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« Dites-le-nous une fois » : Marine Tondelier promet surtout de faire fonctionner l’État

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 5 min de lecture

Illustration éditoriale horizontale de services publics reliés par des échanges de données sécurisés
Illustration éditoriale horizontale de services publics reliés par des échanges de données sécurisés

Marine Tondelier veut que l’administration réutilise les informations qu’elle possède déjà. Le principe existe dans le droit français ; sa réussite dépend désormais des systèmes informatiques, de la protection des données et du maintien d’un accompagnement humain.

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Marine Tondelier veut que l’administration réutilise les informations qu’elle possède déjà. La mesure peut économiser du temps aux ménages, aux entreprises et aux agents publics. Le droit français prévoit déjà ce principe : le programme commence donc avec son exécution.

Une promesse formulée devant le Medef

Le 27 août 2026, Marine Tondelier a distingué la simplification administrative de la déréglementation environnementale dans son intervention filmée devant le Medef. Selon le compte rendu du débat publié par Le Monde, elle estime que l’État devrait cesser de demander une information déjà connue des impôts, de la CAF ou d’un autre service.

La distinction compte. Une norme fixe un objectif, comme la sécurité d’une machine ou la qualité de l’eau. Une formalité sert à prouver son respect. L’administration peut alléger la preuve tout en conservant la protection.

Le principe « dites-le-nous une fois » figure déjà dans le code des relations entre le public et l’administration. La direction interministérielle du numérique accompagne les échanges de données entre services pour les particuliers, les associations et les entreprises.

Marine Tondelier fixe donc une destination connue. L’enjeu porte sur la vitesse, les moyens et la sécurité du trajet.

Le temps administratif possède une valeur

Un formulaire produit un contrôle ou ouvre un droit. Sa recopie ne produit aucun soin, aucune marchandise et aucun logement.

Pour une petite entreprise, la répétition mobilise le dirigeant, le comptable et parfois un prestataire. Pour un particulier, elle peut retarder une inscription ou conduire à l’abandon d’une aide.

Les échanges automatiques réduisent aussi les erreurs de saisie. La DINUM a déjà déployé la transmission du quotient familial de la CAF et de la MSA. Elle a ouvert le 10 juillet 2026 un calcul automatique des tarifs de crèche.

Une donnée exacte qui arrive au bon endroit suffit parfois à moderniser l’État. L’intelligence artificielle peut garder ses alexandrins pour plus tard.

Le préremplissage peut également réduire le non-recours aux prestations sociales. Cet enjeu complète celui du plein-emploi et de l’accompagnement par France Travail : une politique produit ses effets lorsque le public concerné accède réellement au service.

Une même donnée peut désigner plusieurs réalités

La généralisation avance lentement pour des raisons concrètes.

Le mot « revenu » peut désigner le revenu fiscal de référence, les ressources des trois derniers mois, le chiffre d’affaires ou le bénéfice. Chaque dispositif utilise sa période et sa définition.

La fraîcheur pose une autre difficulté. Une adresse, un emploi ou une situation familiale évoluent. Le système doit afficher la date de la donnée et permettre sa correction.

Les logiciels constituent enfin une contrainte matérielle. Ministères, collectivités et organismes sociaux utilisent des systèmes construits à des époques différentes. Ajouter une interface exige des juristes, des informaticiens, des agents métier et un budget de maintenance.

Une case supprimée sur un écran demande parfois plusieurs mois de travail invisible.

Partager le nécessaire, protéger le reste

Pour calculer un tarif de transport, une administration peut recevoir une tranche de revenu plutôt que l’ensemble du dossier fiscal. Le RGPD impose une finalité précise et la minimisation des informations échangées.

La bonne architecture ressemble à un réseau de coffres. Chaque organisme conserve ses données et transmet uniquement la réponse nécessaire. Les accès sont tracés, les durées de conservation limitées et l’usager informé.

La CNIL encadre les échanges entre administrations. Cette protection réduit aussi les conséquences d’une attaque informatique : une base centrale réunissant toute la vie administrative d’une personne créerait une cible idéale.

Les erreurs réclament la même attention. Une adresse fausse peut se propager à plusieurs décisions. L’usager doit connaître la source et disposer d’un point de correction clair.

Simplifier sans supprimer le guichet

Une démarche fluide pour la majorité peut devenir opaque pour une personne âgée, handicapée, mal équipée ou peu à l’aise avec le français.

L’automatisation supprime la répétition. Un interlocuteur humain traite les exceptions et les données contestées. Un artisan doit aussi bénéficier du même gain qu’une grande société, grâce à des formats ouverts et une procédure alternative.

Cette frontière rejoint notre analyse de la loi d’urgence agricole : simplifier une formalité apporte un gain réel ; supprimer une protection liée à l’eau ou à la santé change l’objectif. Elle concerne aussi les quotas d’immigration de travail, dont l’application dépend de données fiables sur les métiers et les personnes déjà présentes.

Un programme crédible publierait, pour chaque démarche, le nombre de champs supprimés, le temps économisé, le taux d’erreur et le coût informatique. Chaque décision automatisée indiquerait la donnée utilisée, sa source, sa date et la procédure de rectification.

Marine Tondelier défend un objectif utile. Sa nouveauté politique réside dans les moyens consacrés à son application. La simplification réussie demande un État capable de savoir ce qu’il sait, de partager uniquement le nécessaire et de réparer rapidement ce qu’il sait mal.

Sources complémentaires