De la colère sociale au pouvoir : comment l’extrême droite s’imposeLes crises économiques ne suffisent pas à expliquer le vote d’extrême droite. De la sociologie des électeurs RN aux calculs des élites allemandes, comprendre comment une colère sociale se transforme en pouvoir.Allemagnedémocratie
David Lisnard propose de réduire l’immigration légale et cible une immigration qu’il qualifie d’« arabo-musulmane ». Le nombre d’entrées et l’identité supposée des personnes sont deux critères différents. Son entretien sur CNews les rapproche.
Le 3 septembre 2026, sur CNews et Europe 1, David Lisnard demande de « couper le robinet de l’immigration arabo-musulmane ». Quelques secondes plus tard, il défend un « droit au peuplement ». L’enchaînement est visible dans le replay à partir de 12 min 41 s.
On peut débattre de l’immigration. Du nombre d’entrées, des conditions d’accueil, des besoins du pays. Mais ici, le maire de Cannes ne parle pas seulement d’un volume. Il désigne une origine et une religion supposées.
Et cela change le sujet.
Le droit au peuplement n’est pas un principe reconnu du droit français. C’est une formule politique. L’État dispose déjà du pouvoir de fixer les conditions d’entrée et de séjour des étrangers. Le Conseil constitutionnel le rappelle depuis 1993 : il n’existe pas de droit général et absolu pour un étranger d’entrer ou de résider en France.
Ce pouvoir doit cependant respecter d’autres droits et obligations, notamment l’asile et la vie familiale.
David Lisnard veut ramener l’immigration légale sous les 100 000 entrées annuelles, instaurer des quotas et faire primer le droit national. Son mouvement reprend ces propositions dans son compte rendu de l’entretien.
Pour situer ce seuil, le ministère de l’Intérieur recense 377 462 premiers titres de séjour délivrés en 2025 à des ressortissants de pays tiers. Ces données provisoires comprennent notamment 116 835 titres étudiants, 90 959 familiaux, 88 001 humanitaires et 50 848 économiques.
Ce sont des situations différentes. Venir étudier, rejoindre sa famille, travailler ou bénéficier d’une protection ne répond pas au même motif. Et un premier titre de séjour ne signifie pas une installation définitive : un étudiant peut repartir.
On ne peut pas non plus additionner sans précaution les chiffres de l’asile et ceux des titres humanitaires. Une même personne peut apparaître dans les deux, à des étapes différentes.
Mais surtout, ces statistiques ne classent pas les personnes comme arabes ou musulmanes. Les ressortissants algériens, marocains et tunisiens ont reçu 84 714 premiers titres en 2025. Leur nationalité ne permet pas de déduire leur religion, ni de leur attribuer automatiquement une origine ethnique.
Alors comment appliquer le critère évoqué ? En supposant une croyance à partir d’un pays, d’un nom, d’une apparence ? C’est précisément ce que cette formulation introduit dans le débat.
Déterminer des besoins de recrutement, comme dans les quotas d’immigration de travail, n’est pas sélectionner les personnes selon une identité présumée.
Lisnard ne propose pas formellement de quitter l’Union européenne. Il veut en revanche modifier la Constitution et donner la priorité au droit national en matière migratoire. Une révision française ne supprimerait pas, à elle seule, les engagements européens et internationaux de la France. Les faire évoluer suppose des négociations ou des ruptures juridiques ; les ignorer expose à des conflits.
On retrouve ici un glissement déjà présent dans les discours identitaires à l’antenne. On commence par discuter de règles d’entrée. Puis on désigne des personnes par ce que l’on suppose qu’elles sont.
Contrôler un flux migratoire et choisir une population selon son origine ou sa religion ne sont pas deux formulations interchangeables. Pour ceux qui seront jugés sur cette identité supposée, la différence est très concrète.


















