David Lisnard et le « droit au peuplement » : contrôler l’immigration ou choisir la population ?Sur CNews, David Lisnard a défendu un « droit au peuplement » après avoir ciblé l’immigration « arabo-musulmane ». Cette formule dépasse la seule maîtrise des flux : elle pose la question d’une sélection de la population selon l’origine et la religion supposées.CNewsDavid Lisnard
Vincent Bolloré assure ne pas faire de politique. L’Institut de l’Espérance qu’il préside a pourtant produit un manifeste d’une centaine de mesures mêlant retraite à 67 ans, abrogation des 35 heures, préférence nationale, recul des protections de l’IVG et rupture avec l’Union européenne.
Le 24 mars 2026, devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, Vincent Bolloré affirme : « Non, je ne fais pas de politique. » Deux mois plus tard, les invités de son Institut de l’Espérance découvrent à côté de leur assiette un document de 36 pages réunissant une centaine de propositions pour la France.
Ce n’est officiellement ni un parti ni un programme présidentiel. Cela y ressemble pourtant suffisamment pour prévoir la retraite à 67 ans, l’abrogation des 35 heures, la préférence nationale dans le logement social et une rupture avec la construction européenne. Pour quelqu’un qui ne fait pas de politique, le service après-vente est déjà bien avancé.
Un institut chrétien et cent mesures très terrestres
L’Institut de l’Espérance a été créé le 11 avril 2025 et publié au Journal officiel le 22 avril. Son objet déclaré consiste à réunir, dans un cadre « d’inspiration chrétienne », des personnes chargées de proposer des solutions « de bon sens » au service du bien commun. La fiche issue du Répertoire national des associations établit l’existence et la finalité officielle de la structure.
Le manifeste, lui, n’est pas public. Une version datée d’avril 2026 a été consultée par Bloomberg. Les révélations publiées depuis par Le Nouvel Obs, à partir de l’enquête La Droite de Dieu de Camille Vigogne Le Coat et Clément Lacombe, décrivent un ensemble beaucoup moins contemplatif :
- abrogation des 35 heures et retraite à 67 ans ;
- réduction des dépenses publiques ;
- baisse de l’immigration et préférence nationale pour les logements sociaux ;
- suppression du délit d’entrave à l’IVG et arrêt des subventions au Planning familial ;
- fin de l’Union européenne « telle qu’elle a été pensée en 1957 ».
Cette dernière formule ne suffit pas à conclure à un Frexit. Elle annonce au minimum une remise en cause du cadre communautaire issu du traité de Rome, sans préciser si l’objectif est de quitter l’Union ou de la transformer en profondeur. Comme pour les propositions de David Lisnard sur la primauté du droit national, la rupture est claire ; son mode d’emploi reste flou.
Libéral pour le travail, autoritaire pour les mœurs
Le programme assemble deux traditions souvent réunies à droite : libéralisation économique et conservatisme social.
Repousser l’âge de la retraite et supprimer la durée légale de 35 heures font porter une partie de l’ajustement sur les salariés. Réserver les logements sociaux aux Français déplacerait l’attente vers les résidents étrangers, sans créer un seul logement supplémentaire. Supprimer le délit d’entrave à l’IVG ne supprimerait pas formellement l’avortement, mais affaiblirait la protection de son accès et de l’information qui l’accompagne.
Le meilleur contre-argument mérite d’être présenté : un groupe de réflexion a le droit de produire des idées, même radicales, et aucune de ces mesures ne deviendra une loi sans passer par les institutions. La foi chrétienne n’interdit pas davantage l’engagement civique. Le problème n’est donc pas l’existence de l’Institut.
Il réside dans la puissance de diffusion de son fondateur. Bolloré n’est pas seulement un mécène qui finance quelques notes. Son environnement économique touche la télévision, la radio, la presse et l’édition. Il conteste toute intervention politique dans ses médias et déclarait encore devant les députés ne pas mélanger ses convictions avec ses affaires, comme le montre le compte rendu officiel de son audition. Cela ne prouve pas qu’il dicte chaque émission. Cela signifie en revanche qu’il dispose d’une capacité exceptionnelle pour choisir les structures, les dirigeants, les auteurs et les thèmes auxquels son groupe offre une audience.
La méthode Stérin, avec les médias en plus
Le parallèle avec Pierre-Édouard Stérin n’est pas artificiel. Les deux hommes ont coorganisé en juin 2025 un « Sommet des libertés » réunissant plusieurs figures de la droite et de l’extrême droite. Stérin finance avec Périclès des projets libéraux-conservateurs et une infrastructure militante. Bolloré ajoute à cette méthode des canaux capables de transformer une idée marginale en sujet quotidien.
L’influence n’a pas besoin d’un ordre envoyé chaque matin à une rédaction. Elle fonctionne aussi par la répétition, la sélection des invités, le recrutement des auteurs et la fixation de l’agenda. Le résultat est visible dans la place croissante occupée par les thèmes identitaires à l’antenne.
Il faut toutefois conserver une limite factuelle : faute de publication intégrale du manifeste, il est impossible d’en vérifier chaque formulation, le chiffrage ou le degré d’adhésion personnelle de Bolloré à chacune des mesures. Mais l’ensemble suffit à établir une chose. L’Institut de l’Espérance n’est pas un club de prière égaré dans un calendrier électoral. Il construit une offre idéologique pour 2027. Bolloré peut refuser le mot « politique » ; les propositions, elles, ont déjà choisi leur camp.


















