Bardella en Angleterre : arrêter les bateaux, renvoyer les migrants… en FranceÀ Birmingham, Jordan Bardella promet d’arrêter les traversées avec Nigel Farage. Leur accord prévoit des retours vers la France : un problème réel, des chiffres en baisse et une efficacité qui reste à démontrer.Jordan BardellaNigel Farage
Sur CNews, David Lisnard a défendu un « droit au peuplement » après avoir ciblé l’immigration « arabo-musulmane ». Cette formule dépasse la seule maîtrise des flux : elle pose la question d’une sélection de la population selon l’origine et la religion supposées.
Le 3 septembre 2026, dans La Grande Interview de CNews et Europe 1, David Lisnard demande de « couper le robinet de l’immigration arabo-musulmane ». Quelques secondes plus tard, le maire de Cannes et candidat à l’élection présidentielle défend un « droit au peuplement ».
L’enchaînement est visible dans le replay de l’entretien, à partir de 12 min 41 s. Il empêche de présenter le mot « peuplement » comme un simple synonyme de politique migratoire : Lisnard ne parle pas seulement du nombre d’entrées, mais aussi de l’origine et de la religion supposées des nouveaux arrivants.
Un slogan, pas un droit
Le « droit au peuplement » n’est ni un principe constitutionnel reconnu ni une catégorie du droit français. C’est une formule politique.
L’État peut déjà fixer les conditions d’entrée et de séjour des étrangers. Le Conseil constitutionnel le rappelle depuis 1993 : aucun principe ne garantit aux étrangers un droit général et absolu d’entrer ou de résider en France. Le législateur doit cependant respecter le droit d’asile, la vie familiale, l’égalité et les engagements internationaux de la France.
Le meilleur argument de Lisnard est donc recevable : une démocratie peut débattre du volume de l’immigration, établir des critères et déterminer ses besoins économiques. C’est notamment tout l’enjeu des quotas d’immigration de travail.
Mais « immigration » désigne un mouvement de personnes. « Peuplement » désigne la composition durable d’un territoire. Accolé à la catégorie « arabo-musulmane », le terme déplace le débat : il ne s’agit plus seulement de contrôler un flux, mais de sélectionner une population selon une origine et une croyance présumées.
Les chiffres ne mesurent pas les « arabo-musulmans »
Lisnard propose de ramener l’immigration légale sous les 100 000 entrées par an. Son mouvement reprend cette proposition, ainsi que l’instauration de quotas et la primauté du droit national, dans son compte rendu officiel de l’entretien.
Selon les données provisoires du ministère de l’Intérieur, 377 462 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025 à des ressortissants de pays tiers. Ils comprennent notamment 116 835 titres étudiants, 90 959 familiaux, 88 001 humanitaires et 50 848 économiques.
Ce total ne correspond pas à 377 462 installations définitives. Un étudiant peut repartir et une personne protégée peut apparaître successivement dans les statistiques de l’asile puis dans celles des titres humanitaires. Additionner toutes les catégories sans suivre les personnes produit un chiffre spectaculaire, pas une mesure propre du « peuplement ».
Surtout, les statistiques officielles ne classent les individus ni comme « arabes » ni comme « musulmans ». Les ressortissants algériens, marocains et tunisiens ont reçu 84 714 premiers titres en 2025, mais une nationalité ne démontre ni une origine ethnique ni une religion. Le critère brandi par Lisnard n’est donc pas seulement contestable : il est impossible à appliquer proprement sans assigner les personnes à une identité supposée.
Pas de Frexit annoncé, mais un conflit européen
David Lisnard ne propose pas formellement de quitter l’Union européenne. Il réclame cependant la primauté du droit national en matière migratoire et veut modifier la Constitution pour sortir de « l’étau des jurisprudences européennes ».
Une révision constitutionnelle modifierait certains arbitrages internes. Elle n’effacerait pas les obligations issues du droit de l’Union, de la Convention européenne des droits de l’homme ou de la Convention de Genève. Pour imposer systématiquement la loi française contre ces textes, il faudrait les renégocier, accepter de les violer ou quitter les organisations concernées.
La conclusion est plus précise qu’une accusation de « grand remplacement ». Débattre du nombre d’entrées est légitime. Désigner une immigration par une origine et une religion supposées, puis parler de « peuplement », installe un critère ethnoculturel au cœur de la politique publique. C’est ce glissement, déjà visible dans le durcissement du débat identitaire à l’antenne, que la formule de David Lisnard révèle.


















