Contre-budget écologiste : ils promettent des milliards, mais l’addition manque toujoursLes Écologistes proposent 10 milliards d’euros supplémentaires pour le climat, financés notamment par les très gros héritages et les superprofits pétro-gaziers. Plusieurs mesures sont chiffrées, mais la trajectoire budgétaire globale n’est pas encore publiée.Les Écologistesbudget 2027
La chaleur et la sécheresse ne produisent pas seulement des images de champs brûlés. Elles déclenchent une chaîne comptable : production perdue, aides publiques, assurances, prix et dépenses pour éviter de recommencer l’année suivante.
Plus d’un milliard d’euros d’aides. Au moins dix milliards de pertes agricoles. Et, derrière, une question simple : qui paie l’été 2026 ?
La réponse n’est pas « le climat ». Le climat ne tient pas de compte bancaire. La facture se répartit entre les exploitations, l’État, les assureurs, les ménages et les collectivités. Pas au même moment, pas dans les mêmes proportions.
La chaleur commence dans les champs
Sécheresse, chaleur et incendies font baisser des rendements, réduisent les pâturages et obligent les éleveurs à acheter davantage d’aliments. Ils perturbent aussi les semis de l’année suivante. Au 15 août, 64 % des points de suivi des nappes étaient sous les normales mensuelles : le bulletin du BRGM décrit une ressource en eau déjà dégradée.
La FNSEA estime les pertes de production de l’été à au moins 10 Md€, dont plus de 5 Md€ dans les grandes cultures et plus de 5 Md€ dans l’élevage, selon Reuters. Ce n’est pas une dépense publique. C’est une estimation de valeur qui ne sera pas produite, donc de chiffre d’affaires et de revenu en moins.
La différence compte. Une perte de 10 Md€ ne devient pas automatiquement un chèque de 10 Md€ de l’État. Elle devient d’abord une difficulté de trésorerie, un crédit qui ne se rembourse plus, une exploitation qui reporte un investissement ou, parfois, une ferme qui ne repart pas.
Ensuite, l’État amortit le choc
Le gouvernement a annoncé un plan supérieur à 1 Md€. Il comprend notamment une estimation de 520 M€ pour l’indemnité de solidarité nationale, 235 M€ pour redémarrer les exploitations, des dégrèvements de taxe foncière, des allégements de cotisations et le maintien d’aides aux engrais et au gazole agricole. Le détail du ministère de l’Agriculture mélange toutefois des indemnités, des impôts abandonnés, des prolongations de dispositifs et des financements partagés.
Le milliard n’efface donc pas les 10 Md€ de pertes. Il évite surtout que les exploitations les plus touchées tombent immédiatement. On l’a vu dans notre article sur la loi d’urgence agricole : sauver une récolte ou une trésorerie ne suffit pas à sécuriser durablement un revenu.
L’indemnité de solidarité nationale existe précisément pour les cultures non assurées touchées par un aléa exceptionnel. Le guichet 2026 est déjà ouvert. La sécheresse finit donc bien, en partie, dans les finances publiques.
Les prix alimentaires peuvent suivre, mais pas mécaniquement
Une mauvaise récolte française ne fait pas automatiquement monter, le lendemain, le prix du paquet de pâtes. Les stocks, les contrats d’approvisionnement, la transformation, les importations, le niveau des récoltes à l’étranger et les marges de distribution comptent aussi.
Mais les mécanismes existent. Moins de fourrage augmente le coût de l’élevage. Moins de fruits et légumes locaux réduit l’offre saisonnière. Et lorsque plusieurs pays connaissent la même sécheresse, les importations deviennent plus chères.
La FAO relevait en juin que la facture mondiale des importations alimentaires avait atteint un record en 2025, tirée notamment par le café, le cacao, les épices, les produits animaux, le poisson et les fruits et légumes. L’énergie, le fret et les tensions géopolitiques peuvent amplifier ces effets.
Il faut donc éviter les deux raccourcis. Dire que « la sécheresse va faire exploser les courses » est trop affirmatif : le passage à la caisse dépend du produit et du marché. Dire que les prix n’ont pas explosé partout, donc que le climat ne coûte rien, est tout aussi faux. Une partie du coût est déjà dans la production perdue et les aides versées.
Quand l’assurance prend le relais, la cotisation finit par suivre
Le même mécanisme touche les logements, les entreprises et les communes. Sécheresse et retrait-gonflement des argiles, incendies, inondations : les assureurs indemnisent, se réassurent, puis adaptent leurs tarifs ou leurs garanties.
Le coût annuel moyen des sinistres climatiques en France est passé de 1,5 Md€ en 1990 à 5 Md€ en 2024, selon les chiffres repris par l’Assemblée nationale. Les dégâts cumulés liés aux aléas naturels pourraient atteindre 143 Md€ entre 2020 et 2050, contre 74,1 Md€ entre 1989 et 2019. Le risque sécheresse est celui qui progresse le plus.
Ces projections ne donnent pas le prix de l’assurance habitation de demain. Elles montrent une pression durable sur le régime CatNat, la réassurance et l’assurabilité de certains territoires. Une maison difficile à assurer perd aussi de la valeur. La facture ne disparaît pas parce qu’elle n’est pas libellée « climat ».
Le choix budgétaire est là : payer après ou payer avant
La France a déjà un plan d’adaptation à +4 °C. Mais ses moyens restent incomplets : 2,3 Md€ supplémentaires par an seraient nécessaires, selon les rapporteurs de l’Assemblée, pour 18 mesures prioritaires sur l’eau, les îlots de chaleur, le littoral et la montagne. Les 52 mesures du plan, elles, ne sont pas toutes chiffrées.
Aider une exploitation à survivre est nécessaire. Financer des sols qui retiennent mieux l’eau, des réseaux moins fuyards, des bâtiments plus frais ou des dispositifs assurantiels viables l’est aussi. Notre article sur les aides après les incendies posait déjà la même alternative : repartir, oui. Préparer l’été suivant, surtout.
L’été 2026 est donc à la fois une catastrophe climatique et une facture budgétaire. Le premier mot décrit le choc. Le second désigne ce que nous faisons, collectivement, de ses conséquences.


















