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Les États-Unis sont bien plus endettés que la France. Alors pourquoi les marchés s’inquiètent-ils de nous ?

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 4 min de lecture

En bref

La dette fédérale brute américaine a dépassé **40 000 Md$ en 2026**, tandis que la dette publique française atteignait **3 536,1 Md€ au premier trimestre 2026**.

Ces deux montants ne couvrent pas le même périmètre et ne doivent pas être comparés directement.

La France cumule une croissance faible, un déficit primaire élevé et une banque centrale qu’elle ne contrôle pas seule.

Les États-Unis bénéficient du dollar, d’une économie plus dynamique et du marché obligataire le plus liquide au monde.

Leur déficit et leurs intérêts suivent pourtant une trajectoire plus lourde, avec une dette qui se refinance plus rapidement.

La France est aujourd’hui plus fragile ; la dette américaine est potentiellement plus dangereuse pour le système mondial.

Deux piles d’obligations publiques française et américaine comparées sur une balance, sans texte ni portrait
Deux piles d’obligations publiques française et américaine comparées sur une balance, sans texte ni portrait

Les États-Unis ont une dette considérable et une trajectoire préoccupante. La France peut pourtant être plus exposée à une crise de confiance. Pour comprendre, il faut regarder la croissance, les intérêts, la monnaie et le rythme auquel les emprunts sont renouvelés.

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Plus de 40 000 milliards de dollars de dette fédérale brute aux États-Unis durant l’été 2026. En France, 3 536,1 milliards d’euros de dette publique au premier trimestre, soit 117,5 % du PIB.

On peut regarder ces montants et chercher lequel est le plus inquiétant. Mais la taille du chiffre ne suffit pas. Une dette doit être financée dans une économie, une monnaie et des conditions précises. Reuters pose cette comparaison, tandis que l’Insee donne le montant français.

Les périmètres diffèrent déjà. La dette fédérale brute américaine comprend des titres détenus par des comptes publics fédéraux. Le Congressional Budget Office suit surtout la dette fédérale détenue par le public : sa prévision de février 2026 la situe à 101 % du PIB en 2026, puis 120 % en 2036.

Le chiffre français regroupe l’État, la Sécurité sociale et les collectivités. On ne compare donc pas exactement les mêmes comptes.

Ensuite, il y a ce que le pays produit et ce que ses emprunts lui coûtent.

Lorsque le PIB en valeur augmente, une même dette représente une part plus faible de la richesse produite. À l’inverse, des intérêts élevés et une faible croissance rendent l’ajustement plus difficile.

La croissance nominale française est estimée autour de 2,5 % en 2026, tandis que le taux à dix ans atteignait 4,21 % le 3 septembre, selon l’Agence France Trésor. Ce taux concerne les conditions de financement du moment, pas le coût de toute la dette déjà émise. Mais à mesure que les anciens emprunts sont remplacés, il pèse davantage.

Les États-Unis empruntaient autour de 4,75 % à dix ans à la même date. Leur croissance réelle et leur inflation étaient plus élevées. Cela aide leur PIB nominal à absorber la charge, sans suffire à stabiliser leur dette.

Ils disposent aussi du dollar.

Au quatrième trimestre 2025, il représentait 56,77 % des réserves de change mondiales, contre 20,25 % pour l’euro, selon le FMI. Cette demande, associée à un vaste marché obligataire, facilite le financement américain.

La Réserve fédérale peut intervenir lorsque ce marché se bloque. Cela ne rend pas l’emprunt gratuit : l’inflation, le taux de change et la confiance restent des contraintes.

La France emprunte en euros et bénéficie de la BCE. Mais elle ne contrôle pas seule cette banque centrale. Son action s’inscrit dans les règles collectives de l’Eurosystème.

Pour autant, les comptes américains ne sont pas rassurants. Le CBO prévoit un déficit fédéral de 5,8 % du PIB en 2026, dont 2,6 % avant intérêts. Les intérêts nets représenteraient 3,3 % du PIB, soit environ 1 000 milliards de dollars, avant de doubler en valeur d’ici 2036.

En France, les estimations citées placent le déficit public autour de 5,1 % du PIB en 2026, dont environ 3 % avant intérêts. Même sans nouveau choc, un déficit durable alimente les besoins d’emprunt, comme le montre notre analyse du budget 2027.

La France bénéficie toutefois d’un délai de transmission des taux. Fin juillet 2026, sa dette négociable avait une durée de vie moyenne de **8 ans et 163 jours**, contre environ six ans pour la dette américaine. Les nouveaux taux remplacent donc plus lentement les anciens.

La France paraît ainsi plus vulnérable à court terme : croissance faible et capacité monétaire partagée. Les États-Unis disposent de moyens de financement plus puissants, mais leurs déficits et leurs intérêts continuent de s’accumuler.

Le dollar leur donne davantage de marge. Il ne supprime pas ce qu’ils devront payer. Et une difficulté de financement américaine aurait une portée qui dépasserait largement leurs frontières.

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