Actualités

Édouard Philippe veut supprimer 50 milliards d’impôts : qui va vraiment payer ?

Tous les articles · Aymeric Fraincart · · 4 min de lecture

En bref

Édouard Philippe propose une baisse annuelle de 50 milliards d’euros des impôts de production.

Il veut la financer par une réduction équivalente des aides aux entreprises.

Les impôts de production peuvent peser même en l’absence de bénéfice.

Le total des aides souvent cité mélange des instruments aux coûts publics différents.

Le résultat dépendra des dispositifs supprimés et des secteurs concernés.

Les collectivités qui perçoivent certains impôts devront aussi être prises en compte.

Illustration éditoriale horizontale d’une balance entre impôts de production et aides aux entreprises
Illustration éditoriale horizontale d’une balance entre impôts de production et aides aux entreprises

La proposition échange 50 milliards d’impôts de production contre 50 milliards d’aides aux entreprises. Même si les comptes publics s’équilibraient, les effets seraient très différents selon les secteurs.

aides aux entreprisesfiscalitéimpôts de productionindustrieÉdouard Philippe

L’État prélève des impôts sur les entreprises. Puis il leur redistribue de l’argent à travers des aides, des exonérations, des dispositifs dont on finit par ne plus comprendre l’ensemble.

Édouard Philippe propose de simplifier : 50 milliards d’euros d’impôts de production en moins, financés par 50 milliards d’euros d’aides aux entreprises en moins, chaque année.

Présentée devant le Medef le 27 août 2026, dans une intervention diffusée par Horizons, l’idée semble équilibrée. On retire autant d’un côté que de l’autre.

Mais les entreprises qui paient ces impôts ne sont pas forcément celles qui reçoivent les aides supprimées.

Des impôts même lorsque l’entreprise ne gagne pas d’argent

Les impôts de production portent notamment sur la masse salariale, le chiffre d’affaires, la valeur ajoutée ou le foncier. Ils ne dépendent pas tous du bénéfice.

Une entreprise peut donc devoir payer certaines taxes alors que son activité ne lui permet pas de dégager un résultat positif.

D’après les données de l’Insee analysées par FIPECO, les entreprises en ont acquitté 86,8 milliards d’euros en 2024, soit 3 % du PIB. En retirer 50 milliards représente près de 58 % de ce montant.

Ce serait un changement important. Pour certaines activités industrielles, réduire ces charges peut améliorer la trésorerie, faciliter un investissement ou rendre une implantation plus attractive.

La compétitivité dépend aussi d’autres dépenses, comme nous l’expliquons dans l’article sur l’électricité industrielle à 50 €/MWh. Mais la fiscalité fait bien partie de l’équation.

De quelles aides parle-t-on ?

Le chiffre de 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises en 2023 revient souvent. Il provient d’une estimation du Sénat, dans un périmètre large. Le rapport distingue aussi 108 milliards d’aides au sens strict.

Ces montants regroupent des choses différentes : subventions, avantages fiscaux, allègements de cotisations, prêts ou garanties.

Un prêt remboursé ne coûte pas à l’État tout le montant prêté. Une garantie peut ne jamais être appelée. Supprimer une exonération, en revanche, augmente le prélèvement payé par l’entreprise qui en bénéficiait.

Il ne suffit donc pas de prendre 50 milliards dans le total affiché pour obtenir 50 milliards d’économies réelles. Il faut connaître les dispositifs et leur coût.

Une usine et une entreprise de nettoyage ne seraient pas touchées de la même manière

Imaginons une entreprise industrielle qui possède des bâtiments et paie des impôts de production importants. Elle pourrait gagner à leur suppression.

Une entreprise de nettoyage ou d’aide à domicile emploie davantage de salariés proches du salaire minimum. Si le financement passe par une réduction des allègements de cotisations sur les bas salaires, son coût du travail pourrait augmenter.

Le total public pourrait rester identique, avec des gagnants et des perdants très différents.

Ce choix peut correspondre à une stratégie industrielle. Mais il faut le présenter comme tel, avec ses conséquences pour l’emploi et les prix dans les autres secteurs.

Toutes les aides ciblées ne se valent pas non plus. Certaines financent peu d’activité supplémentaire. D’autres soutiennent la recherche, l’apprentissage ou la décarbonation. Les supprimer n’a pas les mêmes effets. C’est aussi la question que pose l’évaluation du Pacte Dutreil.

Et les collectivités ?

Une partie des impôts de production finance les collectivités territoriales. Si cette recette disparaît, il faut prévoir une compensation, une autre ressource ou une diminution de leurs dépenses.

Derrière, il peut y avoir des services et des investissements locaux. Le calcul ne s’arrête donc pas aux comptes des entreprises.

La proposition d’Édouard Philippe mérite d’être examinée parce qu’elle pose la question de l’utilité de ce que nous prélevons et redistribuons. Pour avancer, il nous faut désormais la liste des impôts réduits et celle des aides supprimées, avec leurs bénéficiaires.

C’est là que nous verrons ce que les 50 milliards changent réellement : pour une usine qui investit, un salarié dont l’emploi devient plus coûteux ou une commune qui finance ses équipements.

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire

Recevez toutes les semaines une sélection de sujets.

Un lien de confirmation, puis la lettre, une fois par semaine. Désinscription en un clic. Confidentialité.

Reels

Un chiffre, un mécanisme, une décision.

PolitiqueÉducationPolitique françaiseRassemblement national

Voir tous les reels

À suivre