Bardella dément tout. Fabrice Arfi détaille les preuves de MediapartDans un entretien avec HugoDécrypte, Fabrice Arfi revient sur les messages antisémites attribués à Jordan Bardella, les vérifications de Mediapart et la riposte du RN. Il relève aussi une particularité de la plainte en diffamation : le calendrier choisi pourrait repousser le procès après la présidentielle de 2027.Jordan BardellaMediapart
Jordan Bardella et Nigel Farage ont signé un accord prévoyant des retours vers la France s’ils arrivent au pouvoir. La coopération peut réduire les traversées, mais les chiffres baissent déjà et un retour en France ne règle pas à lui seul le parcours des personnes concernées.
Arrêter les traversées de la Manche, lutter contre les passeurs, reprendre le contrôle. Jordan Bardella et Nigel Farage ont signé un engagement en ce sens à Birmingham, le 4 septembre 2026. Avec une disposition qui mérite que l’on s’y arrête : des personnes arrivées au Royaume-Uni seraient renvoyées en France.
En France, donc.
Pour Farage, on comprend l’intérêt. Pour Bardella, qui promet de réduire l’immigration, l’explication demande un peu plus de place. Le texte reste un accord entre partis : il dépend de leur arrivée au pouvoir et ne constitue pas un traité applicable aujourd’hui. Reuters, 4 septembre.
Le lendemain, Édouard Philippe a justement critiqué cet engagement à reprendre des personnes sur le territoire français. Reuters rapporte ces réactions.
Mais avant de discuter de la promesse, regardons ce qui se passe dans la Manche.
Environ 33 000 personnes sont arrivées au Royaume-Uni par petites embarcations sur les douze mois se terminant en juin 2026. Le nombre moyen de passagers par bateau atteignait 65, contre sept en 2018. On parle de personnes de plus en plus entassées à bord, avec les risques que cela implique. Bibliothèque de la Chambre des communes.
Le problème existe. Sa gravité ne dépend pas du parti qui en parle.
En revanche, les chiffres récents ne décrivent pas une hausse continue. Entre janvier et juillet 2026, environ 14 200 personnes ont effectué la traversée, soit 44 % de moins qu’à la même période en 2025. L’observatoire des migrations de l’université d’Oxford documente cette baisse.
À l’échelle européenne, Frontex a également compté 26 % de franchissements irréguliers détectés en moins en 2025. Cela ne mesure pas toute l’immigration : les personnes qui viennent légalement travailler, étudier ou rejoindre leur famille ne sont pas comptées dans cet indicateur. Frontex, bilan 2025.
Lorsque Bardella annonce que la vague migratoire européenne ne ferait que commencer, il formule donc une prévision. Les chiffres cités ici ne la démontrent pas. Ses déclarations sont rapportées par UnHerd.
Et la coopération ? Elle existe déjà.
Environ 1 100 personnes ont été renvoyées du Royaume-Uni vers la France entre septembre 2025 et juin 2026, dans un dispositif prévoyant aussi des admissions depuis la France. Oxford explique que les politiques de contrôle peuvent contribuer à la baisse des traversées, mais que leur effet ne peut pas être séparé avec certitude des autres évolutions migratoires.
On peut donc défendre davantage de coopération. Empêcher des départs dangereux, désorganiser les réseaux, coordonner les contrôles. Affirmer que cela fera disparaître définitivement les traversées va beaucoup plus loin.
Le mémorandum prévoit aussi d’empêcher les personnes venues de France de demander l’asile au Royaume-Uni, parce qu’elles auraient traversé des pays sûrs. Or la Convention de Genève n’impose pas de déposer sa demande dans le premier pays sûr traversé. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés l’explique dans son analyse juridique.
Des transferts restent possibles sous certaines conditions. Mais avoir traversé la France ne fait pas disparaître, à lui seul, le besoin de protection d’une personne.
C’est aussi pour cela que l’on ne peut pas réduire toutes les migrations à une seule question. Le droit d’asile, l’immigration de travail et les discours sur l’identité nationale recouvrent des réalités différentes.
Reste la conséquence très concrète de l’accord. Si la perspective d’un retour décourage les départs, les traversées pourraient diminuer. Si elles continuent, la France devra prendre en charge les personnes réadmises.
Renvoyer quelqu’un en France, ce n’est pas le renvoyer dans son pays d’origine. Pour la personne concernée comme pour les autorités françaises, la question de sa situation et de sa protection reste entière.

















