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70 605 défaillances : le chiffre est historique, la catastrophe générale beaucoup moins

Tous les articles · Aymeric Fraincart · rédaction assistée par IA · · 5 min de lecture

Illustration éditoriale de commerces et petites entreprises confrontés à des difficultés financières, avec dossiers comptables et rideaux métalliques
Illustration éditoriale de commerces et petites entreprises confrontés à des difficultés financières, avec dossiers comptables et rideaux métalliques

La Banque de France recense 70 605 défaillances sur douze mois. Le niveau est historique, mais le chiffre brut surestime le risque si l’on oublie la croissance du nombre d’entreprises et les écarts entre secteurs.

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La Banque de France recense 70 605 défaillances en cumul sur les douze mois achevés en juillet 2026. C’est 4,6 % de plus sur un an et 19 % au-dessus de la moyenne 2010-2019. Le niveau est élevé, mais il ne démontre pas que les entreprises françaises tombent aujourd’hui 19 % plus souvent qu’avant.

Le chiffre brut répond à une question : combien d’unités légales sont entrées en défaillance ? Pour mesurer un risque, il faut demander : sur combien d’unités actives ? Comparer deux périodes sans ce dénominateur revient à comparer leurs accidents sans regarder le nombre de véhicules.

Ce que mesure vraiment 70 605

Il ne s’agit pas des seules défaillances de juillet, mais du cumul d’août 2025 à juillet 2026. La Banque de France en comptabilisait même 70 816 à fin juin après révision : le total se stabilise donc à un niveau très élevé au lieu d’accélérer encore.

L’expression « 70 605 entreprises ont fait faillite » est également imprécise. La statistique porte sur des unités légales, enregistrées à partir des jugements. Une entreprise organisée en groupe peut en comprendre plusieurs. Les données sont révisées lorsque certains jugements sont transmis tardivement.

Le niveau historique est réel. Le mot « faillite », plus spectaculaire, est moins précis que la donnée.

Un taux provisoire autour de 1,4 %

Le dernier cadrage de l’Insee recense 5 178 283 entreprises en 2023 dans les secteurs marchands non agricoles et non financiers. Diviser 70 605 par ce stock donne environ 1,36 %, soit une défaillance annuelle pour 73 entreprises.

C’est un ordre de grandeur, pas un taux officiel. Le numérateur date de 2026 et inclut notamment l’agriculture et la finance ; le dénominateur date de 2023, exclut l’essentiel de ces secteurs et compte des entreprises économiques plutôt que toutes les unités légales. Afficher « 1,36 % » sans ces réserves fabriquerait une précision artificielle.

Le dénominateur a néanmoins beaucoup grandi. Sur un grand champ comparable, l’Insee comptait 4,1 millions d’entreprises et 4,4 millions d’unités légales en 2019. Le tissu recensé s’est élargi de plusieurs centaines de milliers d’entités. Une comparaison avec une moyenne historique fixe surestime donc mécaniquement l’évolution du risque individuel.

Cela ne prouve pas que ce risque a baissé. Cela montre que le nombre brut ne suffit pas à le mesurer.

Les créations ne sont pas un antidote statistique

L’Insee mesure une hausse de 10,8 % des créations entre août 2025 et juillet 2026. L’addition des données mensuelles donne environ 1,245 million d’immatriculations.

La dynamique contredit l’image d’un tissu économique en contraction générale. Mais créations et défaillances ne s’annulent pas : 66,4 % des créations sont des immatriculations de micro-entrepreneurs. Une activité indépendante sans salarié et un restaurant employant quinze personnes comptent chacun pour une création, avec des effets très différents sur l’emploi, le crédit et les fournisseurs.

Comparer directement les deux flux ne produit donc ni un taux de survie ni un bilan net.

Une crise très inégalement répartie

La moyenne nationale mélange des trajectoires opposées. Par rapport à la moyenne 2010-2019, les défaillances sont 2,3 % moins nombreuses dans la construction et exactement au même niveau dans l’industrie. Elles la dépassent de 70,1 % dans les transports, 31,8 % dans l’hébergement-restauration, 42 % dans les services aux entreprises et 53,7 % dans les activités financières et d’assurance.

La France ne connaît donc pas une catastrophe uniforme. Certains modèles économiques encaissent cependant une détérioration sévère. Transport et restauration cumulent notamment coûts d’énergie, financement, salaires, loyers ou demande contrainte.

Les débats sur les impôts de production et les aides aux entreprises et sur le prix de l’électricité industrielle restent légitimes. Mais cette statistique ne démontre pas qu’un impôt, une norme ou l’énergie serait la cause principale. La Banque de France évoque plus prudemment la conjoncture dégradée, les chocs successifs et l’incertitude.

La taille fournit un signal moins rassurant. Les microentreprises et tailles indéterminées représentent 64 937 défaillances, mais les écarts avec la moyenne historique sont plus forts parmi les très petites entreprises (+74 %), les petites (+73,2 %) et les moyennes (+61,7 %). Elles portent davantage d’emplois et de relations fournisseurs. Le lien avec l’objectif de plein-emploi passe par ces conséquences, pas par le seul compteur judiciaire.

Le verdict : alerte ciblée, pas effondrement général

Les 70 605 défaillances constituent un signal sérieux. Certaines PME et plusieurs secteurs dépassent largement leurs niveaux historiques.

Le récit d’un effondrement général résiste moins bien au dénominateur, à la hausse des créations et aux écarts sectoriels. Le chiffre national mesure un volume de procédures dans un tissu devenu plus vaste. Il ne mesure directement ni la probabilité de défaillance, ni les emplois détruits, ni les dettes laissées aux créanciers.

La conclusion honnête tient en trois points : le niveau absolu est historiquement élevé, sa progression se stabilise et la douleur est concentrée. Le débat devrait porter sur un taux à périmètre constant, les emplois concernés et les secteurs frappés. Un record sans dénominateur fait un bon bandeau télévisé. Il fait un diagnostic économique médiocre.

Sources

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Un chiffre, un mécanisme, une décision.

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