La démocratie doit-elle tendre le micro à ceux qui veulent réduire les droits des autres ?Une démocratie doit laisser s’exprimer les idées qui la contestent. Mais la liberté d’expression donne-t-elle un droit au plateau de télévision, à la répétition et à la complaisance ? Entre censurer une opinion et la rendre normale, les médias ont une responsabilité qu’ils ne peuvent pas abandonner au nom du pluralisme.Arcomdémocratie
Manon Aubry défend l’expression « nuisibles à l’économie » à propos des milliardaires. On peut contester la concentration des richesses et vouloir la réduire. Cela ne dispense pas d’expliquer ce que l’on reproche aux personnes concernées.
On peut vouloir taxer davantage les milliardaires. On peut s’inquiéter de leur influence dans les médias, contester leurs avantages fiscaux, considérer que trop de pouvoir économique se retrouve entre trop peu de mains. Mais a-t-on besoin, pour cela, de qualifier les personnes de nuisibles ?
Dans sa tribune du 31 août, Manon Aubry défend l’expression « nuisibles à l’économie ». À l’économie, donc. Cette précision fait partie de son argument et on ne peut pas la retirer pour lui faire dire autre chose.
Reste que la formule désigne toute une catégorie de personnes. Elle ne décrit pas une pratique précise, un montage fiscal ou une décision dont on pourrait mesurer les conséquences. Le montant d’une fortune ne suffit pourtant pas à démontrer tout ce que fait son détenteur.
Est-ce la même chose que le racisme ? Non. Une position économique n’est pas une origine. Réduire un patrimoine par l’impôt et restreindre les droits d’une personne pour son ascendance ne relèvent pas de la même logique. Les milliardaires disposent aussi de moyens considérables pour défendre leurs intérêts et peser sur le débat.
Mais reconnaître cette différence ne nous oblige pas à trouver la formule juste.
On peut défendre une fiscalité radicale en expliquant ce que l’on veut prélever, sur quels patrimoines, pour financer quoi. On peut documenter une concentration des médias, un avantage fiscal, un rapport de force. C’est même là que la critique devient utile : lorsque l’on comprend le mécanisme et ce qu’il faudrait changer.
Sinon, on retrouve assez vite une habitude que l’on connaît bien. Désigner un groupe, lui attribuer nos difficultés, laisser le lecteur faire le reste. La logique du eux et nous n’aide pas beaucoup à comprendre les règles qui produisent ces écarts de richesse.
La critique du pouvoir économique est nécessaire. La critique des discours stigmatisants l’est aussi. On peut tenir les deux. Et demander à une gauche qui défend la justice sociale de parler précisément des injustices qu’elle veut corriger.
Aymeric Fraincart, assisté par IA.


















