Opinion

« À la fin, ça se terminera entre eux et nous, et tous les autres auront disparu, cachés sous la table »

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 3 min de lecture

En bref

- La phrase est bien de Jean-Luc Mélenchon et date de 2012.

- Elle annonçait un duel électoral entre son camp et l’extrême droite.

- Depuis quatorze ans, l’affaiblissement des partis traditionnels a rendu cette hypothèse moins extravagante.

- LFI et le RN ont chacun intérêt à se présenter comme l’unique adversaire de l’autre.

- Cela ne rend pas leurs projets identiques : le RN trace d’abord une frontière nationale et identitaire, LFI une frontière sociale et politique.

- Le risque commun est de réduire chaque désaccord à un choix de camp et de faire disparaître le débat sur les faits.

Une assemblée citoyenne divisée en deux blocs opposés, symbole de la polarisation entre LFI et le RN.
Une assemblée citoyenne divisée en deux blocs opposés, symbole de la polarisation entre LFI et le RN.

Jean-Luc Mélenchon annonçait en 2012 un duel entre son camp et l’extrême droite. Cette confrontation peut servir électoralement les deux mouvements sans rendre leurs projets équivalents. Elle laisse surtout moins de place aux désaccords qui ne rentrent pas dans ces deux camps.

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En janvier 2012, Jean-Luc Mélenchon annonçait un face-à-face entre son camp et le Front national. La vidéo diffusée par LFI permet d’entendre la phrase reprise dans le titre. Il en a encore rappelé le sens en 2026, en parlant d’une compétition avec l’extrême droite.

Il décrivait une stratégie et une prévision électorales. Cette phrase ne suffit pas à démontrer un appel à la guerre civile.

Mais cette vision du débat politique mérite que l’on s’y arrête. Deux camps. Et tous les autres qui finiraient par disparaître.

Pour le RN, se présenter comme le défenseur des Français oubliés face aux élites et à l’immigration permet de réunir des colères différentes. Pour LFI, opposer le peuple aux puissants permet de rassembler autour d’une critique sociale. Les frontières tracées ne sont pas les mêmes, mais chaque mouvement peut se présenter comme le seul à défendre ceux qui se sentent abandonnés.

Le duel leur est utile. Le RN peut faire de Mélenchon un repoussoir. LFI peut se présenter comme la force indispensable pour empêcher le RN d’arriver au pouvoir. Chacun renforce alors la place de l’autre dans la discussion.

Cela ne suppose aucun accord entre eux. Des stratégies concurrentes peuvent produire ce résultat sans être coordonnées.

Et cela ne rend pas leurs projets équivalents.

Le RN construit une grande partie de son discours autour de la nationalité, de l’identité et de l’immigration. Les personnes visées peuvent être renvoyées à leur origine réelle ou supposée, y compris lorsqu’elles sont françaises. Les affirmations sur le coût de l’immigration participent à cette représentation lorsqu’elles sont répétées sans leur contexte.

LFI construit d’abord une opposition économique et sociale. Contester la concentration des richesses et vouloir redistribuer relève du débat démocratique. Le problème apparaît lorsqu’un désaccord sur la stratégie ou le vocabulaire devient une preuve supposée de complicité avec l’adversaire.

On peut donc critiquer ces mécanismes sans prétendre que leurs conséquences sont identiques. Elles ne le sont pas pour les personnes désignées.

Ce qui pose problème, c’est cette obligation permanente de choisir son camp avant même de parler du sujet.

On conteste une position de LFI, on devrait alors expliquer pourquoi on ne soutient pas le RN. On combat le RN, on devrait accepter de se ranger derrière LFI. Entre les deux, il devient difficile d’exprimer une conviction qui ne corresponde pas entièrement à l’offre proposée.

Pourtant, on peut vouloir une forte redistribution, défendre les libertés publiques et refuser certaines méthodes politiques. On peut être inquiet pour les finances publiques sans accepter que des populations servent d’explication à toutes nos difficultés.

Les partis traditionnels portent aussi leur part de responsabilité. Le PS, la droite et le centre ne se sont pas affaiblis simplement parce que leurs adversaires l’auraient décidé. Leurs renoncements, leurs contradictions et leurs échecs ont nourri la défiance.

Mais un débat organisé autour de deux personnages laisse peu de place au contenu. Même une proposition sur la dette détenue par la BCE devient une confrontation de formules, alors qu’il faudrait comprendre ce qui changerait dans les comptes publics.

La prévision de 2012 peut devenir plus crédible à mesure que les autres possibilités perdent en visibilité. Elle n’est pas pour autant une obligation à laquelle nous devrions nous soumettre.

On peut discuter, écouter, défendre une idée et en contester une autre. Y compris lorsqu’elles viennent du même camp. C’est aussi à cela que devrait servir le débat politique : nous permettre de choisir ce que l’on veut construire, avec suffisamment de place pour ne pas être d’accord sur tout.

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