Pourquoi ce siteLes milliards structurent le débat public, mais notre cerveau les visualise mal. Les Fonds du Sujet est né pour remettre les chiffres à hauteur humaine, résister aux manipulations et retrouver le goût de comprendre avant de juger.dette publiquedémocratie
Les défaillances restent à un niveau très élevé en juillet 2026. Mais toutes les entreprises et tous les secteurs ne traversent pas la même crise. Le nombre de procédures ne mesure pas à lui seul le risque de fermer ni les emplois menacés.
70 605 défaillances d’entreprises sur douze mois. Le chiffre est élevé. Derrière, il y a des salariés, des dirigeants, des fournisseurs qui risquent de ne pas être payés. On aurait tort de le traiter comme une simple ligne statistique.
Mais pour comprendre ce qu’il dit de l’économie française, il faut aussi regarder ce qu’il compte.
La Banque de France mesure ici les défaillances d’unités légales entre août 2025 et juillet 2026. Pas les seules défaillances de juillet. Le total augmente de 4,6 % sur un an et dépasse de 19 % la moyenne de 2010 à 2019.
Il recule pourtant légèrement par rapport aux 70 816 recensées à fin juin après révision. On reste très haut, mais la hausse ne s’accélère pas sur ce dernier point.
Une unité légale n’est pas non plus toujours une entreprise entière : un groupe peut en réunir plusieurs. Et une défaillance ne signifie pas automatiquement que toute activité a déjà disparu. La statistique suit des procédures, avec des révisions lorsque les jugements sont transmis tardivement.
Reste une question assez simple. Ces défaillances concernent combien d’entreprises au total ?
L’Insee en recensait environ 5,18 millions en 2023, dans les secteurs marchands non agricoles et non financiers. Diviser les 70 605 procédures par ce nombre donne un ordre de grandeur proche de 1,4 %. Mais ce n’est pas un taux officiel : les années, les secteurs et les unités comptées diffèrent.
On ne peut donc pas utiliser ce calcul pour affirmer précisément quelle est la probabilité qu’une entreprise fasse défaut. En revanche, il rappelle pourquoi un nombre brut ne suffit pas. Le tissu économique s’est agrandi depuis 2019. Davantage de procédures dans un ensemble plus vaste ne signifie pas automatiquement que chaque entreprise court un risque proportionnellement plus grand.
Et les créations ? Elles augmentent de 10,8 % sur les douze mois allant d’août 2025 à juillet 2026, selon l’Insee. Mais 66,4 % sont des immatriculations de micro-entrepreneurs.
Une activité indépendante sans salarié et un restaurant qui emploie quinze personnes ne pèsent pas de la même manière dans l’économie. Créer la première ne compense pas automatiquement la disparition du second.
C’est en regardant les secteurs que les difficultés deviennent plus lisibles.
Par rapport à la moyenne 2010-2019, les défaillances sont 2,3 % moins nombreuses dans la construction et au même niveau dans l’industrie. Elles sont en revanche 70,1 % plus nombreuses dans les transports, 31,8 % dans l’hébergement-restauration et 42 % dans les services aux entreprises.
Cela ne décrit pas une crise uniforme. Cela décrit des activités beaucoup plus touchées que d’autres.
Les écarts sont aussi importants parmi les très petites, petites et moyennes entreprises. Or elles portent des emplois et des relations avec des fournisseurs. Leur fragilité compte directement pour l’objectif de plein-emploi.
On peut discuter des impôts de production ou du prix de l’électricité industrielle. Mais ce compteur ne permet pas d’attribuer toutes les défaillances à une cause unique.
Le niveau reste préoccupant. Pour savoir où agir, les emplois concernés, la taille des entreprises et leurs secteurs nous renseignent davantage qu’un chiffre national répété seul. Une difficulté bien identifiée donne au moins une chance d’y répondre.


















