Opinion

Latifa Ibn Ziaten porte le voile. Elle combat l’islamisme depuis qu’il a tué son fils

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 4 min de lecture

En bref

Raphaël Glucksmann a interrogé le RN sur les conséquences de son projet pour Latifa Ibn Ziaten.

Son fils Imad a été assassiné par Mohammed Merah en mars 2012.

Elle a fondé l’association IMAD pour la jeunesse et la paix.

Elle intervient auprès des jeunes pour prévenir la radicalisation et favoriser le dialogue.

Son parcours contredit l’attribution automatique d’une idéologie à un foulard.

Les libertés des autres femmes ne doivent pas dépendre d’un parcours exceptionnel.

Illustration symbolique d’une femme portant un foulard face à une ligne de contrôle dans une rue française
Illustration symbolique d’une femme portant un foulard face à une ligne de contrôle dans une rue française

En évoquant Latifa Ibn Ziaten face au projet d’interdiction du voile, Raphaël Glucksmann remet une personne derrière un symbole. Son parcours oblige à regarder ce que la mesure ferait concrètement.

Latifa Ibn ZiatenMarine Le PenPrésidentielle 2027RNRaphaël Glucksmannlaïcitéopinionradicalisationvoile islamique

Latifa Ibn Ziaten porte un foulard. Son fils a été assassiné par un terroriste islamiste. Depuis, elle va à la rencontre des jeunes pour tenter d’empêcher que cela recommence.

Alors Raphaël Glucksmann a posé une question au RN : son projet d’interdiction du voile conduirait-il à la verbaliser, elle aussi ?

Si l’interdiction générale annoncée s’appliquait telle quelle, son engagement ne changerait rien. C’est le foulard qui serait sanctionné.

Nous avons déjà expliqué les contradictions de cette proposition. Mais pour comprendre ce qu’elle ferait concrètement, il faut prendre le temps de regarder le parcours de cette femme.

Comprendre après la mort de son fils

Latifa Ibn Ziaten est née à Tétouan, au Maroc, en 1960. À 17 ans, elle rejoint son mari à Sotteville-lès-Rouen. Elle apprend le français, travaille et élève cinq enfants.

Le 11 mars 2012, son fils Imad est assassiné à Toulouse par Mohammed Merah. Il a 30 ans. Il est maréchal des logis-chef au 1er régiment du train parachutiste et devient la première victime des attentats de Toulouse et Montauban.

Quelques semaines plus tard, elle crée l’association IMAD pour la jeunesse et la paix. Elle se rend dans le quartier des Izards, où a grandi le meurtrier de son fils, pour comprendre comment un jeune Français a pu devenir un terroriste.

Comprendre. Même après ça.

Ce travail, elle le poursuit dans les établissements scolaires, les prisons et les quartiers populaires. Elle parle de fanatisme, de laïcité, de respect des différences et d’engagement citoyen. Elle rencontre ceux qu’il faut encore convaincre, ceux avec qui il faut maintenir une discussion.

Un engagement qui se voit dans les actes

En avril 2026, son association a accompagné 18 jeunes au 1er régiment du train parachutiste, le régiment d’Imad.

Ils y ont découvert la discipline militaire, les premiers secours, le devoir de mémoire et l’engagement collectif. Des expériences concrètes, avec des personnes que ces jeunes n’auraient peut-être jamais rencontrées autrement.

Voilà ce que fait Latifa Ibn Ziaten. Et pourtant, dans le débat sur l’interdiction du voile, tout cela peut disparaître derrière ce qu’elle porte sur la tête.

Ce qu’un vêtement ne raconte pas

On parle souvent des femmes voilées comme si elles pensaient toutes la même chose. Comme si leur rapport à la religion, à la France, à leur famille ou à la liberté pouvait se lire immédiatement.

Nous faisons facilement ce genre de raccourci. Nous voyons un signe, nous lui attribuons une signification, puis nous croyons connaître la personne.

Le parcours de Latifa Ibn Ziaten oblige à s’arrêter. Son foulard n’efface ni son engagement contre la radicalisation, ni son attachement à la France, ni le travail qu’elle mène depuis quatorze ans.

Le RN peut considérer que le voile est toujours un symbole politique. Mais c’est précisément ce choix qui pose problème : il attribue une idéologie à une personne sans regarder ses actes. On retrouve cette manière de séparer la société entre « eux » et « nous », jusqu’à ne plus voir les individus.

Les mêmes droits pour une femme inconnue

Il faut aussi faire attention à la manière dont nous utilisons son histoire.

Latifa Ibn Ziaten ne devrait pas conserver sa liberté parce qu’elle aurait un parcours plus admirable qu’une autre. Une femme sans association, sans reconnaissance publique et sans fils militaire possède les mêmes droits.

Son exemple aide à comprendre les conséquences d’une interdiction générale. Il ne doit pas servir à trier les femmes qui mériteraient une exception.

Alors regardons ce que l’on propose réellement : contrôler une femme dans la rue, puis la sanctionner pour son foulard, indépendamment de ce qu’elle fait ou de ce qu’elle pense. Et demandons-nous en quoi cela nous aide à combattre ceux qui imposent leurs croyances par la violence.

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire

Recevez toutes les semaines une sélection de sujets.

Un lien de confirmation, puis la lettre, une fois par semaine. Désinscription en un clic. Confidentialité.

Reels

Un chiffre, un mécanisme, une décision.

PolitiqueÉducationPolitique françaiseRassemblement national

Voir tous les reels

À suivre