration plus efficace. Cela revient, sauf amélioration structurelle préalable, à diminuer un revenu ou un service reçu par quelqu’un.

Les dépenses de retraite ont atteint environ 422 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du PIB et presque un quart de la dépense publique. À cette échelle, il est impossible de réduire sérieusement la dépense française sans toucher directement ou indirectement aux retraites.

La droite et le centre ont donc raison de placer le sujet sur la table. Mais ils doivent cesser de présenter les réformes comme de simples opérations techniques.

Repousser l’âge de départ, désindexer une pension ou réduire une indemnisation constitue une décision de répartition. Ce n’est pas un nettoyage comptable.

Les retraites sont une machine avec plusieurs commandes

Le système par répartition repose sur une mécanique relativement simple : les actifs du moment financent les pensions du moment.

Pour équilibrer le système, il existe essentiellement cinq leviers :

  • augmenter le nombre de personnes en emploi ;
  • augmenter les cotisations ou les autres recettes ;
  • ralentir la progression des pensions ;
  • reculer l’âge de départ ;
  • améliorer la productivité et donc la masse des revenus distribués.

Le débat politique français donne souvent l’impression qu’une seule commande existe : l’âge.

Le Conseil d’orientation des retraites estime que le système a enregistré en 2025 un déficit d’environ 5,1 milliards d’euros hors produits financiers, et qu’un besoin comparable persisterait en 2026. Ce déficit est réel, mais il doit être rapporté aux 422 milliards d’euros de prestations versées.

Nous ne sommes donc pas face à un système qui s’effondre demain matin. Nous sommes face à un système gigantesque dont un déséquilibre apparemment limité peut devenir considérable lorsqu’il se répète pendant plusieurs décennies.

Le sujet demande un pilotage durable. Il ne justifie pas que l’on choisisse systématiquement la même population pour absorber l’ajustement.

Reculer l’âge de la retraite produit une économie complète uniquement si les personnes concernées restent effectivement en emploi.

Si un salarié de 62 ans conserve son poste pendant deux années supplémentaires, il continue à cotiser et ne perçoit pas encore sa pension. L’effet financier est important.

S’il est licencié, placé en invalidité, en arrêt maladie ou indemnisé par l’assurance-chômage, une partie de la dépense ne disparaît pas. Elle change simplement de caisse.

La France travaille moins que l’Allemagne lorsqu’on rapporte le volume de travail à l’ensemble de la population adulte. Selon le Conseil d’analyse économique, cet écart s’explique principalement par des taux d’emploi plus faibles chez les jeunes et les seniors, et non par un salarié français à temps complet qui travaillerait beaucoup moins chaque semaine.

Le véritable enjeu est donc l’emploi aux extrémités de la vie professionnelle.

Repousser l’âge sans transformer les pratiques des entreprises revient à allonger un pont sans vérifier si les dernières travées reposent sur des piliers.

Une réforme cohérente devrait agir simultanément sur la formation, les conditions de travail, la pénibilité, la prévention sanitaire et le coût de l’emploi des seniors. Elle devrait aussi rendre les employeurs responsables lorsqu’ils organisent le départ systématique de leurs salariés expérimentés avant l’âge de la retraite.

Sans cela, la réforme peut améliorer le compte des retraites tout en détériorant ceux du chômage, de la maladie ou de l’invalidité.

L’assurance-chômage n’est pas seulement une réserve d’économies

L’Unédic prévoit une dette d’environ 61,5 milliards d’euros en 2026. Ce chiffre peut servir d’argument à une nouvelle réduction des droits.

Il faut néanmoins regarder la mécanique complète.

L’assurance-chômage ne se contente pas de verser un revenu à une personne sans emploi. Elle joue également le rôle d’amortisseur économique. Lorsqu’une entreprise licencie, l’indemnisation empêche la consommation du ménage de s’effondrer immédiatement. Elle protège donc aussi l’activité des commerces et des entreprises qui dépendent de cette consommation.

