« Qu'est-ce qui est faux ? » : Bardella interpellé par Mediapart, Le Pen intervientInterpellé par Mediapart lors de la conférence de presse du RN du 6 octobre, Jordan Bardella conteste les messages antisémites qui lui sont attribués. Marine Le Pen intervient à son tour, mais une de ses affirmations judiciaires est démentie par La Croix.Jordan BardellaMarine Le Pen
Le RN propose de sanctionner le port du voile dans l’espace public. Mais comment une amende infligée à une femme pourrait-elle la protéger d’une contrainte qu’elle subit ?
Une femme est forcée de porter le voile. Pour l’aider, on lui infligerait une amende parce qu’elle le porte.
Il faut prendre un instant pour regarder ce que cela veut dire.
Le 30 août 2026, Jean-Philippe Tanguy a confirmé que le RN voulait interdire le voile islamique dans l’espace public et sanctionner les femmes concernées. Le montant de l’amende, les modalités de contrôle et le coût de la mesure restent inconnus. Jordan Bardella assure de son côté ne pas vouloir de « police du vêtement ».
Mais comment appliquer l’interdiction sans demander aux policiers de contrôler ce que portent les femmes ?
Qui serait sanctionné ?
Certaines femmes subissent des pressions familiales, religieuses ou sociales. Il faut pouvoir les protéger, leur permettre de parler, de travailler, de partir si elles le souhaitent.
L’amende proposée pose un autre problème. Si une femme porte le voile sous la contrainte, elle sanctionne la personne contrainte. Si elle le porte volontairement, elle lui retire ce choix.
Dans les deux situations, c’est elle qui doit payer.
On peut discuter du voile, de sa signification et des pressions qui l’entourent. Mais il faut expliquer en quoi cette sanction rendrait une femme plus autonome. Quel accompagnement ? Quelle protection contre ceux qui lui imposent une tenue ? À ce stade, ces réponses ne figurent pas dans un dispositif chiffré.
Ce que la laïcité permet
On l’oublie parfois : la neutralité s’impose à l’État et à ses agents. Elle ne s’impose pas de manière générale à tous les citoyens dans la rue.
Le site gouvernemental consacré à la laïcité rappelle la liberté de manifester ses convictions religieuses dans l’espace public, sous réserve de l’ordre public. L’article 1er de la Constitution garantit l’égalité sans distinction de religion. L’article 10 de la Déclaration de 1789 protège les opinions religieuses et leur manifestation dans les limites de l’ordre public établi par la loi.
La proposition du RN de 2021 associait déjà certaines « tenues islamistes » à une idéologie interdite. Marine Le Pen envisage désormais un référendum, selon Public Sénat.
Cela ne fait pas disparaître la question de fond : jusqu’où une majorité peut-elle restreindre les libertés d’une minorité ?
Ce que cette proposition produit dans le débat
Mon analyse est que cette mesure sert aussi à désigner un groupe dont il faudrait se protéger. Les musulmans se retrouvent au centre d’une nouvelle controverse. Et défendre la liberté d’une femme voilée peut être présenté comme défendre l’islamisme.
Pourtant, ce sont deux choses différentes.
Ce mécanisme rejoint celui décrit dans notre article sur l’immigration et la protection sociale et dans « À la fin, ça se terminera entre eux et nous ». On construit une séparation, puis on demande à chacun de choisir son côté.
Les femmes musulmanes parlent, votent et s’organisent. Mais elles ne disposent pas toutes des mêmes moyens pour se défendre face à cette mise en cause collective. La CNCDH recense 326 faits antimusulmans en 2025, en hausse de 88 %. Ce contexte compte aussi.
Et les électeurs du RN ?
On ne peut pas attribuer une motivation unique à des millions de personnes.
Dans le baromètre 2025 de la CNCDH, 54 % des proches du RN se disent « un peu » ou « plutôt » racistes. 92 % estiment qu’il y a trop d’immigrés en France. Mais 60 % souhaitent aussi une lutte vigoureuse contre le racisme et 58 % considèrent les Français musulmans comme des Français comme les autres.
Ces réponses peuvent coexister. On peut condamner le racisme en général et approuver une discrimination que l’on ne reconnaît pas comme telle.
D’autres motivations interviennent : pouvoir d’achat, insécurité, rejet des gouvernants. Ipsos relevait néanmoins que l’immigration était citée par 77 % des électeurs RN ou alliés parmi les déterminants de leur vote aux législatives de 2024.
Cela ne permet pas de juger chaque personne. Cela oblige à regarder le programme auquel le vote donne du pouvoir.
Ici, la proposition retire une liberté à des femmes en raison d’une pratique religieuse. C’est ce qui fonde son caractère discriminatoire. Et quand les musulmans sont traités comme un groupe naturellement extérieur à la communauté nationale, cette logique comporte une dimension raciste.
Alors discutons des contraintes, de l’égalité, de l’autonomie. Mais commençons par écouter les femmes concernées. Leur liberté mérite davantage qu’un débat dans lequel d’autres décident, à leur place, de ce qu’elles doivent porter.

















