Opinion

Le racisme progresse-t-il en France ? Les actes et les opinions ne racontent pas la même chose

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 4 min de lecture

En bref

Les actes racistes et antireligieux enregistrés ont augmenté en 2025, tandis que la tolérance mesurée reste proche de son record historique.

L’insécurité progresse sur certains fronts et recule sur d’autres : elle n’a ni cause unique ni nationalité.

La surreprésentation des étrangers dans certaines statistiques existe, mais ne démontre pas à elle seule un effet causal de l’immigration.

Italiens, Polonais, Espagnols et Portugais ont autrefois subi des accusations comparables avant d’entrer dans le récit national.

L’Arcom a constaté en 2026 un traitement univoque de l’immigration et de l’islam sur CNews.

La liberté d’expression protège les opinions dures ; elle ne protège pas la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence.

Des générations successives de travailleurs immigrés sous le même projecteur médiatique
Des générations successives de travailleurs immigrés sous le même projecteur médiatique

Les actes racistes enregistrés augmentent alors que la tolérance mesurée reste élevée. Ce décalage n’efface pas les violences. Il oblige à regarder aussi qui parle, quels faits sont mis en avant et comment des populations entières deviennent suspectes.

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En 2025, les crimes et délits racistes ou antireligieux enregistrés ont augmenté de 5 %. Dans le même temps, l’indice de tolérance reste stable, à 64 sur 100, près de son record historique.

On peut être surpris. Comment les actes peuvent-ils augmenter si les opinions mesurées ne deviennent pas globalement moins tolérantes ?

Parce que l’on ne mesure pas la même chose. Une enquête sur les préjugés décrit des attitudes dans la population. Les faits enregistrés décrivent des actes, avec aussi l’effet des plaintes et de leur enregistrement. Les deux éclairent le sujet sans se remplacer. Le rapport 2025 de la CNCDH les examine ensemble.

Il recense 9 737 crimes et délits racistes ou antireligieux. Les faits antimusulmans augmentent de 88 %. Les faits antisémites reculent de 16 %, tout en restant élevés.

Cela ne signifie pas que toute la France devient raciste. Cela ne permet certainement pas non plus de dire que le problème disparaît.

Les peurs existent. Leur explication demande plus qu’une origine.

On parle souvent de l’insécurité comme d’un phénomène unique. Pourtant, les violences conjugales, les cambriolages, le trafic de drogue et les escroqueries en ligne ne fonctionnent pas de la même manière.

Le bilan 2025 du ministère de l’Intérieur montre une hausse des violences physiques enregistrées de 5 %, des violences sexuelles de 8 % et des escroqueries de 7 %. Les vols à main armée baissent de 8 %, les vols de véhicules de 9 % et les cambriolages de 3 %. Les homicides restent stables, à 975 victimes.

Ces violences méritent des réponses. Mais les réunir sous une cause unique nous éloigne de ce qui permettrait de les réduire.

Les étrangers sont surreprésentés dans certaines statistiques policières et pénales. Le Musée national de l’histoire de l’immigration rappelle toutefois les différences d’âge, de sexe, de précarité, de contrôles et de situation administrative. Les personnes de passage compliquent aussi les comparaisons avec la population résidente.

Une nationalité peut décrire une personne mise en cause. Elle ne démontre pas, seule, pourquoi elle a commis un acte.

Nous avons déjà désigné d’autres populations

En 1893, à Aigues-Mortes, des ouvriers italiens ont été pourchassés et massacrés. Le bilan officiel français compte neuf morts. Dans les années 1930, des milliers de mineurs polonais ont été renvoyés dans un contexte de crise et de xénophobie.

Après la guerre, la France a fait venir des travailleurs pour reconstruire. Les Italiens, les Espagnols puis les Portugais ont participé à cette histoire. Beaucoup de Portugais ont aussi vécu dans des bidonvilles, notamment à Champigny-sur-Marne. Le Musée de l’histoire de l’immigration retrace ces parcours.

Ces populations font aujourd’hui partie du récit national. Cela ne rend pas toutes les expériences identiques : la couleur de peau, la religion supposée et l’histoire coloniale peuvent prolonger les discriminations. Mais cela rappelle que la difficulté à accepter les nouveaux venus n’a rien de nouveau.

Ce que l’on voit tous les jours finit par compter

Un parti ou une chaîne peut parler quotidiennement des immigrés ou des musulmans comme d’un ensemble homogène. Les personnes visées, elles, ont des vies et des opinions différentes. Elles n’ont pas un porte-parole commun pour répondre.

Une étude présentée par l’Institut Convergences Migrations associe une couverture plus intense de l’immigration à une polarisation accrue, notamment lorsque le traitement est négatif. Cela ne signifie pas qu’une émission transforme automatiquement son public. La répétition et la sélection des sujets participent néanmoins à ce que l’on perçoit comme important.

Après l’examen de 168 heures d’antenne, l’Arcom a mis CNews en demeure en juin 2026. Elle a constaté un traitement régulièrement univoque de l’immigration et de l’islam, principalement sous l’angle de la menace sécuritaire.

Avoir une ligne conservatrice est permis. Présenter toujours une population comme une menace pose une autre question : quelle place reste-t-il pour ses autres réalités ?

On peut critiquer une religion ou une politique migratoire, même durement. La loi de 1881 sanctionne en revanche la provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence fondée notamment sur l’origine ou la religion. Tout discours choquant n’atteint pas ce seuil pénal.

Mais nous pouvons aussi discuter de ses effets avant une condamnation. C’est le cas des amendes proposées contre les femmes voilées et de cette habitude de réduire la politique à eux et nous.

Les violences, le déclassement et les services publics qui reculent sont des difficultés réelles. Attribuer l’ensemble à une origine ou une croyance ne nous rapproche pas de leur résolution. Cela expose surtout d’autres personnes à la suspicion. Parfois à la violence.

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