Glucksmann promet jusqu’à 25 % aux enseignants : ses 6 milliards tiennent-ils ?Raphaël Glucksmann chiffre à 6 milliards d’euros une hausse d’au moins 10 % des salaires enseignants. L’enveloppe est plausible, mais la grille des bénéficiaires et le financement restent à écrire.Raphaël Glucksmannbudget 2027
Maud Bregeon chiffre à 15 milliards d’euros le coût d’une France sans budget en 2027. L’estimation officielle suppose en réalité une loi spéciale prolongée neuf à douze mois.
Maud Bregeon a affirmé le 31 août que l’absence de budget 2027 coûterait 15 milliards d’euros et porterait le déficit public à 5,9 % du PIB. Le chiffre vient bien d’un rapport officiel. Mais il correspond à une loi spéciale prolongée presque toute l’année, pas au simple fait de franchir le 1er janvier sans loi de finances.
Le scénario a perdu neuf mois en chemin
Dans son message publié le 31 août, la porte-parole du gouvernement résume le risque en deux nombres. L’Inspection générale des finances, dans son rapport du 20 août 2026, étudie pourtant un cas plus précis : des « services votés » pendant neuf à douze mois, en raison du calendrier présidentiel et d’éventuelles législatives.
Pour une année entière sous ce régime, l’IGF estime une dégradation minimale de 0,5 point de PIB, soit environ 15 milliards d’euros, par rapport à un scénario comprenant des mesures de redressement. Le déficit atteindrait alors 5,9 % du PIB en 2027.
Le chiffre n’est donc pas inventé. Son étiquette a simplement été raccourcie. Quelques semaines sans budget et une année presque complète sous loi spéciale ne produisent pas le même coût.
Une loi spéciale maintient l’État, mais le fige
En l’absence de loi de finances au 1er janvier, une loi spéciale autorise la perception des impôts et l’emprunt. Des décrets ouvrent les crédits correspondant aux « services votés », limités à ce qui est indispensable à la continuité de l’État. Vie-publique détaille ce mécanisme.
Les salaires des agents publics et les prestations existantes ne s’évanouissent donc pas à minuit. En revanche, le gouvernement ne peut pas déployer normalement de nouveaux crédits, modifier la fiscalité ou adopter les économies prévues dans le budget.
C’est là que se forme le surcoût. Les dépenses sociales et les intérêts progressent spontanément, tandis que les mesures nouvelles de freinage disparaissent. L’IGF chiffre notamment à 4,9 milliards d’euros en 2027 l’effet de la revalorisation automatique des pensions de base. Les programmes d’armement, certains chantiers, MaPrimeRénov’ ou des aides agricoles pourraient parallèlement être retardés : davantage de déficit ne signifie donc pas davantage de services partout.
Le risque est réel, l’usage politique aussi
Le meilleur argument du gouvernement est robuste. Une loi spéciale conçue comme un pont de quelques semaines devient dangereuse si elle sert de route pendant presque un an. Elle empêche de choisir, fragilise les secteurs dépendants de la commande publique et peut augmenter l’incertitude financière.
Mais présenter 15 milliards d’euros comme le prix automatique de toute « absence de budget » efface la durée et le scénario de comparaison. Le montant mesure surtout l’écart entre une année figée et un budget supposé contenir des mesures de redressement. Il ne prouve pas que n’importe quel projet de loi de finances ferait économiser cette somme, ni que les économies choisies seraient socialement préférables.
Le débat utile ne consiste donc pas à opposer budget et néant. Il porte sur le contenu du budget, la durée probable de la loi spéciale et la répartition de l’effort. Notre analyse de la cible de déficit pour 2027 montrait déjà qu’un chiffre de solde ne dit jamais qui paie. Les 15 milliards de Maud Bregeon confirment la règle : un nombre peut être exact et néanmoins raconter un scénario plus simple que celui qu’il mesure.