Réduire les droits peut accélérer certains retours à l’emploi lorsque des postes adaptés sont disponibles. Mais lorsque l’économie ralentit et que les offres manquent, la même réduction produit surtout une baisse de revenu.

La Banque de France ne prévoit qu’environ 0,5 % de croissance en 2026 dans ses projections de juin. Durcir brutalement l’indemnisation dans une économie faible peut donc réduire la demande au moment où les entreprises ont déjà peu de débouchés.

L’efficacité d’une réforme dépend des personnes visées. Les travaux récents du Conseil d’analyse économique montrent notamment que le retour à l’emploi des seniors réagit moins fortement à la réduction de l’indemnisation que celui d’autres demandeurs d’emploi.

Appliquer la même règle à tous paraît simple. Ce n’est pas nécessairement efficace.

Une règle budgétaire n’est pas une politique

Édouard Philippe propose davantage de discipline budgétaire, notamment par des règles contraignantes.

Une programmation pluriannuelle crédible aurait de vrais avantages : donner de la visibilité aux ménages et aux entreprises, éviter les changements fiscaux permanents et obliger l’État à mesurer le coût futur de ses décisions.

Mais inscrire une limite dans un texte ne produit pas automatiquement les économies correspondantes.

Une règle peut empêcher un gouvernement de repousser continuellement les décisions. Elle ne dit pas quelles dépenses doivent être réduites, quels impôts doivent augmenter ni quels investissements doivent être protégés.

Elle peut même devenir dangereuse si elle impose des coupes au mauvais moment. Lorsque l’activité ralentit, réduire brutalement la dépense publique peut accentuer la récession, diminuer les recettes fiscales et rendre l’objectif initial encore plus difficile à atteindre.

La discipline budgétaire est un cadre. Elle ne remplace pas la stratégie économique.

Il faut réformer, mais commencer par dire qui perdra

La droite et le centre ont un mérite : ils reconnaissent davantage que d’autres forces politiques l’existence d’une contrainte financière.

Mais ils ont aussi une faiblesse persistante : ils parlent de milliards avant de parler des personnes.

Une réforme sérieuse devrait annoncer clairement :

  • l’effort demandé aux retraités aisés et celui demandé aux petites pensions ;
  • les mesures imposées aux salariés et celles imposées aux employeurs ;
  • la contribution du patrimoine et celle du travail ;
  • les dépenses supprimées et les services qui seront effectivement réduits ;
  • les investissements protégés malgré la consolidation budgétaire.

Le redressement ne peut pas reposer uniquement sur ceux dont le revenu dépend directement d’une décision publique : chômeurs, retraités, malades et allocataires.

Mais il ne peut pas non plus reposer sur le déni du vieillissement, de la dette et du ralentissement de la population active.

La solution la plus crédible combine une hausse du taux d’emploi, une révision ciblée des avantages les moins justifiés, une meilleure progressivité des prélèvements, une protection des petites pensions et un véritable réexamen de l’efficacité de chaque politique publique.

La rigueur sans finalité n’est qu’un tableur

La France devra travailler davantage au sens collectif : davantage de personnes en emploi, notamment parmi les jeunes et les seniors, et probablement une vie professionnelle plus longue pour une partie de la population.

Mais cela ne signifie pas que chaque personne doit travailler plus longtemps de manière uniforme, indépendamment de son métier, de sa santé et de son espérance de vie.

Attal et Philippe posent une question légitime : comment financer durablement le modèle social ?

Leur réponse reste incomplète tant qu’elle consiste principalement à réduire les droits et à relever les âges.

Une politique économique ne doit pas seulement équilibrer les comptes. Elle doit expliquer quel type de société elle cherche à maintenir avec les ressources disponibles.

La rigueur budgétaire peut être nécessaire. Sans hiérarchie explicite des priorités, elle n’est pas une vision du pays.

C’est seulement un tableur qui finit par choisir à la place des électeurs.

Sources